‹ Les deux héritages;Chapitre 83 sur 138 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les précédents, LES MAUCIIANDS.

LE gouverneur.

Bonjour, mes petits amis.

LES MARCHANDS, se prosternant.

Nous venons te présenter nos hommages, petit père.

Eh bien, mes petits agneaux, comment va la santé? Et notre commerce? Comment, des raccomraodeurs de bouilloires, des chevaliers de l'aune s'avisent de faire des pétitions? Archivoleurs, triples bêtes, vieux veaux marins, vous faites des pétitions, hein? On vous a pris beaucoup? Vous vous imaginez que vous allez me faire mettre en prison?... Savez-vous bien. Messieurs, et que six diables et une sorcière vous sautent à la gorge, savez-vous bien...

Ah ! mon Dieu ! Antoncha , quels mots est-ce que tu dis là?

LE GOUVERNEUR

Les mots n'y font rien. — Mais savez-vous bien que ce haut fonctionnaire, à qui vous avez porté vos plaintes se marie avec ma fille? Hein? qu'avez-vous à dire à cela?... Maintenant, si je vous.... Vous volez le monde. Toi, tu fais une soumission au gouvernement, tu nous passes un compte d'apothicaire de cent mille roubles, et tu livres du drap pourri , et parce que tu fais le sacrifice d'une douzaine d'archines, tu crois qu'il faut qu'on t'en remercie encore? Et si l'on savait comme tu... Mais il a du foin dans ses bottes : c'est un marchand, on ne peut pas le toucher. Un marchand, dis-tu, vaut bien un gentilhomme... Un gentilhomme!... ah! vilain singe, sais-tu ce que c'est qu'un gentilhomme? Un gentilhomme estéduqué. C'est vrai qu'on lui donne le fouet au collège , et c'est bien fait pour qu'il apprenne ce qu'il faut apprendre; tandis que toi.... ce qu'on t'apprend d'abord c'est à larronner. Ton maître te rosse pour t'instruire à flouer les chalands. Quand tu es apprenti et que tu ne sais pas encore ton pater, tu sais déjà donner le coup de pouce à la balance. Et puis quand tu t'es arrondi , que ta poche est bien bourrée, tu fais le gros et le fier. Voilà un beau venez-y-voir ! — Et toi, parce que tu soudes seize bouilloires par jour, tu fais le gros et l'important? Ah! je vais te cracher sur ta tête et sur ton importance I

LES MARCHANDS, à genoux.

Grâce ! Anton Antonovitch ! nous sommes coupables!

LE GOUVERNEUR

Tu fais des placets toi? Et qui donc t'a donné un coup d'épaule pour faire ton beurre , lorsque tu as bâti ce pont et que tu nous as fait un compte de vingt mille roubles de bois tandis qu'il n'y en avait pas pour cent roubles ? C'est moi qui t'ai tendu la perche , barbe de

bouc ! Tu l'as oublié. Si je disais ce que je sais sur ton compte, je te ferais faire gratis le voyage de Sibérie. Hein? qu'as-tu à dire à cela?

UN MARCHAND

xNous eûmes tort, Anton Antonovitch : c'est le diable qui nous poussa. Mais nous ne ferons jamais plus de placets. Dis-nous seulement quelle satisfaction tu veux, mais ne sois plus fâché.

LE GOUVERNEUR

Ne sois plus fâché ! Tu es à plat-ventre devant moi, à présent : c'est que j'ai le bon bout du bâton. Mais si j'étais à ta place, et toi à la mienne, canaille, tu me pousserais dans le ruisseau, bien heureux si tu ne me jetais pas des pierres.

LES MARCHANDS, à ses pieds

Grâce! grâce! Anton Antonovitch!

Grâce ! grâce ! Voilà ce que vous dites à présent. Et tout à l'heure, je vous.... Allons ! Dieu commande de pardonner! Suffit. Je ne suis pas rancunier; seulement, faites -y attention : à l'avenir, qu'on ne m'échauffe plus les oreilles. Vous aurez la bonté de vous rappeler que je donne ma fille , non pas à un simple gentilhomme.... Ainsi que les félicitations soient convenables, vous m'entendez? Ne vous imaginez pas que vous vous en tirerez avec un saumon fumé ou avec un pain de sucre Non. Allez, et que Dieu vous

conduise» X.» œa-cliands sortent.

Page 1