‹ Les deux héritages, suivis de L'inspecteur général et les Débuts d'un aventurierChapitre 126 sur 173 · CHOU BINE · texte numérisé non relu

CHOU BINE

Ah! seigneur ataman ', ne tuez pas un chrétien orthodoxe ! Hier les païens ont failli me prendre. .Notre petite caravane s'est dispersée , et je me suis perdu dans cette forêt en fuyant.

\ s-tu de quoi manger ?

La moitié d'un pâté et quelques galettes.

YOURII.

Vite, déjeunons de ce que le bon Dieu nous envoie. Vous autres Moscovites, vous marchez prudemment, toujours bien approvisionnés, (u mange ave: avi.m.;.)

C II O t B I \ E.

Tu enterrais un mort, et tu manges sans te purifier.

YOURII.

L'eau est à plus de trois verstes d'ici, et il y a deux

joursqueje n'ai mangé. Allons, mange; il y en a pour deux.

CUOCBINE.

.Mon père atanum, ne fais pas attention à moi.

1 On donne par court ifsie le litre i'alaman à de simples Cos:

yolj; 11.

Tu as vu les Tartares, de que] côté vont-ils I

CHODBINE.

Vers le sud, mon petit père, .le les ai aperçus de loin, et me suis hâté de fuir. Hier, j'ai traversé un champ de bataille couvert de cadavres sans tête. C'étaient des chrétiens sans doute?... .Malheur sur nous!

YOURII.

Oui, ils nous ont surpris, les chiens ! Dix contre un ; mais qu'y faire? Tiens, voilà ce qui reste du plus brave ataman qui ait porté la masse d'argent.

CHODBINE.

Que le Seigneur lui ouvre son paradis... Pourquoi ce sourire ? Serait-ce un païen ?

YODIIII.

Les morts sont morts. Maintenant il est temps de partir.

CHOUBINE, à part,

Il ne me demande pas la bourse ou la vie. (saut.) Seigneur ataman... je suis un pauvre marchand d'Ouglitch... égaré dans ce bois...

Ouglitch! c'est là que le fils du isar Ivan fut assassiné ?

CHOUBINE.

Assassiné ! je n'ai pas dit cela... Il est vrai qu'il y est mort.

YOURII.

Tout le monde sait qu'il a été assassiné par l'ordre; de Boris.

chourim:.

Boris est notre glorieux tsar, que le Seigneur lo protège et la suinte Russie... Ne parle pas mal de lui, mon père.

DÉBUTS D'UN AVENTUKDZR. 283

YOURII.

As-tu peur que ces arbres ne lui répètent qu'il est un meurtrier ?... A ce que je vois, vous autres Moscovites, vous vous êtes laissé couper la langue par votre glorieux tsar. Nous autres, libres enfants de la steppe, nos lèvres et notre cœur parlent à la fois. c h o u B I N E.

J'estime les Cosaques. Ils sont orthodoxes et font la guerre aux païens... Seigneur ataman, permets au pauvre marchand de marcher dans ton ombre. Elle le protégera dans toute mauvaise rencontre.

YOURII.

Où vas-tu ?

AOuglitch, s'il plaît à Dieu.

YOURII.

Ma foi, il me prend envie de t'y accompagner...

CHOUBINE.

Mon petit père, si tu me fais cet honneur, ma pauvre maison sera la tienne... Mais sauras-tu te reconnaître parmi ces bois et ces marécages ?

YOURII.

Ne crains rien... Un Cosaque est-il jamais dans l'embarras là où il y a de la mousse ou de l'herbe ' ?... Aide-moi seulement à recouvrir ce cadavre de terre et de pierres... (Après un silence.) Combien y a-t-il qu'il est mort?

CHOUBINE, étonné.

Mais tu le sais mieux que moi.

YOURII.

Je parle du tsarévitch Démétrius.

1 On dit que les Cosaques, eu examinai» de quel coté certaines mondes ont cru sur des troncs d'arbre nu eu compannl entre eux les brins d'une t. m lie d'herbe, savent s'orienter avec la plus grande précision.

CHOUBINE.

Il est décédé en 7099 '... il y a douze ans... le 15 mai.

YOURII.

Décédé... d'un coup de poignard dans la gorge.

Dieu le sait... Je n'y étais pas. Puissc-t-il être en paradis, l'innocent 1

YOURII.

Tu l'as vu ce Dmitri ?

CHOUBINE.

Plus de cent fois. C'est moi qui lui ai vendu son dernier collier de perles... des noisettes, veux-je dire.

YOURII.

Tu es joaillier?

CHOUBINE.

Monseigneur... je ne possède rien... je suis un pauvre marchand.

YOURII.

Crois-tu qu'un Zaporogue dépouille le voyageur avec qui il vient de partager le pain et le sel? Rassure-toi. 11 est inutile de tenir ta ceinture a deux mains. Je ne suis )ias curieux de voir ce qu'il y a dedans... Le tsarévitch était blond, m'as-tu dit?

CHOUBINE.

Oui, approchant de ta couleur... (n io regarde avec attention.) Ah !...

YOURII.

Pourquoi me considères-tu ainsi avec tant d'attention ?

CHOUBINE.

Uien, père atainan... ("est que ce signe que tu as sous l'œil droit...

Eh bien ! je l'ai de naissance. Allons ! en route. • C'est-à-dire en 15'JI, selon l'ère des Russes ii celle époque.

CHODBINE.

Quoi ! tu ne mets pas une croix sur cette fosse?

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