G II 0 L' B I N E
Comment ! le prince de Danemark est tnortl
GRÉGOIRE
Un moine qui arrive de Moscou vient de me l'apprendre... Et ce qui n'étonne personne, le tsar a défendu d'embaumer le corps, comme le voulait le médecin du Danois. Non, a dit Boris, on verrait ce qu'il a dans l'estomac *.
CHOUBINE.
Mais c'est impossible ! Le tsar l'aimait autant que son propre fils Fëdor.
GRÉGOIRE
Aussi est-il inconsolable... Il pleure comme le crocodile qui a mangé un petit enfant,... parce qu'il voudrait bien en manger un autre... Ah ! il voyait bien que les Busses l'aimaient tous, ce bon prince Jean... Savez-vous qu'il allait se faire baptiser?... Le père Alexis me l'a dit. Il le tenait du sommelier du prince... C'est lui qui en avait de la bonne eau-de-vie de Prusse!... Et Boris a eu raison... car enfin tout le peuple aurait dit à Jean, une fois qu'il eût été baptisé : « Soyez notre tsar et délivrez-nous. »
CHOUBINE.
Quel malheur, grand Dieu ! et moi qui venais d'achever le collier de perles pour le mariage de la tsarevna !
GRÉGOIRE
Bah ! elle trouvera un autre mari qui t'achètera ton collier. Par ma foi, mes amis, si Boris manquait de gendre, je m'offrirais volontiers ; la tsarevna est jolie comme un ange. Seulement, quand le beau-père m'inviterait à dîner, je dirais : « Excusez-moi, je n'ai pas d'appétit. » — Dans le temps où nous vivons, mes camarades, il faut faire attention où l'on dîne et s'assurer
1 Tontes ces acensations abstîntes portées contre Boris sont empruntée» m annalistes russes.
de la digestion. —Mais, seigneur zaporogue, à vous voir manger du bout des dents, on élirait que vous avez quelques doutes sur la cuisine de nuire hôte. Rassurezvous. Ici on ne connaît pas la recette des breuvages qui se distillent au Kremlin.
CHOUBINE.
Oh ! Grégoire !
YOURII.
Je n'ai plus faim, et je prends grand plaisir à t'écouter.
GRÉGOIRE
A votre santé", mon brave. On ne peut pas toujours manger, mais on peut toujours boire, comme disait l'abbé de Tchoudof.
AJCOULINA, regardant à la fondtre.
Ha ! le prince de Suède... Par ma foi, il entre dans notre cour.
GRÉGOIRE
Le diable emporte les princes qui viennent au milieu d'un dîner I
CHOUBINE.
Tais-toi ; je cours à la boutique le recevoir, [n iort.)
YOURII.
Un prince de Suède à Ouglitch !
GRÉGOIRE
Oui ; un drôle de prince que le prince Gustave. Ses I sujets l'ont chassé... Un singulier prince... Il était né pour être apothicaire... C'est un alchimiste,... un grand gavant.. C'est môme pour cela que Boris l'a recueilli ;... veus m'entendez, pour qu'il lui distillât des breuvages... I èlaisce prince Gustave, bienqu'il soit un peu timbré,... c'est un bravo homme... Je ne veux pas, a-t-il répondu. Ln-fîe*sus on l'a envoyé à Ouglitch,.. Il a, ma foi, de la chance. Veux-tu que je te dise la vérité?... Gustave s'est tiré d'affaire avec ses Suédois, qui ont voulu le
noyer.., Son oncle, le roi de Suède actuel, a voulu bien des fois l'empoisonner... Il lui a fait tirer des arquebusades;... il lui a envoyé des assassins... Mais Gustave a des livres noirs, tu m'entends,... qui lui disent de quel côté vient le danger. C'est ce que nous appelons un astrologue, et des plus malins... Mais s'il échappe à Boris, il sera plus fin que je ne le crois... A sorcier, sorcier et demi. Un jour, Gustave recevra une bouteille de vin d'Espagne... comme Boris en envoya l'an passé au tsar Siméon Bekboulatovitch. Il boit. Bon. Le voilà
âVeUgle . (Entrent Choubine et Gustave, tenant un in-folio sous le bras. Tous se lèvent.)