‹ Les deux héritages, suivis de L'inspecteur général et les Débuts d'un aventurierChapitre 25 sur 173 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, puis LOUIS entrant aVec SAOTJEVILLE.

LOUIS

Toujours à l'ouvrage! comme c'est édifiant! Bonjour, Sévin. Miss Jackson, how d'ye do?

(saqueville s'approche de Julie et s'arrête tout à coup.) SAQUEVILLE.

Madame...

JULIE

Ma mère est dans sa chambre qui finit une lettre pressée, Monsieur. Elle descend dans deux minutes. Monsieur le colonel de Saqueville ne me reconnaît pas sans doute.

SAQUEVILLE.

Julie!... mademoiselle Julie! Vous ressemblez tant à votre mère !

JULIE

Vous trouvez ?

LOUIS

Permettez-moi, Mademoiselle, de vous présenter mon oncle. Depuis notre glorieuse révolution, nous autres neveux, nous chaperonnons nos oncles. Il n'y a pas plus de quatorze ou quinze ans qu'il vous donnait de belles poupées. Il s'en souvient parfaitement, par conséquent vous ne pouvez l'avoir oublié non plus.

JULIE

Eh bien ! non ; je ne l'ai pas oublié. Et ce n'est pas le seul bienfait dont j'aie gardé la mémoire. — Je me rappelle parfaitement, par exemple, que, grâce à l'intervention du colonel, je suis allée, avant l'âge légal, — l'âge légal est le mot, monsieur de Saqueville, n'est-

ce pas? — je suis allée à l'Opéra, où Ton donnait la Muette. Je me souviens encore de gens qui couraient sur la scène avec des épées ci des flambeaux.

SAQUEVI1.I K.

Vous avez nue mémoire admirable, Mademoiselle.

première visite à l'Opéra a été ma dernière, à moi... Vous vous êtes endormie avant la fin, et je vous portai dans la voiture.

JULIE

\ i yez comme j'étais précoce I Eh bien ! je m'endors encore à l'Opéra, mais je n'ai plus de porteurs

patentés.

LOUIS

Il s'en présentera, gardez-vous d'en douter. — Sévin, avez-vous lu le Morlaisien du 15.

M. SÉVIN

Non, mon cher. Qui est-ce qui lit lé Morlaisien, sinon le futur représentant de Morlaix?

C'est un très-bon journal. Jugez-en plutôt (n ut.) m Variétés : Aspirations chrétiennes, par U.S.; un volume in-18. Ci i letil poèmes, soupirs mélodieux d'une aine religieu <• el enthousiaste, se trouvent aujourd'hui sur toutes les tables de la fashion parisienne. L'auteur... » Ah ! vous roi I Écoutez, je ne veux

pas trop taire souffrir votre modestie. Lisez cela.*.. Je assure que c'est très-bien... Dites donc, sévin, voua qui voyez tons les jours le ministre de l'instruction publique, tâchez donc de faire quelque c pour le rédacteur du Morlaisien. C'est un garçon d'un vrai mérite. Son père est un épicier de Morlaix trèsinfluent...

JULIE

Messieurs, Messieurs, halte-là I Défense de parler

politique ou élections à moins de trois mètres de ma tapisserie. — Colonel, êtes-vous candidat?

SAQDEVILLE.

Non, Mademoiselle.

JULIE

A la bonne heure ! En ce cas , demeurez et asseyezvous ici. Regardez un peu cette broderie et admirez. N'est-ce pas que j'ai acquis bien du talent depuis que nous fréquentions ensemble l'Opéra?

SAQUEVILLE.

En effet, Mademoiselle.... et un dessin arabe... un verset du Coran, si je ne me trompe.

JULIE

Vraiment, vous pouvez lire cela?

Que faire en Algérie, si on n'y apprend l'arabe?

JULIE

Et cela veut dire?...

SAQUEVILLE.

« Malheur aux hypocrites!... parce qu'ils n'entreront pas... malekout essemaouat dans le royaume des cieux. »

JULIE

Vraiment, il y a cela?... Oh ! que c'est bien fait!... mais c'est admirable, ce Coran. J'ai envie de me faire Turque.... Mais savez-vous que me voilà bien embarrassée! Je ne sais plus à qui donner mon coussin.... Il y a tant de gens à qui la leçon pourrait profiter.... monsieur Sévin...

M. SÉVIN

Enfin, vous rappelez les exilés! Nous renonçons à la politique, Mademoiselle.

JULIE

Je ne sais plus ce quej3 voulais vous dire... ha! ha! ha!... Monsieur de Saqueville... non, monsieur Louis

de Saqueville... comment trouvez-vous mon coussin? Si je vous le donnais?...

LOUIS

Vous me rendriez bien heureux.... Mais pourquoi riez-vous?...

Qu'en ferait-il, Mademoiselle?

JULIE

Qui sait?... Miss Jackson, montrez donc au colonel cette vue d'Alger que ma mère a achetée l'autre jour à la vente des orphelins du choléra.

SAQUEVILLE, virement.

Elle a acheté une vue d'Alger?

(il s'approche de miss Jackson.) JULIE, lias à Louis.

Savez-vous que votre oncle me plaît beaucoup ? Il a un air sinistre....

LOUIS

Sinistre, lui! c'est le meilleur homme du monde. S'il a l'air un peu triste, c'est qu'il \ i < • 1 1 1 de perdre un - bons amis, un camarade d'Afrique... M. de Pontliien, un cousin à nous... i a autre que lui serait gai... car il hérite de tous les biens de madame de l'onthieu, ma cousine.... plus de cent mille livres de rente.

JULIE

i mille livres de rente ! Redites votre affaire... i. t ce vrai qu'il porte sur son coeur un médaillon avec de- cheveux de la lille d'Abd-el-Kader?

LOUIS

Quel conte! Vous ne le connaissez guère, Il n'a et

n'aura jamais qu'un seul amour, qui s'appelle le

deuxième spahis. Oh! c'est le meilleur des hommes! un père pour moi.... De quelle couleur ferez-vous le fond?

JULIE

Il faut que je prenne les instructions du colonel, qui me paraît très-fort en tapis arabes.

MISS JACKSON

Oh ! miss Julia, le colonel dit que c'est très-exact... et il reconnaît la maison où il a demeuré à Alger.

SAQUEVILLE.

Oui, cette petite maison blanche avec une terrasse; c'est là que j'ai logé en sortant de l'hôpital

JULIE

Vous avez été à l'hôpital? Ah! je sais....

SAQUEVILLE.

Mon Dieu, oui.

MISS JACKSON

Est-il possible?

LOUIS

Ah ! voici madame de Montrichard. Madame la marquise, je vous amène un Algérien...

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