SCÈNE III
Les Mêmes, SAQUEVILLE.
LA MARQUISE, à Saqueville.
Avouez, colonel, que votre lune d'Afrique n'est pas plus belle que celle-ci.
SAQDEVILLE.
La lune de Paris a toujours été la plus belle pour moi...
JULIE
Colonel, nous parlions razzia. Je voudrais bien en voir une. Qu'est-ce que vous faites de toutes les femmes arabes que vous prenez ?
LA MARQUISE, bas à Julie.
Eh bien! &
SAQUEVILLE.
On les met dans une tente avec les enfants. A la porte, une douzaine de spahis pied à terre, avec un vieux maréchal des logis, bon mulsuman. Ordre de
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casser la tête à quiconque oserait toucher le voile d'une
des prisonnières.
Toujours chevaleresque. Mais pourquoi un bon musulman?
SAQUEVILLE.
C'est qu'un musulman respectera mieux les ue de ses compatriotes. Il craindrait d'offenser une femme en la regardant.
JULIE
Ohi
M. SE VIN
Vous trouvez à redire à ces manières musulmanes, mademoiselle ?
JULIE
Un peu.
SAQUEVILLE.
J'ai remarqué que les Arabes me savaient gré du soin que je prenais à détourner les yeux quand une de leurs femmes paraissait devant moi. Il faut toujours •rver avec eux, et le meilleur moyen de s'en faire Obéir, c'est de montrer du respect pour leurs coutumes et leur religion.
M. SÉV1N.
Moi, je trouve qu'on pousse ce respect-là un peu trop loin.
SAQUEVILLE.
Comment cela, Monsieur?
Pas le moindre effort pour les éclairer! \n contraire, on leur bâtit des mosquées, OU leur imprime de- Ucorans.
JULIE
Ah I c'est un très-beau livre mie l'Alcoran. Il y a des versets q^i me plaisent, fort
SAQUEVILLE.
Nous leur montrons ainsi notre tolérance. Pour moi, je fais grand cas des bons musulmans, et j'ai confiance dans mes spahis, quand je les sais exacts à faire la prière aux heures prescrites. J'avoue que j'ai plus d'une fois éprouvé quelque honte à voir nos Français occupés tout différemment.
M. SÉVIN
Ce n'est pas ma faute. Il y a longtemps que je demande qu'on donne des aumôniers à nos régiments.
SAQUEVILLE.
Vous devriez aller en Afrique, Monsieur, pour y faire des conversions.
M. SÉVIN
Oh! Monsieur...
LA MARQUISE, se levant.
Monsieur Louis, je voudrais bien vous dire quelque chose. Donnez-moi le bras... (Bas.) On m'a dit aujourd'hui que madame de Ponthieu était morte ! Serait-ce vrai?
LOUIS
Très-vrai, Madame. Vous savez sans doute qu'elle a
laissé... (ils passent.)
JULIE
Faisons-nous aussi un tour de promenade ? Colonel, je prends votre bras, et parlez-moi de l'Algérie
SAQUEVILLE.
Parlez-moi plutôt, vous, de Paris. (us passent.)
M. SÉVIN
Les suivrons-nous, miss Jackson? Vraiment, cette pauvre mademoiselle Julie devient tous les jours lus insupportable. C'est une bizarrerie, une aigreurl...
MISS JACKSON
Oh ! monsieur Sévin ! foi» passent.)
LA MARQUISE, revenant avec Louis.
...Il est surprenant qu'il ne m'en ait rien dit dans sa lettre. Au reste, je suis persuadée qu'il pensera à vous.
LOUIS
Pourriez-vous en douter? D'abord il doit comprendre que c'est en quelque sorte... par une injustice... car enfin ma cousine de Ponthieu était cousine-germaine de ma mère... Mon oncle, à vrai dire, n'était pas son paient... Vous pourriez lui faire entendre...
LA MARQUISE
C'est un sujet un peu délicat à traiter... Cependant il faut que je lui en dise quelques mots... Son caractère est si noble, qu'il sentira lui-même...
(ils passent.) SAQUE VILLE, rentrant avec Julie.
....Les cavaliers sortent à leur rencontre, revêtus de leurs plus beaux habits, montés sur des chevaux magnifiques. Ils les font caracoler, ils tirent des coups de fusil en poussant des cris de joie. C'est vraiment un spectacle curieux.
JULIE
Ce doit être magnifique ! je voudrais voir cela.
SAQUEV1LLK.
11 vaut encore mieux aller à l'Opéra.
JULIE
Pour qu'on m'y porte?