DOB T C II I N S K I
D'un extérieur assez agréable, bien mis...
BOBTCIIINSKI.
D'un extérieur assez agréable, bien mis; il entre dans le salon. Sur son visage, on voyait un air décidé... une physionomie... des traits... (Tournant sa main autour m« son front) beaucoup, beaucoup de tout cela. J'eus comme un pressentiment, et je dis à Pëtr Ivanovitch : Voilà quelqu'un qui n'est pas ici pour des prunes. Oui. Et Pëtr Ivanovitch, il fait signe comme cela, du doigt, au maître du restaurant Vlas, le maître du restaurant.. Sa femn 3l accouchée il y a trois semaines d'un vigoureux petit gaillard, qui, un jour, comme .son père, tiendra le restaurant. Pëtr Ivanovitch appelle donc Mas, et lui demande tout bas : Oui esl donc, dit-il, ce jeune homme. Vlas lui répond comme cela : — Celui-ci? dit-il... Ah! n'interrompez pas, Pëtr Ivanovitch. .Mon Dieu ! ne m'interrompez pas. ce n'est pas vous qui parlez, mon Dieu, non! Vous bredouillez. Vous savez bien que vous avez une dent dans la bouche qui siffle... Celui-ci, dit-il, ce jeune homme ? C'est un employé du gouvernement qui vient de Pétersbôurg. il s'appelle,
dit-il, Ivan Alexandrovitcli Kblestakof, et il va, dit-il, dans le gouvernement de Saratof, et, dit-il, il a de drôles de laçons. Voilà près de deux semaines qu'il est ici. Il ne sort pas de l'hôtel. Il prend tout à crédit,
L'INSPECTEUR GÉNÉRAL. 14c
et de son argent., on n'en voit pas un kopek. Voilà ce qu'il me dit, et moi, cela me donna à penser. — Dites donc, que je dis à Pëtr Ivanovitch...
DOBTCHINSKI.
Non , Pëtr Ivanovitch, c'est moi qui vous ai dit : dites donc...
BOBTCHINSKI.
Oui, d'abord vous m'avez dit : dites donc; mais après moi, j'ai dit à Pëtr Ivanovitch : A propos de quoi donc, que je dis, reste-t-il ici, puisqu'il s'en va dans le gouvernement de Saratof? — Oui... et c'est un employé du gouvernement.
LE GOUVERNEUR
Comment ? un employé !
BOBTCHINSKI.
L'employé, dont on vous a annoncé l'arrivée... l'inspecteur général.
LE GOUVERNEUR, effraye.
Comment ! Le bon Dieu vous bénisse ! C'est impossible!
DOBTCHINSKI.
C'est lui. Il ne paie rien; il ne s'en va pas. Qu'estce donc que ce serait ? Son passe-port est visé pour Saratof.
BOBTCHINSKI.
C'est lui, sur mon honneur, c'est lui... C'est qu'il remarque tout... Il regardait; rien ne lui échappait... Il a vu (pie nous mangions du saumon, Pëtr Ivanovitch et moi, d'autant plus que Pëtr Ivanovitch, à cause de son estomac... oui... 11 a jeté un regard dans nos assiettes... Il m'a fait peur.
LE GOUVERNEUR
Ah ! Seigneur Dieu , ayez pitié de nous pauvres pécheurs! Où est-il ?
DOBTCHINSKI.
iS" 5, sous l'escalier.
M LTNSPECTEUK GÉNÉRAL.
BOBTCIIINSKI.
Le même numéro, où l'année passée se sont battus ces officiers qui passaient.
LE GOUVERNEUR
Et y a-t-il longtemps qu'il est la.?
UOBTCIIINSKI.
Environ deux semaines. Il est descendu chez Vassill- Eghiptianine.
LE GOUVERNEUR
Deux semaines! (a. part.) Ohl mes patrons! ô mes: petits saints! Épargnez-moi, mes protecteurs! Et la femme du sous-officier qu'on a, fouettée pendant ce temps-là (1)1 Et les prisonniers qui n'ont pas eu leurs rations! Et les cabarets dans les rues, et pas de balayage !... Miséricorde ! je suis perdu.
(il to in'Cii'l la tûte à deux maius.)
Eh bien, Anton Autonovitch, il faut aller en uniforme
à l'hôtel.
le juge.
.Non, non. D'abord, il faut lui détacher le prévôt, le clergé, les marchands. Savez-vous ce qu'il y a dans le livre de la vie de Jean Masson...
LE GOUVERNEUR
Non, non, laissez-moi faire. Allons, il y a des moments pénibles dans la vie ; cela passe, grâce au ciel. Pourvu que le bon Dieu ne nous abandonne pas! (a Bobtchiniki.) Vous dites que c'est un jeune homme ?
BOBTCIIINSKI.
Un jeune homme de vingt-trois à, vingt-quatre ans, pas da\an
i La femme d'un sous-ofQçier est nécessairement one personne libre qui ne iicut clie soumise sans jugement a un châtiment corpoftL
LE GOUVERNEUR
Tant mieux. Un jeune homme, ça se devine. Le pire,^ c'est un vieux diable. Un jeune est toujours en dehors.' Vous, messieurs, préparez-vous. Moi, j'y vais seul, avec Pëtrlvanovitch, sans faire semblant do rien, comme si' je me promenais, pour voir si les voyageurs sont bien traités. Holà! Svistinof!
Plaît-il?
Cours après l'inspecteur de quartier... Non. J'ai besoin de toi. Dis à quelqu'un qu'on me fasse venir tout de suite l'inspecteur de quartier, et reviens vite.
Allons, allons-nous-en, Ammos Fëdorovitch. Il peut arriver quelque malheur.
LE JUGE
Pourquoi avoir peur? Les malades ont des bonnets blancs, tout est dit.
Des bonnets ! on ordonne de donner du bouillon aux malades, et dans tous les corridors c'est une odeur de choux qui vous prend au nez...
LE JUGE
Quant à cela, moi, je suis tranquille. Qui s'aviserait d'aller au tribunal? Et si l'on s'avise de regarder dans quelque papier, on sera bien avancé. Il y a quinze ans, que je siège sur le fauteuil de juge, et si j'ai regardé, un mémoire... fiah ! bah ! Salomon lui-môme ne découvrirait pas s'ils disent vrai ou non.
(lo juge, L'administrateur dea hosploesj le recioui et le directeur des' postes sortent et se rencontrent à la porto avec Svistinof qui revient.)