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Les deux imitations de Jésus-Christ: le De imitatione Christi, et L'imitation, de Corneille, comparées dans leurs parties principales

Ce parallèle peut être cousidéré comme uu fait nouveau dans notre critique littéraire française ; il n'a jusqu'à aujourd'hui tenté la plume d'aucun de nos lettrés ; il a donc par cela seul, sinon quelque originalité, au moins quelque nouveauté. La traduction de Vlinitatio Chrisll par Pierre Corneille n'est point une traduction dans le sens ordinaire du mot; c'est, comme notre grand Corneille lui-même a pris soin de nous en avertir dans sa préface, une paraphrase de ce divin livre. Or paraphraser revient, pour un poète de la force de Corneille, sinon à inventer partout, au moins à se donner carrière dans la poésie, de telle sorte que la paraphrase y tourne presque partout à l'invention.

En outre le christianisme de Corneille égalant, on peut le dire, en simplicité, pureté, science et vigueur théologales le christianisme de l'auteur de VJmitatio Christi, la thèse à établir dans le parallèle des deux livres et des deux hommes, et qui se démontre comme d'elle-même, c'est que notre Corneille, bien qu'il ait marché partout sur les traces de l'original latin, a manifestement composé pour son propre compte et en vue de son propre salut une Imitalion de Jésus-Christ. Qui ne sait qu'au dix-septième siècle, les hommes le plus en vue par leur génie, au théà-

,1 AVAM-PKOPOS.

tre, ou dans le monde, se réservaient, la vieillesse survenant, des « années de grâce » comme ils les appelaient, pour vaquer à Dieu et à l'aiïaire le leur salut. La chose éclate partout dans la paraphrase de Corneille et dans cette poésie religieuse, laquelle jusque dans ses répétitions et redondances ressent, je n'en dis pas trop, son pénitent et son mortifié. C'est donc, à n'cH pas douter, une Imitation de Jésus-Christ en vers que Corneille a tirée de sou propre fond, et que nous n hésitons pas à qualifier (Toriginale. C'est de quoi nous donnons partout des preuves dans ce parallèle.

Ce parallèle demandait à être renfermé dans de sages limites. C'est pourquoi l'auteur a fait porter son travail sur des chapitres de choix pris dans les quatre livres de Vlmitatio Gliristi, chapitres dans lesquels est, à vrai dire, ramassée toute la substance théologale, métaphysique et morale de Vlmitatio Christi et de l'originale paraphrase de Corneille. Ces titres principaux, marqués à la table de notre livre, font pour le lecteur office de résumé ; et, en même temps qu'ils remettent sous ses yeux toute Vlmitatio Christi, ils ue cessent pas de l'appliquer à la comparaison des deux personnages, de l'auteur de Vlmitatio Christi, et de notre grand poète du dix-septième siècle, du saint moine du moyen âge et de Thomme encore engagé dans les choses du siècle. Ces titres ou tètes de chapitres sont au nombre de quatorze.

Ce parallèle n'est pas uniquement littéraire, et l'auteur ne fait pas que se porter d'un texte à l'autre, du latin au français. C'est du fond des choses qu'il s'est occupe principalement, à savoir, de la doctrine Ihéologique et métaphysique, et de l'esthétique chrétienne. De là un commeu-

AVANT-PROPOS. lit

taire ou plus exactement des méditations sur les deux textes appropriées à i'iniportauce des choses. Ces méditations ne laissent pas d'être nourries et fortifiées par le commerce d'esprit que le commentateur ne cesse pas d'avoir avec nos deux originaux. De là par conséquent une étude, qui s'imposait à lui, de ce qu'il dénomme la Psycholoyie des Saints, c'est à savoir, la Psychologie intuitive ou de première intuition. Cette psychologie constitue, à vrai dire, tout le fond philosophique de ce parallèle.

Se répéter dans une élude de Vlmitalio Christi est chose inévitable. Corneille lui-même, dans sa préface, se plaint de celle nécessité des répétitions et des redites qui lui est imposée par le latin de ïliuitatio Christi; et il ne nous laisse pas ignorer que telle a été la grande difficulté de sa paraphrase. Nous ne pouvions pas, dans notre parallèle, nous dérober à cette difficulté. Gomment ne pas faire ce qu'ont fait et l'auteur de Vlmitalio Christi et le poète Corneille? Mais se répéter sur les choses, comme c'est le génie des livres saints, n'est pas se répéter sur les mots seulement; et là où il y a accroissement et de lumière et de substance, il n'y a pas, à vrai dire, de superfétation.

L'originalité de Corneille dans sa paraphrase poétique de VLniiatio Christi nous parait démontrée par la foi candide du chrétien, par un génie théologique étonnant, et surtout par l'incomparable beauté des vers, aux endroits où ces vers sont vraiment Cornéliens et de la qualité de ceux de Polyeucle. Nous maintenons donc notre thèse qui est que notre grand Corneille a ÏAi lui aussi son Imitation de Jésus-Christ, Imitation lue, hélas ! par bien peu de personnes, ajouterai-je? (j'ai des preuves de ceci), ignorée ou peu s'en faut des plus éminenls lettrés de ce temps-ci.

PUÉFACE^'^

Il est de ccrlainos éditions des bons livres (je m'occupe ici du meilleur de tous et du plus divin, après l'É vangile) qui s'emparent de notre esprit avec une force étonnante, et qui l'obligent à s'appliquer, comme il n'a vait jamais fait, aux mois, et par les mots à la subslano des choses. On n'en est pas pour cela à une révélation première des choses ; cela ressemblerait par trop à de l'illuminisme ou aux inluitions surnaturelles des saints ; auquel cas on tomberait dans le péché d'orgueil. Non, ces éditions des bons livres, chères à chacun de nous, les bibliophiles connaissent bien cela, ne nous en apprennent pas plus sur des beautés de lillérature ou de doctrine qu'au commun des lecteurs. Surtout elles ne nous découvrent pas les choses, comme cela arriv e aux saints, par des coups delà grâce soudains et fulgurants. Mais nous vivons si familièrement, il faudrait dire s domesliquement, avec ces chères éditions, ellessont tellement de notre maison, nous les avons si bienétab lies chez nous et casées à portée de la main, qu'il n'est pa s téméraire à vous et à moi d'alïîrmer qu'elles nous parient avec une vivacité extraordinaire de l'état sain ou malade de notre àme, du fond trouble ou limpide de

(1) Cette préface a paru dans le CorrespomJanl du 10aoiUlS74,

VI PRÉFACE

noire cœur, en un mot, de tout le particulier de nos mœurs et de notre conduite.

Quel livre me dit mieux ces choses-là, et d'une manière plus divine, que cette édilion de VJmitation de Jésus Christ que j'ai dans les mains? Elle est d'espèce portative, s'il en fût jamais : elle tiendrait dans le creux de votre main. Le format n'est point riche et pas du tout élégant ; mais il est solide, à l'épreuve des chocs et des heurts de toute sorte, indifférent aux intempéries des saisons, aux excès du chaud et du froid, impénétrable à la tarière des mites. Elles jeûneraient aux côtés de ce petit livre. Le papier dont est fait ce trésor de l'àme est un papier de Paris, de 1 7 1 0, de chez Louis Goignard {ex typis LiidoviciCoignard), un papier des dernières années du grand siècle. Il est ferme sous les doigts; il supporte tout sans se plaindre, cornes aux coins des pages, annotations marginales à la plume, barres à l'encre, aff'reux pâtés et tant d'autres macules I Qui aime bien maltraite bien ; je l'entends des livres seulement et de ceux de poche. Les dévots de la bibliographie ne me démentiront pas sur ce point. Mon édilion Louis Goignard est imprimée menu ; elle n'irait pas à tous les yeux ; mais cela est si net qu'on le lit avec les yeux de l'esprit. Elle m'a été donnée en pur don en 1 855, la date importe pour ces présents d'amitié, par l'un de mes bien chers et distinguésconfrères et collaborateurs dans l'enseignement secondaire. Je ne le nommerai pas, de peur de fâcher sa modestie et bonhomie. Tune et l'autre exquises. Nous faisions la rhétorique ensemble dans l'un des lycées de Paris les plus fréquentés par la belle jeunesse. Ce lycée a toujours regorgé de monde, et d'un

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