Les deux inscriptions hétéennes de Zindjîrlî
Le Comité oriental de Berlin vient de publier le premier fascicule des FouiUes de Zindjîrlî si impatiemment attendu par les historiens et les sémitisants^ La partie artistique du superbe volume a été confiée à M. le docteur Félix de Luschan, qui s'en est acquitté avec une 43upériorité magistrale ^ La partie philologique a été distribuée à deux célèbres sémitisants : l'inscription assyrienne d'Assarhaddon à M. Eb. Schrader (30-43) -, les inscriptions en caractères phéniciens à M. Ed. Sachau, qui donne dans ce volume une traduction avec commentaire de l'inscription de Panammou IP. L'inscription de Panammou I" est représentée par un fac-similé dû à la main expérimentée de M. J. Euting, ainsi que par une transcription en caractères hébreux faite par le même auteur (planche VII et p. 51).
M. de Luschan, à qui nous sommes redevable d'attrayantes et instructives descriptions, s'est acquis le mérite incontestable d'avoir deviné, sous le tell de Zindjîrlî, l'existence d'une ville considérable et d'avoir fixé le choix de ses collègues sur cette localité. Les faits ont confirmé d'une manière éclatante les prévisions du savant ; le résultat de ces fouilles doit être rangé parmi les plus splendides découvertes archéologiques de notre siècle. Le terrain était nouveau; la civilisation, la race et la langue du peuple qui habitait en ce lieu étaient enveloppées de mystère et formaient le champ clos de diverses hypothèses, pour la plupart contradictoires et invraisemblables. Après plu-
1. Mémoire inscrit à Tordre du jour de rAcadémie des inscriptions et belles -lettres le 10 février et lu le 3 mars 1893.
2. MiUheilungen aus deti (n^ientalischeti Sammlungen, Heft xi, Ausgrabungen in Sendachirîi L Einleitung und Inschriften mit 1 Karte und 8 Tafeln. Berlin, W. Spemann, 1893. Nous citerons cet ouvrage sous Tabréviation A(u8grabungen) S(end8chirli).
3. Introduction (p. 1-10), monolithe d'Assarhaddon (p. 11-29), cinq sculptures de Querdjin (p. 44-54).
4. M. Sachau appelle ce texte « une inscription paléo-araméenne » (p. 55-84) ; voyez plus loin mes réserves sur ce point.
sieurs tentatives préliminaires, les prëniières fouilles, dirigées par MM. de Luschan, Humann et Winter commencèrent le 9 avril 1888 avec quatre-vingts hommes et se continuèrent jusqu'au 22 juillet. Quelque temps interrompues à cause de l'insuffisance des outils et de la maladie des travailleurs, elles furent reprises en deux campagnes, Tune du 27 janvier au 14 juin 1890; l'autre du 9 octobre 1890 au 17 mars 1891. Dans l'intervalle, on fit, dans une localité voisine, à Guerdjîn, r<acquisition de quatre statues antiques dont Tune portait une inscription sémitique. Cette inscription est gravée sur la statue du dieu Hadad et a pour auteur Panammou P% fils de Qaral. Zindjîrlî même, outre une belle statue d'Assarhaddon, a fourni deux autres statues avec inscriptions sémitiques appartenant à Panammou, fils de Rekoub, dont la moins longue est rédigée en araméen. J'ai déjà eu l'honneur de communiquer à l'Academie, dans sa séance du 5 août '1892, un premier essai d'in* terprétation relatif aux deux premières inscriptions que j'avais copiées rapidement pendant un court séjour à Berlin. Aujourd'hui que j'ai sous les yeux les fac-similés de ces textes joints au fascicule qui vient de paraître et que M. de Luschan a eu la bonté de m'envoyer, je prends la liberté de vous présenter une traduction rectifiée et complétée de ces monuments précieux qui jettent un jour inattendu sur l'ethnographie et l'histoire de l'extrême nord de la Syrie. Ce nouvel examen est d'autant plus nécessaire que la question de savoir si ces inscriptions sont araméennes ou non reste encore un sujet de litige entre M. le professeur Ed. Sachau et moi. En effet, dès l'acquisition de ces stèles par le musée de Berlin, M. Sachau les a qualifiées d'araméennes, et cette même qualification est maintenue par lui dans l'intéressant travail qu'il consacre maintenant à l'inscription de Panammou junior. Moi, au contraire, à la suite d'une étude sur la langue des Hittites parue en 1889, j'ai toujours déclaré le caractère hébréo-phénicien de l'idiome de la Syrie septentrionale. La copie que j'ai prise des inscriptions de Zindjîrlî au musée de Berlin m'a fortifié dans ma manière de voir, et j'espère faire pencher la balance en faveur de Topinion opposée à celle de mon savant contradicteur.
Mais la question ethnographique, qui a formé Tobjet principal de ma première étude, est presque effacée devant le haut intérêt des renseignements précis que nous fournit le texte mieuxcorapris dePanammou V^ sur la croyance à l'immortalité de l'âme chez les peuples sémitiques. Sur ce même sujet, je n'ai jamais pu admettre la solution négative à laquelle tant de savants et de philosophes s'étaient arrêtés. Je suis heureux d'annoncer que, sur ce point également, mon opinion reçoit une confirmation définitive.
Vu la nature complexe de ces recherches, le travail présent comprendra les divisions suivantes : 1** Textes avec commentaire et traduction; 2^* la langue hétéenne; 3o l'histoire hétéenne; 4° la mythologie hétéenne-sémitique.