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4 Le principal jéhoviste de la Genèse est identique au premier jéhoviste et le secondaire au second.
Reste à savoir quel rapport nous devons établir entre les deux séries de textes Jéhovistes que nous venons de constater dans les chapitres IT à XI et dans le reste de la Genèse. Nous avons établi que le déluge et la table jéhoviste des peuples appartiennent à un autre document que les autres fragments jéhovistes des chapitres IT à XI. Nous avons montré ensuite qu’il y a dans le reste de la Genèse un jéhoviste principal et un secondaire. Mais le jéhoviste principal des chapitres XII et suivants est-il identique à l’auteur qui a raconté la création, la chute. l’histoire de Caïn, etc., ou à celui qui a raconté le déluge ? Nous pensons qu’il faut l'identifier avec le premier et qu’on ne doit pas, en tout cas, l'identifier avec le second. Voici pourquoi: la table jéhoviste des peuples donne à Outs et à Aram (X, 23) une origine différente de celle qui leur est donnée dans XXII, 21. Nous ne voulons pas examiner si ces deux notices sont conciliables ou non. Il nous suffit de constater qu’un seul et même auteur ne se serait certainement pas exprimé de la sorte. Le déluge et la table jéhoviste des peuples ne faisaient donc pas partie du livre du jéhoviste principal.
Mais rien ne s’oppose à ce que l’autre série de textes en fit partie, et certains indices me semblent montrer qu’il en était réellement ainsi. Par exemple, l'emploi du mot häbâh (IX, 3, 4, 1; XXX VII, 16; XLVII, 15, 16; Exod. 1, 10)*et celui du suffixe archaïque de la troisième personne masculin singulier (TX, 215 XTL8 5 XIIL SEEXXXV, 21 XLTX EPIR
De plus, le principal jéhoviste de la Genèse est, suivant toute vraisemblance, identique à l’auteur que, dans notre étude des livres suivants, nous avons appelé le premier jéhoviste. Or c’est le premier jéhoviste qui raconte l’entrée des Kéniens en Canaan en même temps que les Hébreux !. N’est-il pas vraisemblable qu’il avait précédemment parlé de l’origine de ce peuple comme de celle des Cananéens, des Moabites, des Ammonites, des
1 Nomb. X, 29-32; Jug. I, 16.
Ismaélites, etc. ? C’est donc au premier jéhoviste qu’appartient le récit de l’origine des Caïnites ou Kéniens (chap. IV).
Dans XI,5, Jéhovah descend pour voir ce qui se passe sur terre, comme dans Exod. IT, 8. Et le mot qidmat, devant (I, 14; IV, 16), ne se retrouve, dans les livres historiques, que dans 4 Sam. XIII, 5. Or ces deux textes (Ex. LIT, 8 et 1 Sam. XIII, 5) appartiennent au premier jéhoviste. La série des textes de la Genèse qui commence par la création, la chute, l’histoire de Caïn et d’Abel, etc., lui appartient donc vraisemblablement aussi.
Résumé des deux documents élohistes dans la Genèse.
Nous pourrions nous arrêter ici. Nous avons montré que depuis la création jusqu’au schisme il y a deux séries de textes jéhovistes indépendantes l’une de l’autre. Mais comme nous avons donné plus haut le résumé des sources à partir de l’Exode, il sera peut-être utile de le compléter par celui des sources de la Genèse. Nous venons de donner celui des deux jéhovistes ; nous n’y reviendrons pas ; nous nous bornerons à celui des deux élohistes.
Premier élohiste 1.
On sait qu’à ce document appartiennent toutes les thôledôth (généalogies) de la Genèse: celles des cieux et de la terre (I-II, 4a), d'Adam (chap. V, excepté v. 29), de Noé (VI, 9-22, NIL, 6-9, 11, 13-16a, 18-21, 24; VIIT, 1, 2a, 3b-5, 13a, 14-19; IX, 1-17, 28 et 29), des fils de Noëé(X, 1-7, 20, 22 et 23, 31 et 32), de Sem, par la ligne d’Arpakshad (XI, 10-26), de Tareh (v. 27- 32), [de Nakhor|, d'Abraham (XII, 4b, 5a; XIIL, 6, 11, 12, 188; XVI,3,15et16; XVII XIX, 29; XXI... 4et5; XXIIT, XXV,7-11a) d’'Ismaël (XX V, 12-17), d'Isaac (XX V, 19,20,26b; XXVI, 34et35; XXVII, 46-XX VIII, 9, XXXI, 17 et 18; XXXV, 9-15, 22b-29; XXXVI, 6-8a; XXXVII, 1), d'Esaü (XXXVI, 9-43, sauf diverses
1 Pour plus de détails voyez notre étude sur le Document élohiste (Revue théologique de Montauban, 1882).
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additions et modifications!) et de Jacob (XXX VII, 2, 185, 29a, 24, 254, 28ab, 29 et 30, 36a; XLI, 41, 46, 56, 57; XLII, 5, 6x, 8, 20b, 95, 35; XLV, 3, 19, 21, 25b, 27? XLVI, 5b, 6, 8-21, ‘sauf quelques modifications?, XLVII, 7-14, 27b, 28 ; XLVIII, 3-6; XLIX, a, 2835-33; L, 12 et 13).
Il faut y joindre aussi, à notre avis, les thôledôth des fils de Jacob, dont un fragment s’est conservé dans l’Exode (VI, 14-25).
Les thôledôth de Nakhor, frère d'Abraham, étaient aussi indispensables dans ce document que celles d’Ismaël et d’Esaü. Il en résulte qu’il débatait par 13 thôledôth. Mais la première, celle des cieux et de la terre, se détache nettement des suivantes. On doit donc la considérer comme une sorte d'introduction, suivie de 12 thôledôth racontant les origines de l’humanité depuis Adam jusqu’à la sortie d'Egypte.
Second élohiste.
C’est Hupfeld qui a eu le mérite (après [lgen) de découvrir l’existence de ce document dans la Genèse et de déterminer quelques-uns des récits qui lui appartiennent, dans son étudesur les sources de la Genèse (1853). Nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage capital.
Il me paraît probable que ce document débutait par un récit de la création et de la chute, dont quelques fragments se sont peut-être conservés au milieu du récit du premier jéhoviste (IE, 4b-chap. TD), mais qu'il est impossible d’en dégager avec une. certitude suffisante. Ainsi s'explique, à mon avis, le double nom de Dieu, Jéhovah-Elohîm, particulier à ce fragment,
1 Nous avons eu la satisfaction de voir notre opinion sur ce point complètement adoptée par M. Dillmann dans la seconde édition de sor commentaire sur la Genèse, 1882.
? Les 66 enfants d'Israël qui allèrent s'établir en Egypte (XL VI, 26) sont Jacob, 31 (non 33) descendants de Léa, 16 de Zilpa, 11 de Rachel (Benjamin et ses dix fils) et 7 de Bilha. Le rédacteur me paraît avoir ajouté Dina (v. 15) et fait quelques autres additions ou modifications qu'il serait trop long d'indiquer ici en détail.
Il continuait par le récit de l’union des fils de Dieu, c’est-àdire des anges, avec les filles des hommes, union d’où naquirent les géants (VI, 1, 2, 4). C’est dire qu'il ne parlait pas du déluge. CF. verset 4.
Guerre des rois d'Orient contre les rois de Sodome, Gomorrhe, etc. Abram délivre Lot; à son retour il est béni par Melkisédeq (chap. XIV). Dieu lui révèle que sa race sera captive (en Egypte) pendant 400 ans, mais qu'elle en sortira avec de grandes richesses et reviendra en Canaan (XV, 15, 2, 9-17).
Abraham se rend à Guerar, où le roi Abimélek enlève Sara. Mais Dieu lui révèle en songe qu’elle est mariée, et il la rend à son mari avec de grands présents (chap. XX). [Abraham s’établit dans le pays des Philistins, à Beershéba ; cf. XX, 15; XXI, 14, 31-34. Naissance d’Ismaël ; cf. XXI, 9 ss.| Naissance d’Isaac et expulsion d'Hagar. Alliance d’'Abimélek et de son général Picol avec Abraham à Beershéba (XXI, 2a, 6-34). Sacrifice d’Isaac (XXIL, 1-13, 19).
[Mort de Sara. | Mariage d’Isaac avec Rébecca (XXIV, 62-67). [Mort d’'Abraham.] À l’occasion d’une famine, Isaac se rend à Guerar, puis revient à Beershéba, où Abimélek et Picol traitent encore alliance avec lui (XX VI, 1xb, 7-12a, 13 et 14 (?) 16, 17a, 23, 26-31).
[Naissance d’Esaü et de Jacob. Jacob trompe son frère et s'enfuit pour se soustraire à sa vengeance. Cf, chap. XXXII.] Il part de Beershéba et s'arrête à Béthel, où il voit en songe une échelle sur laquelle des anges de Dieu montent et descendent. Au matin il élève la pierre qui lui avait servi de chevet et fait vœu, s’il revient sain et sauf, d’en faire une maison de Dieu (XXVIII, 10-12, 17-22).
Arrivé en Mésopotamie, il épouse les deux filles de Laban. Naissance de ses enfanis ; sa ruse pour accroître ses troupeaux (XXX, 2, 3, 5, 6, 8, 17-20a, 22, 93, 31-42). Sa fuite ; il arrive à Makhanaïm (XXXI-X XXII, 3, excepié XXXI, 45, 49, 54). Là il envoie des messagers à son frère au pays de Séir ; ils reviennent et lui apprennent qu'Esaü s’avance à sa rencontre avec 400 hommes. Il lui envoie un présent. Pendant la nuit, Jacob effrayé
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lutte avec un personnage mystérieux jusqu’à l’aurore (XXXII, 4-7, 14b-99, 95-33)1. Esaü accepte le présent et retourne à Séir. Jacob va à Succôth, puis à Sikem (chap. XXXIIT). II s'empare de Sikem (XXXIV, 27-29, cf. XLVIIT, 22), puis il va, ensuite d’une révélation, s'établir à Béthel (XXX V, 1-4, 6 et 7), comme il en avait fait vœu à son départ de Palestine (cf. XX VIII, 20-29).
C’est de là? qu’il envoie Joseph du côté de Sikem pour voir ce que font ses frères. Ceux-ci le vendent à des Zsmaélites, qui l’emmènent en Egypte (XXXVII, 3-21, 22y, 923, 25-27, 28p, 31-35). Il est acheté par Potiphar, eunuque, chef des exécuteurs (XXXIX, 1, 48). Il prend soin des prisonniers. Songes des deux officiers de Pharaon, songes de Pharaon lui-même; élévation de Joseph, double venue de ses frères en Egypte, départ de Jacob (de Béthel), son arrivée à Beershéba, où Dieu se révèle à lui ; son départ de Beershéba (XL-XLYVI, 5a, 7). Son arrivée en Goshen. Joseph présente cinq de ses frères à Pharaon et obtient pour eux l’autorisation de s'établir dans le pays de Goshen (XLVI, 28-XLVITI, 6). Avec le blé qu’il vendit, Joseph ramassa tout l'argent de l'Egypte et du pays de Canaan (XLVII, 12-15a, 27a). Jacob étant près de mourir, Joseph lui amène ses deux fils. Jacob place Ephraïm au-dessus de Manassé ; il prédit que Dieu ramènera ses descendants dans le pays de leurs pères (XLVIIL, 1 et 2, 8-22). Joseph pleure son père et fait embaumer son corps. Il rassure ses frères. Au moment de sa mort, il recommande qu’on emporte ses os quand on retournera en Canaan (L, 1-5x, 14-26 ; cf. Ex. XIII, 17-19).
1 Le verset 24 me paraît une addition destinée à concilier les deux récits : celui du jéhoviste, d'après lequel Jacob passe le gué du Jabboa, c’est-à-dire le gué du Jourdain le plus rapproché du Jabboq, et échappe ainsi à Esaü (v. 23), et celui du second jéhoviste, d’après lequel il s'avance au contraire à la rencontre de son frère.
? Malgré XXX VII, 14, «de la vallée d'Hébron», qui doit être une addition du rédacteur, d'après XXX V, 27 et 21 s., où Jacob est allé à Hébron. L'envoi d’un jeune garçon à Sikem est beaucoup plus vraisemblable de Béthel que d'Hébron.
Conclusion.
Le grand ouvrage historique qui s'étend de la Genèse jusqu’au livre des Rois a donc été formé de la compilation de cinq documents principaux et de quelques documents secondaires. Ces cinq principaux documents sont :
1° le premier élohiste ou le livre sacerdotal, qui va jusqu’à ja conquête de Canaan ;
20 le second élohiste, qui s'étend jusqu’au règne de Salomon ;
30 le premier jéhoviste, qui paraît s'arrêter au schisme ;
4° le second jéhoviste, qui se poursuit vraisemblablement au delà du schisme ;
9° le Deutéronome primitif, qui embrasse la plus grande partie du Deutéronome et quelques fragments du livre de Josué.
Les quatre premiers ont été réunis par un compilateur. Plus tard, le cinquième y a été intercalé, probablement par le rédacteur définitif du livre des Rois.
Il resterait à déterminer l’époque de la composition de chacun de ces documents, celle de la réunion des quatre premiers et celle de l’adjonction du cinquième. Pour cela il faudrait d’abord achever l'étude du livre des Rois et déterminer les portions qui peuvent encore en être attribuées au second jéhoviste. Mais nous craignons d’avoir depuis longtemps abusé de la patience de nos lecteurs. Nous nous arrêtons donc ici.
Si quelques-unes de nos affirmations ou de nos opinions ont étonné quelqu'un de nos lecteurs, nous le prions d’abord de considérer que, pour pouvoir traiter brièvement une aussi vaste matière, il nous a fallu supposer connus beaucoup de faits ou de résultats critiques qui ne sont peut-être pas également familiers à tous ceux qui liront ces pages; nous avons dû aussi réduire très souvent au strict nécessaire les arguments que nous aurions pu alléguer ou les développements dans lesquels on pourrait entrer. Au reste, nous avouons sans
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difficulté que les résultats exposés ou plutôt condensés ici ne sont pas tous également certains et qu’il eût été sage d’employer plus fréquemment encore que nous ne l’avons fait les probablement, les peut-être et les points d'interrogation. Mais des incertitudes ou des obscurités de détail ne sauraient ébranler le fait capital que nous avons voulu mettre en lumière : la réalité de cinq sources principales, au lieu de quatre, dans l’Hexateuque et la continuation de trois d’entre elles dans les livres suivants.
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