XXII, 18; XX VI
potamie, va retrouver son père à Mamré (XXX V, 91 ; cf. v. 27) ou dans le voisinage, dans une région d’où l’on pouvait descendre à Adoullam (XX XVIIT, 1 ss.), ce qui n’était pas le cas pour Beershéba. |
Dans l’hypothèse d’un seul jéhoviste, il faudrait donc admettre qu'il disait qu'Abraham et Isaac s'étaient transportés à Guerar et à Beershéba, puis qu’'Isaac était revenu de nouveau à Mamré. Or on comprend assez aisément que le rédacteur ait omis la première de ces notices comme faisant double emploi avec les récits du second élohiste (chap. XX et XXI) sur le séjour d'Abraham dans la région du sud. Mais comment expliquer l’omission de la seconde, si elle s'était trouvée dans la source jéhoviste ?
Pour défendre cette opinion, il faut soutenir aussi que le même auteur, rapportant la même promesse, s’est servi de termes différents, de formes verbales différentes, d'images différentes et qu’il l’a placée en plusieurs lieux différents. Tout cela est-il vraisemblable ?
La source jéhoviste secondaire est si intimement mêlée au second élohiste dans le chapitre XXVI qu'il est difficile de l'en distinguer nettement. L'aventure de Rebecca et l’alliance d’Isaac avec Abimélek et Picol sont certainement du second élohiste (XX VI, 1 b, 7-12 a, 16, 23, 26-31 ; cf. XXI, 22). Mais les versets 2-6 sont évidemment du même auteur que XXII, 15-18, c’est-à-dire du jéhoviste secondaire. Les versets 47-95, 32 et 33 (creusement de puits dans la vallée de Guerar et apparition de Jéhovah à Isaac à Beershéba) ne peuvent être du second élohiste, d’abord à cause de l’emploi de Jéhovah, ensuite parce qu’ils se terminent par une étymologie du nom de Beer-shéba et que le second élohiste en a déjà donné une différente. (XXI, 31.) Ces versets sont donc vraisemblement la continuation des versets 2-6.
Or, d’après le verset 18, Abraham avait déjà creusé des puits dans le voisinage de la ville de Guerar. Le jéhoviste secondaire devait donc raconter cela dans quelque fragment omis par le rédacteur (car il n’en est question nulle part ailleurs), et il faisait demeurer Abraham non loin de Guerar.
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La liste des descendants d'Abraham et de Ketoura (XXV, 1-6, 184) me paraît aussi provenir du jéhoviste secondaire. Diverses raisons, en particulier l’emploi du kal yälad (v. 3), ne permettent pas de l’attribuer au premier élohiste. Elle ne rentre aisément ni dans le livre du second élohiste, ni dans celui du jéhoviste principal. À y regarder de près, ce récit offre une grande analogie avec ceux de la fuite et de l’expulsion d'Hagar (chap. XVI et XXI), qui sont, le premier, du jéhoviste principal, le second, du second élohiste. Il y a entre lui et les deux autres un rapport du même genre que celui qui existe entre X, 8-12, et XI, 1-9 : il s’agit, au fond, de la même chose. Ketoura est, comme Hagar, la mère de tribus orientales plus ou moins apparentées aux Hébreux. Il est vrai que les noms de ses fils et descendants sont différents de ceux des fils d’Ismaël d’après le premier élohiste. (XXV, 12-17.) Mais on voit par XXX VII 28 et 36, que les Madianites et les Medanites (fils de Ketoura ; cf. XXV, 2) étaient à peu près identiques aux Ismaélites, puisque l’une des deux sources appelle Ismaélites les mêmes personnes que l’autre appelle Madianites ou Medanites!. Le second jéhoviste nomme Mitspa le même lieu de culte que le premier jéhoviste et le second élohiste nomment Guibea. Les deux listes des chefs d’'Edom (XXXVI, 15-19 et 40-43) présentent aussi des noms tout différents ?. La différence qui nous occupe peut s’expliquer d’une manière analogue : par la différence de la situation politique au moment où furent composés ces deux ouvrages. Mais il s’agit dans les deux cas de populations apparentées aux Hébreux, au sud et à l’est des Edomites, des Moabites et des Ammonites?. Or le premier élohiste raconte l’origine de ces populations dans les thôledôth d’Ismaël, le principal jéhoviste au chapitre XVI et le
1 Cf. aussi Jug. VIII, 24, où les Madianites vaincus par Gédéon sont appelés aussi Ismaélites.
? Les noms des femmes d’Esaü sont aussi différents. Cf. XX VI, 34, et XX VII, 9, à XXX VI, 2-5.
8 Le rédacteur autorise lui-même notre interprétation en plaçant à la suite des fhôledôth d'Ismaël le verset 18a, qui ne peut guère être que la continuation des versets 1-6.
second élohiste au chapitre XXI. Le récit XXV, 1-6, 184, ne peut donc guère provenir que du jéhoviste secondaire. Ajoutons que plusieurs formes de langage rappellent la table jéhoviste des peuples : cf. XXV, 4b à X, 29b; XXV, 18a à X, 19 et 30. La ressemblance des noms Joqtan (X, 25-29) et Joqshan (XXV, 2 et 3) indique peut-être aussi un même auteur.
D’après tout cela, voici comment l’histoire d'Abraham et d’Isaac d’après le jéhoviste secondaire nous paraît pouvoir être reconstituée : [Abram vient d'Our-Kasdim en Canaan; cf. XV, 7.] Jéhovah lui promet que sa race sera aussi nombreuse que Les étoiles et qu’elle possédera le pays de Canaan depuis le Nil jusqu’à l’Euphrate (XV, 1ay, 3-7, 18-21). — Jéhovah lui apparaît et lui annonce la naissance d’un fils de Sara (XVIII, 1, 3, 10-15...). Naissance d’Isaac (XXI, 1 b). [Abraham se rend près de Guerar et y creuse trois puits. Cf. XX VI, 15, 18-29, 32 et 33. — Sacrifice d’'Isaac.| Jéhovah jure à Abraham qu’en récompense de son obéissance, sa postérité sera comme les étoiles et que toutes les nations de la terre seront bénies, ou plutôt se béniront, se féliciteront, s’estimeront heureuses en elle (hithpaël. XX, 15-18). Abraham épouse Ketoura qui lui donne plusieurs fils, qu'il envoie vers l'Orient (XXV, 1-6, 18a)". [Après la mort d'Abraham] Jéhovah apparait à Isaac et lui ordonne de rester dans le pays où il est, lui promettant d’être avec lui, d'accomplir le serment fait à Abraham, de rendre sa postérité aussi nombreuse que les étoiles, et de faire que toutes les nations s’estimeront heureuses en elle (hithpaël). Isaac reste à Guerar et Jéhovah le bénit. Mais les Philistins, jaloux de sa prospérité, comblent les puits creusés par Abraham. Isaac les recreuse et en creuse trois nouveaux. Puis il monte à Beershéba, où Jéhovah lui apparaît encore et lui dit: Ne crains point, car je suis avec toi, etc. Il lui bâtit un autel. Ses serviteurs creusent encore un puits; Isaac le nomme shibea, sept; de là le nom de Beer-shéba (XX VI, 2-6, 12b-15, 17-25, 32 et
1 Dans XX V, 6, il faut traduire: Aux fils de concubine (au singulier, . malgré le pluriel pilagshim), car il ne s’agit que des fils de Ketoura. Le second jéhoviste écrit de même Zoukhôth abânim, tables de pierre. (Ex. XXXIV,1.) — XXV, 18b, addition d’après XVI, 12.
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33). — Ce chiffre sept montre qu’Abraham en avait creusé trois dans le voisinage de Guerar, puisque ce puits est le quatrième creusé par Isaac. Je ne vois pas d’autre moyen d’expliquer cette étymologie.
Dégagé de ces fragments jéhovistes secondaires, le récit jéhoviste principal devient beaucoup plus clair : Jéhovah ordonne à Abram de quitter son pays et sa parenté, lui promettant de faire de lui une grande nation et que toutes les familles de la terre seront bénies en lui (niphal). Il vient en Canaan, descend en Egvpte, revient à Béthel. Lot se sépare de lui et va à Sodome ; Abram va s’établir aux chênes de Mamré (XII et XII). Hagar enceinte s'enfuit (XVI). Trois hommes apparaissent à Abram à Mamré et lui promettent un fils. Ruine de Sodome. Origine des Moabites et des Ammonites (XVIII et XIX, excepté XVIIT, 1, 3, 10-15 et XIX, 29). Naissance d’Isaac (XXI, 1@:2). Abraham, ayant appris que son frère Nakhor a aussi des enfants (XXIT, 20-24), envoie son serviteur de confiance (Eliézer ?) chercher une femme pour Isaac (XXIV, 1-61...). Naissance d'Esaü et de Jacob. Esaü vend son droit d’aînesse (XXV, 21-34). Jacob obtient par ruse la bénédiction de son père et s’enfuit en Mésopotamie (XX VII, 1-45). Jéhovah lui parle en songe à Béthel (...XXVIII, 13-16). Il arrive chez Laban. Son double mariage et naissance de ses premiers enfants (XXIX). Naissance de ses autres enfants, excepté Benjamin (XXX, 1, 4, 9-16, 20 b, 21, 24-30, 43). [Son départ. Laban le poursuit et l’atteint.] Leur réconciliation (XXXI, 45, 49, 54). Rencontre de Jacob et d’Esaü (XXXII, 4-7 en partie, 8-14a, 93). Jacob arrive à Sikem (XXXIIE, 18 x). Massacre des Sikémites (XXXIV). Jacob fuit avec sa famille. En route Rachel meurt en mettant au monde Benjamin. Arrivée à Migdal-éder (dans le voisinage de Mamré) (XXXV, 5a, 8, 16-22). Juda descend à Adoullam, etc. (XXXVIIT). [Joseph est emmené en Egypte.| Il résiste aux séductions de la femme de son maître (qui n’était pas Putiphar) ; il est jeté en prison (XXXIX, 2-20)1. Il en est délivré grâce à l’échanson de Pharaon (XL, 1, 38b, 14b, 15). Il con-
1 Les versets 21-% sont une addition destinée à relier ce récit à celui du second élohiste.
seille à Pharaon de faire des provisions de blé (XLI, 146, 35 +, 49, 55). IL vend ce blé aux Egyptiens. Jacob, qui est venu s’établir en Egypte, fait jurer à Joseph de l’enterrer dans le tombeau de ses pères (XLVII, 15 8. 16 a, 17-26, 29-31). Bénédiction de Jacob à ses enfants (XLIX, 1-28). Joseph accomplit la promesse qu’il avait faite à son père (L, 48-11, 14).
Nous ne pouvons justifier ici en détail cette division des sources. La plupart des textes que nous venons de citer se distinguent par l'emploi du nom de Jéhovah. Plusieurs d’entre eux font allusion à des textes antérieurs ou renferment des expressions semblables. Cette série de récits nous paraît cohérente en toutes ses parties. Tandis que nous avons distingué deux jéhovistes dans l’histoire d'Abraham et d’Isaac, nous ne voyons pas de raison décisive de faire la même distinction dans celle de Jacob et de Joseph, dont les portions jéhovistes nous paraissent appartenir à peu près toutes au jéhoviste principal. Dans cette partie de son livre, le jéhoviste secondaire ne racontait sans doute rien de particulier et qui ne se trouvât dans les trois autres sources. Il se pourrait cependant qu’un fragmen] d’origine incertaine (jéhoviste ou second élohiste), mais qui ne rentre facilement ni dans le livre du premier jéhoviste ni dans celui du second élohiste, lui appartint : XXXVI, 2-5, 12 (femmes et descendants d’Esaü). Cet auteur avait, en effet, un intérêt tout particulier à donner l’origine d’Amaleq (XXXVI, 4125 CP Ex. XVII, 8-16; 1 Sam. XV).
1 On pourrait objecter à cette supposition qu’une des trois femmes d'Esaü est appelée « fille d’Ismaël, sœur de Nebâäyôth » (v. 3), tandis que nous avons dit précédemment, à propos de XX V, 1-6, que le jéhoviste secondaire ne devait pas parler d’Ismaël. Mais ces mots doivent être une addition du rédacteur, empruntée à XX VII, 9. L'identification des trois femmes d'Esaü mentionnées dans ce texte avec les trois noms différents que leur donne le premier élohiste(XXVI, 34; XX VII 9) est une question extrêmement difficile, peut-être insolnble, et nous n'avons rullement l’intention de nous y engager. Mais il me paraît clair, d’après XXX VI, 2, que les femmes d'Esaü. dans ce texte, étaient toutes trois cananéennes : « Esaü prit ses femmes d’entre les filles de Canaan. » La troisième ne pouvait donc primitivement être appelée « fille d'Ismaël ». Cette qualification doit lui venir du rédacteur, qui a voulu l'identifier avec la troisième de celles du premier élohiste.