Les deux martyrs
C’en à une prloccup-Mion de perfection ne ment organisateur que Je doit l'idée de ce livre, qui n’est ni pour ni contre le divorce.
P.-L. Jacob, bibliophile.
Rose, je l’offre ce livre comme un gage de notre bonne et chère ami lié l
Toi. ir.a sœur, qui comme moi. n’eus , enfant, sous les yeux, que ces exemples d amour et de vertu, — de bonheur intime, — que je devais retrouver plus lard dons la vie d’épouse eide mère, lu comprendrais difficilement les pensées que j’ai répandues dans cel ouvrage, si je nu le fais passer par les initiations lemes qui me les oui révélées.
Pourrais-je les comprendre moi-méme, si je nVlais sorti du monde où lu vis, de ce monde de mes premières années, auquel le soleil de la religion atail conserve sou ciel dazur et sou sol de gazons vens; si je ne l’avais quitté pour entrer dans une sceietè où le sou. (le flétrissant du l'impiété et de l’cgoîsme a (loin toute tendre lleur, a éteint toute sainte flamme T Non, sans doute I
Lt« btox MARI YM
BIBMOTHÈQÜE POUR TOUS
Or. voici :
La prein ère impression que j<* rpsspntis en commençant la vie nouvelle qn'ouvrii pour moi le séjour des grande* ville», lui un iiiouveui' oi de surpris*' el de plaisir. Je ne vis et n'eiiiendi* d'abord que la vie extérieure ; je ne vis que soie, diamants el dentelles; je n'enu-hdis que joyeux accords et douces paioles.
La seconde Tnt un sentiment d'aversion el de dégoût. J’uvni- soulevé ces salin* et ces velours; j’avais soude celle gaité, et j’avais découvert ce que eachait de misère celle joie apparente, ce que voilaient de corruption ces riches atcurs.
La troisième impression fut une profond* pillé!... C'est qfte, vois-tu, ma II ose. j'avais longuein tii réfléchi sur cette d 'inora isauon qui m'avait d abord flétri l'àme ; et soi lieu du vice el du crime, je n'avui* trouvé dans tout cela qu’un grand et bien déplorable malheur.
C'est alors que je lis mon livre.
Car, après cet éblouissement dont le premier rayonnement du monde emplit les yeux, je compris qu’il t-uii urgent de combattre celle crise de dissolut mu où se déballait l'ordre social, la désorganisa non qui gagnait tousses élemen's, l’iiimiorHlite qui s'ait icha>là toutes ses classes : lYgoî-inc et l’adultère dans te cœur de son aristocratie ; l’eu vie et la prosiiiuilon dans le cœur de son prolétariat.
Une réflexion, — une seule, — mais, bien triste 1 le fera comprendre toute la profondeur de coite misere.
bans tous ces lieux ouverts au plaisir comme au besoin, dans les cafés, dans les rassurants, sont des comptoirs ou trônent des (emmes jeunes, belle. 8 et parues.
Dans tous ces magasin'* où se conli'Clionnent el s’étalent les pr« ci. 'lises futilités dont les habitudes du luxe nous oui fait des besoins, siègent ol travaillent dus jeunes Ultcs séduisantes de coquetterie et de beauté.
Vienne le soir, dont les blancs jets de gaz enflammé rendent l'obscurité transparente tous les trottoirs des riches quartiers, celte ligue si longue de boulevarl* qui se déploie de Is Madeleine à la U.i»u!le, etc., se couvrent d'une fou e de femmes toutes de blondes, de fleurs et du soie, et pourtant moins rictu s d'atours que d'attraits.
J'en ai vu de souriantes el de gracieuses comme des anges, de pèles el de flkdancohqtltf* comme ces vierges que rêve le poete, et j*ai détourné les yeux comme si j'eusse vu des choses saintes traînées dan» la fange.
Je ne te parie point de ces commue* de maisons infâmes, où la faim pousse des milliers ds inalheurcu»es, jeunes comme les autres» jolies ut perces comme les autres !
Eh bien ! de toute-* ces Jcinmesqui eussent trouvé le bonheur dans la vertu, si nos ubonuuables institutions nu les avaient forcées de choisir entre la vertu et le bonheur, il n’en est pas une, pas une seule, dont l'être le plus odieux el le plus vil ne puisse dire : Pour une pièce d’argent, elle me vendra son corps; pour quelques sacs d'or» elle me vendra son corps el son âme !
Si cette pensée est amère, celle-ci n’est -elle pas encore bien plus désolante? ce que ta nature 8 mis do beau te, celle dot ce l cote, dans tes iilies «tu peuple, se trouve tout dans ces Icuiiih-s qtte la nécessité souille et profaue, que lu besoin traîneau vice.
J ai pénétré dans les réduits du peuple, où m’ont souvent appuie mes missions politiques; je suis entré dons ses rezde-chan»sèes obscurs et humides; j'ai inouïe dans ses chambres délabrées cl dans ses mansardes eloudanii », el j y ai trouve des euf .nis jolis, mai» portant déjà dans leurs traits le Cachet des privations el de la s ufhance; j’y ai trouvé a peine quelque^ ft mines qui avaient pu éire belles.
Celaient encline des iuiorlunée* traitées en marâtre» par la nature comme par le inonde, pauvres créatures dont I ignurauce el le denûmenl avaient ruiné le sang et l intelligence : des membres amaigri-, des joue» creuses, des fronts hâves, des paupières corrodées par les larmes!... Le» autres, qu’etaieiit-dlcj devenues? Où étaient-elles ?... Ah ! ms bonne amie, là où je viens de te 1rs faire voir.
Je me demandai alors si lu Providence avait, par une sorte du compensation, donné aux unes un beau corps, aux autres un cœur honnête; aux unes les aurait», comme lus vertus aux autres.
La beauté, me dis-je, serait-elle senibableà ces plantes délicate» qui ne fleurissent que sur une couche de pourriture? Int luudrait il aussi, à elle, un sol de corruption pour fleurir?
Quoil le vice serait une condition nécessaire de la pu-
reté de» formes! Quoi 1 une infirmité la conséquence d'une perfection !... Blasphème!
Cela ne pouvait é r« ainsi.
Cette pensée retomba donc, lourde et froide, sur mon cœur : celles que le hasard avuil parées d’ailrail» et de grà<-es ont cede aux séductions qui se sont offertes à elles, sollicitées d-jâ qu'elles étaient par des désirs et par des besoins dont elles n'eussent pu trouver la satisfaction dans leur indigence; et elles ont quitté leur condition natale, enviées par les attires, qu'y a retenues la privation des charme» que leur a déniés la nature.
.Mais, laissons ces reflexions, que je n’ai soulevées que pour le ‘aire synopiiqueinenl connaître l’aspect moral de noire belle société , car ce n’est point la prostitution, cette demoialisation des classes panvies.que j'ai combattue dans ce livre, c’est la déinoralis.ition des liantes classes : l’aduliér.- ! et malheureusement, ma sœur, celle-ci • si aussi grande que l’auire, si elle ne l’est davantage encore!
Ne crois point qu’il y ail de t’exagéraimn dans ces tristes paroles : lui qui. clogneo du grand centre, ne peux juger de l’cOl réel du siècle que par ses reflets, regarde l’iim ge qu’il jette dans la littérature et les arts, ses miroirs fiuéJcs.
Li* ses journaux el scs revues, feuillètc ses nouvelles et se» romans, écoute ses comédies cl scs drames, consulte ses publicistes et ses réformateurs. N'est-ce point assez? Recueille les retentissements de ses tribunaux el les rumeurs d 1 ' >es salons. Que vois-tu el qu’entends lu partout? Un moi exprimé sous tontes les formes, depuis le madrigal jusqu’à la philippique; mi mot prononcé sur tous tes modes, depuis les voix douces qui pauégyriaent jusqu’à l’accent grave qui condamne et flétrit : Adultère!
En présence de celte immoralité universelle, sur qui fautil lancer ranalheim*?
Est -ce sur l'humiiie ou sur la loi?
E»t-ce la nature ou les institutions qui l’on produite?
Qui est coupable, de In Providence ou du législateur !
La question ainsi posée est résolue.
L’homme est sorti pur des mains de l’Être suprême ; dans l’ordre naturel, ses passions sont des éléments de bonheur et de vertu; des perturbations individuelles ou momentanée» peuvent bien éclater d’organisations exceplionnclles; des perturbations générales el constantes ne peuvent provenir que des mauvaises lois.
J’hi donc recherché la source de ce débordement de corruption dans nos institutions sociales.
Je n’ai pas eu besoin de longues et studieuses investigation» pour la connaître. Le mal était assez flagrant, le corps social Basez profondément ruine pour qu'il ne lût pas nccesj sairo de pratiquer l'autopsie de ce cadavre.
I Toute obbgaiion, — lu dois le comprendre, ma sœur, — i ne peut reposer uniquement sur un texte de loi, sur une in»lituiion conventionnelle, sur une lettre morte ; il lui faut une Minet ion plus puissante, et celte sanction ne peut découler que de deux sources ; de la nature ou de la religion ; — et par religion, je n’entends ps» ici tel ou tel dogme, tel ou tel culte : je prends ce mot dans sa compré- , hnision la plus large ; il exprime pour moi ce lieu qui en- I rliaine et c ordonne tous les élément* dune association i politique, la synthèse qui les embrasse et les liai uiomse. i Or. il est évident que la convention matrimoniale ne lire i point »on origine de Is nature. Il sufllt d’eludier le corac- 1ère du sentiment do pudeur, pierre angulaire de notre édifice moral, pour reconnaître »a création toute civile, i San» déchirer le voile symbolique dont la terre des Pharaons y mystérieusement enveloppé ses mœurs; sans deman- ! der la révélation de scs usages domestiques à celte Perse, oit le lit conjugal recevait le père et la lillc, le frere et la sœur, porto tes yeux sur une contrée et sur une epoque , pms positivement connues : sur la Grèce, cette lille de I I Egyp'o et noire mère.
! Quelle diversité dans l'organisation morale de ses trepu- ; bl iques! . , ,
C’e.»t Athènes, avec ses femmes industrieuses et vencroes; avec son gynecee pudique, d*ou les décemvirs romains firent soi t<r celle chasteté dont FïHtita. la bonne déesse, devint l’emb éme dans la ville aux sept collines.
C’esi Sparte, on Lycurgue avait presque fait disparaître le »exe de ta femme dans l’activité virile qui lui donnait son existence publique.
G’est Corinthe, nonchalamment couchée entre ses deux mers, courtisane aux voluptueux enivrements.
le
C’est Thébes, la Béotienne, ville des brutales débauches, dont les charnelles fiassions se sont personnifiées dans sa Phryne comme les amours lascifs de Corinthe dans su belle Las.
Et si de ces siècles reculés nous descendons dons les temps modernes, y trouverons-nous, je te le demande, plus d unitè?
Où se rencontre la vraie pudeur dans nos nouvelles civilisations ?
Est-re dans les odalisques orientales, qui so croiraient coupables de laisser apercevoir leurs mains à un autre qu'à leur maître et seigneur?
Est-ce dans la femme mauresque, qui ne peut sans crime dévoiler son visage devant un etranger?
Est-ce dans la senors castillane, dont la mantille de dentelle et ba-qmne de soie cachent mystérieusement le front brun et les brunes épaules?
Est -ce dans In candide Suissesse ou la sévère Allemande, qui rougiraient toutes les deux que l'on pût apercevoir l’albàtre de leur sein?
Est-ce dans nos dames, à nous, dans nos dames dont les robes ne semblent plus que suspendues à la chute des épaulés, comme les tuniques des statues grecques? Est-ce dans la miss anglaise, portant froidement ces robes de bal, qui font murmurer ou sourire quand le hasard la conduit dans nos salon*?
Est-ce dans la f -mme Cnfrc ou dans la Hottentote, qui n'a pour voiler sa nudité qu’une pagne nouante!
Etait-ce dans la vierge du Mexique, dont le vêtement consistait jadis dans quelques plumes de couleur? Dans les vierges d'O-Taiti, qui ne sc voilaient souvent que de leurs longs et beaux cheveux ?
Un sentiment que ne soupçonne pas mémo l’enfance ; un sentiment que chaque siècle cl chaque contrée nie, admet ou modifie, ne peut être un sentiment naturel.
La constitution conjugale, qui s y rattache par une jonction si étroite, serait elle par hasard moins diverse?
Sans invoquer la loi de Brahma, ni la philosophie politique de Confucius; sans interroger les populations Asiatiques et Africaines, qui présentent toutes h s nuances de celte constitution, depuis sa négation jusqu'à son exagération la plus oppressive, ne comparons que les deux grandes doctrines qui semblent s'être divisé notre vieux Monde : lTTuangile et le Coran.
L’Evangile b formé les nœuds conjugaux en faveur de la femme; le Coran les a formés contre elle. C'est en morale surtout que le Coran est une réaction contre l’Evangile.
Le Christianisme a sanctifié la femme dans tou3 les types qu’en ont con-acrès ses saintes Ecritures : c’est Marie, ce vase d'élection rempli jusqu'aux bords des plus suaves parfums que la terre puisse exhaler vers le ciel; c’est la belle Madeleine, qui trouve son pardon dans sn faille : il lui sera beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé; ce sont ces chœurs do vierges dont il s'est fait lui-même l’amant et l’époux.
L’Islamisme, au contraire, l’a toujours profanée dans ses fictions ourauiques comme dans ses fictions sociales. O Jalisquc sur la terre, elle est houri dans le paradis : ainsi toujours esclave.
Jesus-Christ a dit de la femme adulière : «» Que celui qui se trouve sans tache lui jette la première pierre. » Mahomet a dit à l'époux outragé : • Juge et tue. »
La loi du réformateur Israélite ayant pour base l’égalité fraternelle des membres de ia grande famille humaine ; a dû eh-ver au niveau de l'homme cette douce créature à laquelle il doit ses plus pures aff- étions, ses plus divins bonheurs : affections et bonheurs de (iis, d’amant et de père.
La loi du conquérant arabe, fondée sur le despotisme, a invoqué les vieux paradoxes de quelques philosophes grecs. Le prophète d'Allah eat descendu jusqu'à mettre en question si le sexe auquel il devait sa mère taisait partie de l’humanité.
t Sous I Islamisme, la femme étant ainsi ravalée par l’esclavage le plus dégradant au rang des biens commerciaux, le ni8iiage s’y résout, en faveur de l'homme riche, en un simple droit de propriété.
La loi chrétienne, plus juste, a affranchi In femme d’une partie de l'oppression que la brutalité de la barbarie avait fait peser sur sa faiblesse. ,
Notre mariage est donc une création de la'doclrinc religieuse d’où notre éro do civilisation est sortie.
Oui, Rose, c'est le christianisme qui a formé les liens conjugaux de la société française, comme ceux de tontes les nations qu'il a éclairées et tecondôes de sa lumière. C’est le Christianisme qui, empruntant aux organisations morales de l'antiquité tout ce qu’e'ies avaient de plus pur, le perfectionna eiii ore pour eu faire une révélation nouvelle; c'est lui qui brisa toutes les servitudes, émancipa en partie et réhabilita la femme, pauvre esclave de toutes les législations, et protégea sa faiblesse par ['unité et l'indissolubilité du lien mai ilal, cl puis imprima à cette gronde œuvre le sceau d'une consécration divine.
C'est celle consécration religieuse qui fait toute la puissance des rapports qui parmi nous unissent les sexes. Devons-nous donc être étonnés de la corruption générale où sont tombées les mœurs, aujourd'hui que la critique uniqiiemenl eversive du xviit* siecle, au lieu de bannir le marchand du temple, a chasse le prêtre du sanctuaire; au lieu de briser l’abus, a brisé l’autel!
Peut-il exister quelque puissance morale dans cette société dont un nuage d'impiété cache le ciel?
Non.
La religion seule vivifiait notre organisation morale ; en s'évanouissant, clic a laissé un cadavre que la corruption devait gagner aussitôt, et la corruption, en effet, en a aussitôt saisi tous les éléments.
Maintenant quel est le remède? Le remède ! voilà le grand problème que doit résoudre I avenir. Moi aussi j’ai mes prévisions, mon système ; mais l'heure et le lieu de leur formulation ne sont point venus; je n'ai désiré que découvrir la plaie : cYsi point en les cachant que l’on guérit les ulcères, ils ne font que se développer et s’envenimer; une fois mis au jour, cYsl au philosophe de chercher les réformes les plus curatives, au législateur de les réaliser.
Quoi qu'il en soit, en accomplissant une œuvre de conscience. j'ai accompli, du moiitsj’en ai la conviction, une œuvre de pure murale.
B en que je pense qu'à moins d’une révolution sociale complète, le mariage ne puisse trouver que d'insuffisants palliatifs dans les lois, j'ai cru devoir dire, parce que la moindre étude psychologique do I hotntne jute sur celte thèse tout l'éclat de l’evidence, que notre constitution du mariage est une in litution en dehors nature.
Maintenant, ma chère Rose, pour que lu comprennes toute ma pensée, je dois le la rcveler complète- Au milieu de notre organisation, le nœud conjugal, tel que l’avait formé le Coue Napoléon, est pourtant, a mes yeux, le plus sacré des liens sociaux. U lient à un édifie dont il est la def de la v< ûte; si vous n’étes résolu à détacher toutes les pierres qu'elle as'ujetiil et qu’elle contient, ne l’enlevez pas, car tome votre masure lésardèe s’écroulerait à la fois sur vous.
Or, c’est parce que ce lien me paraît aujourd'hui indispensable, que j’ai signale les écueils et que j’ai fait voir les chances de malheur qu'il présente, afin que d'avance on les étudie pour les éviter ou pour les vaincre ; c’est parce quo la maison conjugale doit être un sanctuaire de vertu ; cYsl parce que retirant ne doit point recevoir sous le toit paternel des leçons de vice, que la loi doit veiller elle-même pour en écarter tout scHndale.
De ces consrdéraiions m a donc sembté naître une double obligation : un devoir pour le législateur, et un devoir pour les individus.
En effet, disque l'affaiblissement de la foi religieuse a eu mis la nature eu lutte avec nos institutions morales, la société a üû prévoir les perturbations qui devaient nécessairement éclater de ce conflit. Impuissante a les prévenir, elle a dûau moins s'efforcer, par son intervention immédiate d’en circonscrire, le plus étroitement possible, les développements anarchiques.
La séparation de corps cl le divorce ont été les spécifiques avec lesquels la s-agessede nos sénats a cru triompher de tous les vi« es et de tous les abus.
Est-il pourtant, dans quelque législation que ce puisse être, une anomalie plus féconde en désordres que le premier de ces deux beaux remèdes : stupide transacl.on entre la loi et la morale, où l'une et l'autre sont sacrifices à la fois, l’une | par le fait même, l’antre par ses conséquences les plus immédiates et les plus forcées!
Kit quoi! vous séparez deux époux, le plus souvent l’un et l’autre dans toute l’effervescence de In jeunesse, et aj rès les avoir isolés dans la société avec les impérieux appétits ■ du corps, avec les passions de I âme, plus impérieuses eu- 1 core, vous leur interdise* toute replétlon legale de ces be-
BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS
Soins des sens, (ouïe satisfaction légitimé de ces besoins du coeur? El durant ce combat de tous les instants avec les exigences de leur organisation, quel point d'appui trouveront-ils dans votre société sans croyances? Aucun. — Cette lutte est donc impossible. — Votre Code leur a donc fait une nécessité de ce que vous flétrissez en eux comme un vice, de ce que vous dénoncez au monde comme un scandale.
Bit-n que je ne sois point un des ardents panégyristes du divorce, je le regarde du moins comme plus rationnel. S'il est à mes yeux un mal, je ne refuse pourtant point de l'admettre comme un remède, c’est-à-dire comme un mal employé pour combattre un mal plus grand.
Mais l'action la plus puissante dans celte grave question n’est pas celle de la loi. C’est dans la sage prévoyance de ceux qui s'imposent ces liens que le mariage peut trouver scs palliatifs les plus efficaces. C’est en ne laissant au hasard aucune des chances d'infortune que peut lui enlever la prudence, quo les époux futurs protègent leur union contre les vices de la constitution sous laquelle ils se placent.
Malheur à ceux qui jettent follement leur avenir sur ce coup de dés avant d'avoir cherché à conjurer les éventualités funestes de ce jeu terrible! Mais, aussi, honte et malheur à ceux dans Pâme desquels les sordides insinuations de l’ambition et de la cupidité étouffent la voix de la raison et les prévisions de la sagesse!
Et pourtant, ma bonne amie, sur quelles bases fnit-on reposer génèralemenlaujourdhui les mariages? Que consultel-ou ? Est-ce le cœur? Non. C’est le rôle ou percepteur et le registre du conservateur des hypoihéques.
Ce n'est plus le prêtre qui consacre au nom du ciel les nœuds que le sentiment a formés, c’est le notaire qui verbalise, de par la loi, les stipulations dont le calcul a formé la chaîne.
Le lit nuptial a perdu la sainte pudeur qui fermait ses chastes rideaux. La religion, qui l'abr lait de ses blanches ailes, comme une arche de pureté, s’est, hélas! envolée. Ce n'est plus qu’un lit vulgaire, théà re profane, où le dernier acte do la convention, conclue dans une élude ou dons le salon, vient enfin s'accomplir par un dènoûment immonde.
Le mariage n'est plus une bénédiction : — C’est un marché.
On prend la plume, comme l’a dit un de nos plus spirituels moraf i -tes, et, sur une feuiiic de papier, l’on fait l’état des biens et des espérances : — mut atroce! — quatre et deux font six ; huit et sept fout quinze ; ajoutez tant, ôtez tant : reste lant! Ou écrit le total au bas de la page, et, selon ce quo l’on gagne à la transaction, il y a ou il n’y a pas mariage.
Charles Nodier n’a-t-il pas eu raison de représenter notre hymen sous les traits d'un amour comptant des sacs d'argent sur le seuil d une chambre nuptiale?
Comment s'étonner, en présence de telles mœurs, des fruits amers que chaque jour elles portent!
Toute idée de bonheur et de malheur è part, n’est-ce point encore un spectacle à flétrir le cœur de dégoût que celui offert par de semblables unions?
Quelle différence y a l-il entre la fille perdue et tant de nos grandes dames?
Que ce soit pour une nuit ou pour la vie; moyennant une pièce d’or ou des contrats de renies, quVIIes s'abandonnent, qu'importe le prix du marché? qu'importe sa durée? N’estce pas toujours une vente?
Comment nommer l’acte d’une femme qui livre son corps sans livrer son cœur? — Je ne sais qu'un mot pour cela dans notre langue :
Prostitution J
C’est la vue de celte corruption, dont chaque jour gangrène pius profondément notre société; c’est la pensée de pouvoir concourir à arrêter ses progrès qui ont domine la partie philosophique de cet ouvrage.
J’ai recherché dans l'homme et dans l’institution les causes des vices et des désordres dont le foyer domestique est trop souvent le ihéàlre.
J’ai signalé ces causes avec une énergie que la conviction du bien qu'elle peut opérer a dépouillée des semblants d’uuc fausse pudeur.
J'ai voulu imiter la prudenco des habitants des côtes, qui plantent des gaules sur les rot tiers pour signaler aux navigateurs la présence d’un danger. J’ai signalé les ecueils conire lesquels l'homme voit aujourd’hui se briser son bonheur.
A lut de consulter sa force, de descendre en son cœi r, d’étudier son caractère, de mûrir son choix avant de former une union dans laquelle il ne peut trouver que le malheur s'il n'y rencontre la félicité ; à lui surtout de repousser toutes ces considérations grossières qui lix* ni trop fréquemment aujourd'hui les dctermiuations des hommes, pour no donner a son choix que les bases de la sympathie et de rtslime.
Certes, le bonheur qu’il peut y trouver alors, — et je pense à toi. ma sœur, à qui le Ciel a départi toutes les ingf* labiés joies de la femme, — c’est une félicité assez pure pour le récompenser de tous les sacrifices, n’est-cc pas?
Aime-moi toujours de toute la tendresse que j’ai pour toi.
FCLQEtlCB GlBABD.