CHAPITRE PREMIER
I. — Sophocle type accompli du génie attique. — Ses premières victoires dramatiques. — Sa vie. — Ses légendes.
n. — Athènes après les Guerres Médiques. — Grandeur et splendeur de sa Renaissance. — Réveil éclatant des arts et des lettres. — Douceur des lois et des mœurs, — L'At^ ticisme. — Les Fêtes d'Athènes,
Sophocle succède à Eschyle, comme Thomme au Titan, moindre de taille, plus parfait de forme; différent, non point supérieur. Il ramène à sa mesure naturelle la tragédie grecque démesurément grandie par Eschyle. Il l'accorde au rythme nouveau qui, autour de lui, modère toutes choses. Eschyle avait été Texception prodigieuse du génie attique, Sopho^
ml la règle harmonieuse. Athènes donne en idéal et sa fleur. Il est le modèle accompli e race élue, le type de ses perfections spiî, comme le Doryphore de Polyclète était ts plus belles proportions du corps humain, séculaire remplit exactement la plus belle de la Grèce, pareille à un fleuve puissant et qui ne traver^rait que le « Jardin » d'une
ie de Sophocle est aussi parfaite que son elle s'y accorde, comme la voix à la lyre, 1 sublime unisson. C'est au jour d'une gloaurore qu'il apparaît pour la première fois. i loin qu'on l'aperçoive, il se montre dans le d'un jeune demi-dieu. A l'âge de seize ans, ité le fait choisir pour conduire le chœur des ents qui, après la victoire de Salamine, dannus le pœan, autour des trophées dressés sur ;. Son visage de vierge le désigne aussi pour iiter, dans une tragédie homérique, la belle la jouant à la balle, avec ses compagnes, au !s lavoirs. Sa jt'unesse se développe dans les e l'orcliestrique et de la palestre. Les poètes hlèles se passent tour à tour l'enfant prédesi forment également son corps et son âme, et iltenl à Melpomènc, digne de son culte et de our.
A yiogt-clnq ans. Sophocle composait sa première tragédie. Le rude Eschyle s'éloigna lentement du théâtre, à l'apparition de ce génie lumineux, comme uae sombre divinité titanique poursuivie par les flèches d'or d'ÂpoUon naissant. On sait l'histoire de cette rivalité mémorable. L'archonte qui pfésidait les grandes Dionysiaques allait nommer les juges du concours. En ce moment Cimon, qui venait de vaincre les pirates de Scyros, et de rapporter à Athènes les ossements de Thésée, entrait au théâtre, avec les autres stratèges, pour offrir à Bacchus les libations prescrites. L'archonte lui ayant remis le droit de désigner le vainqueur, Cimon décerna le prix à Sophocle. Et ce fut comme si un des héros éponymes de l'antique Athènes était apparu, dans un rayonnement, pour le couronner.
A quatre-vingi-dix ans, Sophocle terminait son dernier chef-d'œuvre. Toutes les palmes s'accumulèrent sur son front : il remporta vingt fois le premier prix, quarante fois le second, jauiais le troisième. Athènes le récompensa (ïAntigone en lui décernant le commandement de sa flotte ; il alla vaincre, entre Périclès et Thucydide, les Samiens révoltés. Il ceignit les bandeaux du sacerdoce dans sa vieillesse, si l'on peut appeler vieillesse cette auguste maturité qui se perfectionne toujours, sans s'affaiblir par aucun côté. Une seule affliction sem-
SOPHOCLE
sur ses derniers jours ; mais ce fut
soirée sereine, empourpré des feux lant. Son fils légitime, lophon, réclion du vieillard devant les juges de
it avait fait inscrire un fils naturel, fendit en lisant au tribunal une scène >lone. Comme Hypéride, dévoilant le , à l'Aréopage, mais avec une magie eut, pour gagner sa cause, qu'à moule visage d'Antigone en larmes, semble moins à une fin humaine qu'à ne lyre ou à l'évanouissement du feu Les uns le font mourir de joie après iomphe, les autres, expirer de lassiit Antigone. Ainsi, comme le cygne serait mort de son chant. Sa mémoire :e d'un parfum de vénération et d'àspire encore. Son nom, si doux aux rail, dans les écrits des anciens, que manges, comme celui des dieux. Les brent sa piété fervente, sa bonté graîurs ingénues. Un cycle de traditions
s'était formé autour de sou nom. Sa léloumé les vents de peste qui rava- I. On disait aussi qu'un de ses hymnes 1 navire en péril avait, comme une leste, calmé la tempête. Une couronne
d*or ayant été dérobée dansTAcropole, Hercule apparut en songe au poète, et lui indiqua la maison où le Yoleur l'avait cachée : Sophocle alla chercher la coaroone et consacra à « Hercule Révélateur » le talent d*or promis par le peuple à celui qui l'aurait fait retrouver. Une autre légende, citée par Plutarque, rapporte qu'Esculape, traversant TAttique, dormit une nuit sous son toit : le divin médecin des corps choisit pour hôte fenchanteur des âmes. On racontait encore que, le lendemain de la prise d'Athènes, Lysandre Tut visité en songe par Bacchus qui lui ordonna de racheter sa victoire par des honneurs funèbres rendus à Thomme le plus cher aux dieux. Lysandre, réveillé en sursaut, s'enquit des citoyens morts quelques jours avant : on lui nomma Sophocle : il' comprit Tordre de Bacchus et fit élever au poète un mausolée expiatoire.
Il n'y a pas une tache sur cette vie longue, candide, majestueuse comme la robe traînante d'un pontife. Ellle s'écoule dans l'exercice de fonctions sublimes ou sacrées, entre les colonnes du temple et sur les gradins du théâtre. L'épitaphe inscrite sur son tombeau, auquel on sacrifiait tous les ans, ressemble à une pluie de fleurs versée par les mains d'un peuple. — « Rampe paisiblement, ô lierre I sur le » tombeau de Sophocle, couvre-le, dans le silence, > de tes rameaux verdoyants ! Que partout on voie