II
Tout au contraire, les génies modérés et purs, une grandeur naturelle, d'une beauté ou d'une [pression toute humaine, Sophocle, Ménaodre, rgile, Horace, l'Arioste, Molière, Racine, Ralaêl, passent de plain-pied, d'une vie heureuse, à le gloire tranquille comme un jour d'été. Ils trareent les siècles dans l'harmonie des louanges unames, sur la voie fleurie d'une longue ovation ; leur im vole, en cadence et d'une aile égale, sur la luche des hommes. La Renommée, qui les précède, : souffle pas dans le clairon qui crie le signal des lerres aussi bien que l'acclamation des triomphes ; le ressemble plutôt à la joueuse de flûte qui, au rtir d'un banquet réjoui par les Muses, promenait ir la cité bienveillante les convives en habits de te. L'admiration qu'ils inspirent a l'attrait d'une Tsuasion. Venus dans des époques tempérées, ils ni purgés de tous les excès, dégrossis de toutes 9 rudesses primitives. La colline sacrée sur lalelle ils siègent n'a point d'Encelade qui la fasse embler en s'agitant sous sa base. Rien d'altier lUB leur art ni de trop ardu; ils ne sont à pic ir aucun côté : rien d'orageux ni de torrentiel ; 1 n'a pas à doubler, en les parcourant, de caps des ampéles. Tous les esprits peuvent naviguer sur lur transparence arec la sécurité qu'inspire un eau fleuve. Aucun Sphinx ne propose chez eux
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des énigmes, du haut d'une crête escarpée : leur clair langage ne reflète que des idées simples. Aucun dragon ne défend en rugissant leurs trésors ; ils pendent à la portée de la main, comme les fruits des yergers. Leur sévérité même est revêtue de douceur; leur rire, sensé jusque dans l*éclat; leur pathétique, toujours contenu par la dignité. Les images qui décorent leur style ne sont jamais taillées en colosses, elles ne forcent pas la tête à se renverser pour les regarder : c'est le tableau encadré, le basrelief inséré dans une architecture harmonieuse, et qui s'assouplit aisément à ses proportions. Ils parlent une langue contemporaine de tous les âges, par la clarté des symboles, la morale universelle des pensées, la simplicité ornée du discours. La postérité se presse autour d'eux, comme une famille renouvelée autour d'un chef immortel : le vulgaire même s'y mêle à l'éUte ; ils laissent venir à eux la foule des esprits.
Vénérons ces maîtres augustes, ces démi-dieux affables et sociables dont Sophocle nous offre Texempie accompli. Attachons à leurs monuments les branches de lauriers roses que les Grecs suspendaient aux autels propices. Mais allons sacrifier sur les hauts lieux hantés par la foudre, dans la région des orages où la respûration même exige un effort,
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aux dieux suprêmes et extraordinaires qui planent et qui tonnent au-dessus des sommets gravis. Reconnaissons en eux une race décidément supérieure^ les souverains de Tesprit humain, les types primordiaux d'où tout descend et d*où tout dérive, même les littératures cultivées et les arts polis. C'est des flancs abrupts de la montagne, sillonnée de torrents, hérissée d'éclairs, que sortent les statues parfaites qui vont décorer les temples paisibles et sourire aux hommes assemblés.