‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 30 sur 94 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LBS FEHHBS D'EURIPIDE- IPBIGÉNIE A AUL13.

L'trriTda L Anils. — ËqnlToqnei pathétique* de 1« •Ituttioa

et du dialogue. — Le cbuit funèbre.

Agunemnan et Iphigdnie. — La aappliuite. — L'héroïne. —

Son McriBce eutbondute. — Le mtncte.

st d'abord Iphigénie à Aulis, la plus noble, Antigone, de toutes les victimes du Ibéfltre le, fleur royale de ce jardin moissonné. La die qni porte son nom n'est point, comme on it, un complet et parfait chef-d'œuvre, mais e devient dès qu'elle y paraît.

voici qui arrive à Aulis, avec sa mère Clytem- Q : tableau charmant entre toutes les peintures stiques qui décorent les drames d'Euripide, et ntiquité se rapproche de nous par des familiaqui ne changent pas. On dirait une descente

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de coche homérique : te char s'arrête sur la plage, devant la tente d'ÂgameainoD, et la reine veille aux détails du déchargement, avec la sollicitude d'uae ménagère attentive. Elle a l'œil à tout et sur tout : ce sont lea mêmes soins vigilants, les mêmes l'ecommandations minutieuses qu'une mère de famille d'aujourd'hoi adresse aux serviteurs qui l'attendent k son retour de voyage.

■ Soitei du char tes présents de la dot, traniportet-Ies dans la demeure. Descends, ma fille ', affermis bien ton pied dtlicat Vous, jeunes femmes, recevez-la dans tos bras et déposei-la sur le sol. Que l'une de vous me donne aussi la main pour descendre. Vous autres, tenez-vous devant l'atte- Uge ; car l'œil du cheval est ombrageux. >

Le petit Oreste s'est endormi « au mouvement du ebar », la mère l'éveille doucement : — a Réveille- » toi, cher enfant, pour voir Tbeureux hymen de ta » sœur. Déjà noble par ta Daissaoce, tu vas entrer H encore dans l'alliance du fils <le Ttiétis, égal aux » dieux. Iphlgéoie, viens auprès de moi, et que ces * étrangères m'appellent une mère hien heureuse : 1 dès à présent, salue ton père chéri. »

Rien de plus doux et de plus intime, rien aussi de plus pathétique. L'horreur cachée de la situation remplit d'angoisses cette scène familière. C'est la mort qu'Iphigéoie est venue chercher à Aulis, ce char de fêle l'arrête au seuil du sépulcre ouvert. Un

glaive se cache sous le voile nuptial qui, agité de . loin comme un signal perfide, l'a attirée de son gynécée d'Argos, vers Tautel sanglant de Calchas. Ce père qu'elle embrasse avec de tendres transports. Fa déjà livrée au bourreau sacré ; l'éclair du couteau sillonne les réponses qu'il Tait à ses questions ingénues. A chaque élan d'amour filial, elle se heurte, sans le sentir, au tranchant du fer qui va l'égorger.

— « Pourquoi ces larmes qui coulent de tes yeux ? »

— « C'est qu'une longue absence va nous séparer » encore. » — « Je ne te comprends pas, père chéri ; » je ne te comprends pas. » — <k Plus il y a de sens » dans tes paroles, plus tu m'attendris. » — Elle dit alors avec un accent de saillie enfantine que l'on croit entendre : — «Eh bien, je dirai donc des folies, y> si je puis t'égayer ainsi. » — Et le dialogue se poursuit sur ce ton oblique, dans cette amphibologie efTrayante qui donne aux mots les plus doux des sens meurtriers. Les yeux de la jeune victime sont déjà bandés, et elle s'avance à tâtons dans sa voie tragique, prenant pour des apprêts de fête les instruments du supplice.

« Tu vas donc naviguer au loin et m'abandonner? — » Âh I que ne puis-je faire avec toi le trajet !» — « Toi aussi, » ma fiUe, tu auras un trajet à faire. » — « Partirai-je seule ou i> avec ma mère? » — « Seule, sans ton père ni ta mère. » — « Hâte- toi, mon père, derevonir yictorieux de la Phrygie. »

— « n est un sacrifice qua je dois d'abord accomplir ici. •

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que tu le célébreras ? — ■ Tu auras s libaliona. » — « Formerons-nous itourderaulelT»

y tient plus ; son coeur se déoir l'horrible secret. Mais la est si loin qu'elle ne comprend I, ni ses larmes. — « Rentre □e vers tes compagnes. Donne- -moi un baiser ! Qu'il est doux Quel long éloignement va te Quoi ! ce sein I ces joues, ces le pleure en l'embrassant. Va,

Iphigénie les hymnes funèbres, son destin. Dans une de ces es qui sont les airs de br&- -ec, le Chœur des femmes Chétis et de Pelée d'où naquit glorieux banquet dressé pour it Pélion, les bois résonnante Ganymède, l'échanson céleste, nectar puisé dans les cratères filles de Nérée dansant, comme sable brillant de blancheur».

n joyeuse des Centaures attifestin, qui galopaient tout aulonmie des tbyrses, leurs jove-

lois verdoyants. Mais l'épithalame trio bientôt à la complainte funéraire ; et I Ipliigénie jetée d'avance sur la tablt glanle et comme ea p&lure à ces die) la réclameat aujourd'hui.

• Ainsi les dieux célébrèrent l'hymen de 1 l'alnëe des Néréides, STec l'illustre Pelée. — génie, les Argiêns couronneront ta belle cbe on couronne une génisse tachetée, sortie, p de la montagne. Ils plongeront le couteau 6 loi qui ne fus point nourrie au son de la fil des chansons des bergers, mais élevée aupt mère, et destinée à l'hymen des fils d'inacht

Il éclate enfin, le secret terrible; '. démasquent, les voiles se déchirent, pouillé de ses joies menteuses, apparaît ture meurtrière, non plus nuptial, ma son attirail de sacrifice humain, se:

implacables, et la Déesse affamée qui at La mère sait l'arrêt porté sur sa fil apprend qu'elle va payer de son sang la flotte hellène captivée dans les eau père, contraint par les sommations de:

foreurs de l'armée, a consenU à l'io s'agit de le fléchir et de l'attendrir. reproches, les sourdes menaces de D'ont rien obleou.

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C'est au tour d'Iphigénie de parler. Elle n'affecte point une fermeté mensongère ; la frayeur de la mort, si naturelle à l'âme d'une jeune fiile^ palpite naïvement à travers ses plaintes. Les fibres de là vie menacée ex^ elle, tressaillent et gémissent, et il en sort une prière d'une douceur déchirante.

« J'incline à tes genoux mon corps, comme un rameau de Suppliant. Ne me fais pas mourir avant le temps, il est si doux de Yoir la lumière ! Ne me force pas à m'en aller sous la terre I La première, je t'ai nommé du nom de père, et tu m'as appelée ta fille; la première, penchée sur tes genoux, je t'ai donné et j'ai reçu de toi de tendres caresses. Tu me disais alors : « 0 ma fille I le verrai-je, un jour, heureuse et » florissante, dans la maison d'un illustre époux? » Et moi je te disais, suspendue à ton cou, et pressant ton menton que je touche encore : « Te recevrai-je vieillissant, Ô mon »> père, dans la douce hospitalité de ma maison, pour te reni> dre les soins qui ont nourri mon enfance?» Je garde la mémoire de ces paroles, mais toi tu les as oubliées, et tu yeux me faire mourir. Oh ! non, par ma mère qui, après m'avoir enfantée dans la douleur, souffre, une seconde foi^, pour moi les douleurs de l'enfantement ! Qu'ai-je de commun avec l'hymen de PAris et d'Hélène? D'où ce Paris est-il venu pour ma perte ? Mon père, tourne les yeux sur moi ; accorde-moi un regard, donne- moi un baiser, afin que je les emporte avec moi si mes prières ne te fléchissent pas. »

Le petit Oreste est là, porté par sa nourrice et tendant vaguement les bras vers son père. Elle tourne

en sa faveur ce geste innocent ; du nouveau*né qui s'ébat, elle fait un suppliant qui implore.

« 0 mon frère 1 tu es un faible défenseur pour les tiens. Cependant pleure avec moi, et supplie ton père que ta sœur ne meure pas. Vois, mon père, il t'adresse une prière muette. Ah ! compatis à mon sort, et prends pitié de ma vie ! Rien n'est plus doux pour les mortels que de contempler la lumière. Sous terre, tout est néant et ténèbres. Personne ne souhaite la nuit des Enfers. Insensé qui veut mourir ! »

Ainsi gémit-elle avec la mélodie d'un jeune cygne : à demi jetée dans le sépulcre, on dirait qu'elle se rattache aux fleurs qui croissent à Tentour. Mais Agamemnon demeure inflexible, le décret de l'Oracle est irrévocable. Alors un changement à vue héroïque transfigure soudainement la jeune fiUe ; étant vouée, elle se dévoue : Iphigénie prend un élan enthousiaste vers le sacrifice. L'idée de sauver, en mourant, les femmes de la Grèce du rapt des Barbares, l'exalte et l'enflamme. On voit ce timide visage s'empourprer d'une rougeur de gloire. Elle seule barre le passage à cette flotte frémissante qui va venger l'injure de l'Hel lade : que l'armée passe donc sur son corps pour frayer, vers Troie, sa voie victorieuse !

«Je me donne à l'Hellade! immolez-moi, guerriers! Tuez-moi, et courez renverser Troie ! Ses ruines seront les monuments de mon sacrifice ; ce seront mes enfants, mon hymen, mon triomphe 1 11 est dans l'ordre que les Hellènes commandent aux Barbares, et non les Barbares aux HeUènes. Ceux-là sont nés pour Fesclavage, ceux-ci pour la liberté. »

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