IPHIGÉNIE A AULIS
Dès lors, plus de faiblesses ni de défaillances, sa dernière larme est tombée. A sa mère qui lui demande ses volontés dernières, Iphigénie dicte un testament d'allégresse :
• Ne coupe pas les tresses de tes cheyeux, loin de toi les liabits de deuil I... Tu ne me perds point, je vivrai toujours, et ma gloire rejaillira sur toi. » — « ...Que dirai-je de ta part à tes sœurs 7 » — « Ne les couvre pas non plus de noirs vêtements. » — « Quelle parole amie leur rapporterai-je de loi?» — « Qu'elles soient heureuses, et Oreste que je vois ici, élève-le pour en faire un homme. » — « Est-il quelque chose que je puisse faire pour toi» de retour à Argos ? »
Et à cette mère courroucée et sombre qui médite déjà la vengeance, elle répond par ce mot de pardon sublime : — « N'aie point de haine pour mon père, ton époux, à cause de moi. »
Restée seule avec le Chœur, Iphigénie commande les apprêts de sa mort^ comme ceux d'une fête ; l'hymne qu'elle entonne semble conduire un joyeux cortège plutôt qu'une procession funéraire. Celte prairie bordée par le bois sacré d'Artémis, où elle doit tendre, au couteau son sein virginal, on dirait qu'elle va y mener, devant la statue de la déesse, une ronde religieuse. Le supplice se change en apothéose; Iphigénie meurt avec ravissement, dans le baiser de la Patrie délivrée.
« Qu'on apporte les corbeilles ! Qu'on jette l'orge lustral sur le feu! Conduisez- moi au sacrifice, triomphatrice d'Uion et des Phrygiens I Apportez les guirlandes qui vont ceindre ma tète. Voici ma chevelure à couronner. Apportez l'eau des
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libations, formez des danses autour de l'autel, en invoquant la grande Artémis. Je vais, puisqu*il le faut, accomplir l'orade par mon sang répandu. 0 ma mère vénérable 1 je t*offre maintenant mes larmes, car pendant le sacrifice, il ne convient pas d'en verser... — 0 terre d'Argosl My cènes, ma patrie! 0 jour splendide, rayonnement de Zeusl je vais passer à une autre vie. Adieu, douce lumière I »
C'est son dernier cri, et sa disparition semble en effet révanouissement d'une créature lumineuse qui s'éteindrait dans la nuit.
Iphigénie ne meurt pas dans la tragédie d'Euripide, comme dans le récit d'Eschyle. Selon des légendes mythologiques consacrées, le poète la montre enlevée par Artémis de l'autel, au moment où Calchas marquait sur sa gorge l'endroit où il allait la frapper. — « A sa place, une biche d'une taille ex- » traordinaire et d'une beauté merveilleuse, gisait )» palpitante, et la pierre était arrosée de son sang. »
Dénouement d'une beauté céleste, dont l'imagination prolonge le miracle. — Le jour est tombé sur le sacrifice ; c'est l'heure où Artémis revêt sa forme nocturne, une blancheur de lune mêle déjà en elle l'astre à la déesse. Elle passe dans son cortège d'étoiles, emportant sur son sein la vierge évanouie. Son bras l'enlace, svelte et clair comme le croissant qui brille à son front. Sa victime va devenir sa prêtresse : tout à l'heure Artémis déposera Iphigénie, endormie encore, sur les marches d'un temple de la Tauride.