CHAPITRE II ARISTOPaANE
. — Caractère d'Arittophane. — Homme de la vieil! conserrateur des (raditioni nationale*, hoitile Taiioni. — Clairvojance ds ion génie.
. — Athènes, au temps d'Aristophane. — Premien s de décadence. — Sa déiDocralia dèginère en d — GouTernement du nombre. — Le loopçon t (ion. — Ruina organisée des riches, rançon» ei des Torlunes. — Athènes pervertie par laSopl
I. — Lutte d'Aristophane contre le* corraptears de . Son idéal hËroique. — Chour de» vétérans d( dans tes Gu^ptt. — Plaintes pathéliqoes des dans les àcharnient. — Ëducaiion regrettée i époqne. — Les Jeunes gens allant ï l'école.
Avant d'entrer dans l'œuvre, arrôtons-n vant le poète; mais ce poète, comment l< Comment saisir ce serpent ailé qui ranipi plane? Od le cherchait dans la fange qu'il agi ik l'heure; maintenant il vole dans l'éthei l'Hippogriffe et Pégase. Quelle chaîne jetei génie fugace, inépuisable en métamorphoses
voix (lislinctc dégager de ce charivari tumultueux, dont les dissonances forment Tharmonie, où l'injure crie, où l'ironie siffle, où la gaieté chante, où la huée alterne avec la pensée, où, dominant tous ces bruits épars, la diffamation semble aboyer, au seuil d'une orgie, par la triple gueule de Cerbère? Quel Esprit préside ce Sabbat païen? Va-t-on trouver, en allant au fond, un noir démon, accroupi sur l'autel bachique, broyant, avec l'écume qui tombe de ses lèvres, la ciguë que boira Socrate? Le visage, qu'on cherche se dérobe sous cent masques dont l'un dément l'autre.
Des traits essentiels se dessinent pourtant à travers cette fantasmagorie décevante ; ils se rapprochent et ils se répètent, si fréquents et si décisifs, qu'ils finissent par former un type; et ce type est grave, altier, presque austère : un Satyre pensif en donnerait l'idée.
Aristophane est l'homme du passé, conservateur jusqu'à l'archaïsme, contempteur acerbe des choses de son temps ; hostile au progrès, si c'est un progrès pour un peuple que de rouler sur la pente qui verse à l'abtme; rétrograde, si c'est reculer que de tourner le dos à la nuit tombante et de remouler vers l'aurore. Les peuples ne remontent pas leurs courants ; l'aube ne se relève point dans leur ciel. Mais la philosophie de Thistoire n'était pas inventée du
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loe : il vit Athènes pencher vers la tntir, comme un cri d'alarme, son on était un sage : il a vu de haut et 5 traits ont visé tous les points vulleuple et de son pays. Partout où la phane a passé, un péril mortel a
emps d'Aristophane, resplendit enlement de gloire et de génie l'illui les ombres s'amassent, les vices inteDtdans son corps social si daiiicentré , des symptômes mortels se erdani Périclès, Athènes a perdu sa in : la sagesse s'est retirée d'elle.
' la statue de sa déesse tutélaiie.
1 quitté la ville. Sa démocratie, conpar le droit et par la justice, brise s'érige au-dessus des lois. Elle s'ast régner, et devient le jouet des am- ^magogues. C'est une reine fainéante corrupteurs et par ses flatteurs. Le ! l'Intelligence. Vingt mille lêles osluroent à tout souffle^ se subsliluenl
au front immobile, dressé sur la foule, qui pensait pour elle, et lui faisait accepter ensuite des desseins longuement médités. A Périclès haranguant le peuple, droit et calme, les bras croisés sous son manteau court, avec une sérénité majestueuse, succède Gléon, le corroyeur, plein d'insolence et de hâblerie, à la voix de taureau et au front d'airain. C'est Thersite, à TÂgora, remplaçant Ulysse. Le peuple juge et se déjuge en un jour, il affirme et il se rétracte : un élément se passe de logique, le reflux emporte ce que le flot a porté. Les fonctions publiques sont une loterie ; une fève blanche les adjuge, une fève noire les retire ; et les sages se demandent, avec un triste sourire, si ce.ux qui s'embarquent ont coutume de tirer au sort le pilote qui gouvernera le navire. Cette démagogie despotique rêve et voit partout des tyrans. Elle a pour sceptre le bâton de Tarquin, prête à écimer toutes les têtes qui dépasseraient son niveau. Des mots vagues et terribles, qui recèlent l'exil ou la mort : « Médisme », « Laconisme », « Conjuration », « Société secrète », flottent par les rues, comme des nuées d'orage ; ils foudroient le citoyen sur lequel ils crèvent. Nul recours et nul appel : les accusés de lèse-majesté populaire doivent se défendre, chargés de chaînes, devant le peuple assemblé. — « Nous avons été plus » de cinquante ans, dit Aristophane, sans enten-
n dre parler de la tyrannie ; œaintenonl on ne pi » plus d'aulre chose. Sur le marché, son nom esl p >i commun que le poisson salé. On ne peut préférer B poisson à un autre, sans être traité de suppôt "tyrans, a — La délation devient un métier, la ma| Irature, une industrie lucrative : chaque sycopha reçoit son salaire ; six mille Uéliastes jugent et c damnent, à trois obules par journée. La Justice n' plus un sanctuaire, mais un atelier ntilional ou 1' digent et le fainéant viennent gagner leur pain, ànonnant des sentences. Il faut des procès pour menler cette chicane famélique, les Allif^s en fer les frais. Des Iles de la mer Egée, des côtes de Chersonëse ou de l'Ionie, on les force à venir pi (1er dans Athènes.
La multitude détestant les riches, l'impôt reloo tout entier sur eux. 11 met en coupe réglée les 1 tunes et les patrimoines, il se complique de char, pesantes qui, sous le litre de liturgies, écrasent contribuable accablé. En temps de guerre, l'Ë contraint le riche h payer l'armement du citoi pauvre, à nourrir les chevaux de la cavalerie, à éq per le navire dont le commandement lui esl assigi Pendant la paix, il le ruine en hécatombes et en i criQces, en Chœurs de chant et de danse, en cour de vaisseaux aux fêtes de Poséidon, en tragédies en comédies aux fêtes de Bacchus. Qu'on se figure
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propriétaire ou un banquier d'aujourd'hui, en dehors de tous ses impôts acquittés, nommé marguillier ou imprésario malgré lui, et contraint, par cette élection, de subvenir aux frais d'une Fête-Dieu ou de monter un grand opéra ; on aura Tidée et la somme des exactions qui pressuraient le riche Athénien : — « Bien fou, s'écrie le poète Anliphanès, qui croit » posséder quelque chose en ce monde ! Veisphorà » emporte tout ce qu'il a chez lui, la graphe le ruine, >' le siratégat le crible de dettes, le chorégat le réduit » à porter une souquenille d'indigent, après avoir paré » son Chœur de manteaux tissus d'or ; le triérarchat » l'oblige à s'étrangler. » Dans les CA«;<2/t>r5 d'Aristophane^ Cléon furieux dit au charcutier son rival : — « Je te ferai nommer triérarque, je t'inscrirai sur la » liste des riches, et je m'arrangerai pour qu'on te » donne un vieux navire et des voiles pourries qu'il le- » faudra sans cesse réparer à grands frais. »
D'affreuses luttes intestines couvaient sous cette anarchie. Athènes, au dehors, ne tentait pas moins le destin. Elle s'acharnait à la guerre du Péloponèse, qui brisa l'unité de la société grecque ; sa flotte s'était échouée contre Syracuse. Les grandes catastrophes prochaines et lointaines, jEgos-Potamos et Chéronée, assombrissent déjà l'horizon.
La corruption morale s'ajoute à cette démence po-
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lilique. La rhétorique souffle sur Aibèfles, comme un vent malsain; elle y détruit en germe ses plus mâles vertus. L'intempérance de la parole, ce vice originel de Tesprit grec, émousse le ressort des âmes.
Les sophistes ouvrent leurs écoles d'argutie et de scepticisme ; on scrute les mystères, on questionne les dieux. Les jeunes gens désertent les luttes de la palestre pour Tescrime de la dialectique, les langues s'exercent aux dépens des muscles. Athènes payera bientôt des mercenaires pour combattre en place de ses fils. Des débauches inconnues s'étalent, Tamour iofàme déprave l'amitié. La musique se met à l'unisson des mœurs relâchées; ses cordes d'airain se détendent, la lyre expire de langueur. Euripide remplit le théâtre d'idées troublantes et de cris plaintifs; il énerve les âmes qu'ennoblissait Sophocle, qu'exaltait Eschyle. La décadence enveloppe Athènes et rébranle par tous les côtés.
C'est au milieu de cette cité dégénérée que la comédie d'Aristophane se dresse et s'élance, son fouet d'ïambes à la main, seule contre un peuple, combattant l'hydre du Nombre, glorifiant la paix en pleine guerre, bafouant les rhéteurs et les déma-