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et sublimes, et qu'un chœur d'Eschyle pourrait entonner. Ce sont les Spartiates qui se ressouviennent de la guerre Médique et des grands combats fraternels.
« 0 Mnémosyne, inspire ces jeunes gens et la muse qui connaU nos exploits et ceux des Athéniens. Ceux-ci, près d'Artémisium, s'élancèrent comme des Dieux, sur les ysâsseaux ennemis et défirent les Mèdes. Nous, conduits par Léonidas, nous aiguisions nos défenses comme des sangliers ; notre bouche écumait, nos jambes ruisselaient de sueur. Les Perses étaient aussi nombreux que les grains de sable delà mer. Reine dés forêts, Artémis chasseresse, viens parmi nous, Vierge divine ! Protège ce traité, préside à cette paix, rends-nous Famitié facile et durable : plus de mensonge, plus de fourberie. Viens parmi nous, Vierge chasseresse ! •
Les Athéniens chantent à leur tour, et leur chœur moins rude se ressent d'une race moins austère. C'est la lyre, après le clairon et la fanrare des trompes sonnant dans les bois.
c Amène le Chœur, les Grâces avec lui. Invoquez Artémis, invoquez Apollon, son divin frère qui préside aux danses, et Bacchus dont les yeux flamboient, quand il s'avance parmi les Ménades, et Zeus qui brandit Id foudre étincelante, et son Épouse auguste, bienheureuse. Invoquons aussi les autres dieux et prenons-les tous à témoin de cette paix que Cypris a faite. Alala I lo I Pœan I sautez, bondissez comme pour célébrer une victoire : Evohé I Evohé I »
Mais c'est aux Laconiens, en leur qualité d'hôtes, que l'honneur du dernier chant appartient, et, comme pour purifier les licences de sa comédie, le poète
leur fait célébrer les chastes vierges de Sparte, menant leur ronde près de TEurotas.
« Qaitie encore une fois Faimable Taygëte, Muse laconienne. Viens chanter avec nous Apollon, dieu d'Amyclée, et Pallas, et les vaillants fils de Tyndare qui s'exercent au bord de FEurotas. Oh ! viens, entre dans la ronde, accours d*ua pied léger. Sparte se plaît aux chœurs religieux et aux danses retentissantes. Nos jeunes filles bondissent, au bord da fleuve, semblables à des cavales. Elles frappent la terre d'un pied précipité, et secouent leurs chevelures, comme des bacchantes agitant leurs thyrses. A leur tête, la belle et chaste fille de Latone dirige le chœur. Allons, rattache avec une bandelette tes cheveux dénoués qui flottent, bondis comme une biche, frappe des mains pour animer la danse, et célèbre avec nous Pallas, la vaillante déesse des combats. >
Ainsi la priapée finit par une ode, la vision d'une danse de jeunes filles termine et couronne ce tableau lubrique. Artémis sort des bois, dans sa majesté virginale. Tare à Tépaule, le croissant au front, et va s*accouder amicalement sur la statue de Priape. Aristophane est plein de ces contrastes ; tour à tour immonde et superbe. De Tobscénité à la sublimité il ne fait qu'un bond. Avec lui, l'âme est relevée presque aussitôt qu'abaissée.
Il faut s'entendre d'ailleurs sur la licence d'Aristophane. S'il est obscène, il n'est pas lascif; il touche les
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sens, sans les chatouiller. Ses larges nudités n'ont rien d'égrillard; elles se déploient en plein soleil, avec une innocence animale. Le désir se montre chez lui aussi naturel que la faim; c'est un appétit comme un autre : il ne songe pas plus à voiler le lit, qu'à cacher la tabje. On Tu souvent comparé à Rabelais. C'est en ceci surtout que leurs génies se rapprochent : Rabelais, comme Aristophane, reste sain dans l'impureté.Sonrumierala vertude celui des étables ; il guérit les consomptions de l'esprit, les phthisies de Tàme. Les ordures semées sur son livre recèlent; comme Tengrais du champ, des trésors de fécondité. Les vices de ses personnages perdent toute laideur, en s*é« tendant sur des proportions colossales. Leurs ripailles énormes, leurs m beuveries » intarissables ne vous répugnent point ; car c'est au banquet de la Nature qu'ils semblent assis. Le festin de Trimalcion soulève des nausées; la gloutonnerie de Gargantua, engloutissant des montagnes de tripes et d'andouilles, ne choque pas plus que l'absorption d'un élément dévorant. La luxure a aussi chez Rabelais quelque chose de largement libre et naïf qui fait violence au dégoût. Il faut mépriser singulièrement la matière pour l'étaler et en rire ainsi. L'ironie d'ailleurs voltige toujours, comme une flamme, sur les parties bourbeuses de son œuvre, et leur enlève l'odeur de la corruption.
Mais Aristophane a, de plus que Rabelais, la jeunesse et la beauté de la race, et les ailes d'un esprit agile, libre de contraintes et d'entraves, né en pleine lumière dans un air limpide, sous la sérénité d'un ciel transparent. Les fatras et les terreurs d'un moyen âge ne pèsent point sur lui. Il est en harmonie avec son pays et avec son culte, lorsqu'il s'abandonne à la joie des sens, et Rabelais n'y est pas. Il n'apostasîe ni ne pèche contre la morale de son siècle en chan* tant la chair, et Rabelais la transgresse. Il pense et rit, au grand jour, devant son peuple et ses prêtres, et Rabelais est obligé de compliquer sa pensée d'énigmes pour la soustraire aux profanes. Vin pctce et le bûcher le menacent, s'il est trop compris. Rabelais est un moine défroqué en rupture de y<bu et de dogme, dans un monde encore à demi gothique: Aristophane est un Satyre heureux et joyeux, jailli du sol attique, bouillant de sa sève, en accord parfait avec lui, qui peut tout oser et tout dire, étant sûr de faire rire les hommes et les dieux.