‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 50 sur 94 · LYSISTRATA · texte numérisé non relu

LYSISTRATA

sir, en preie aux cnisantes démangeaisons de la chair. Un vent d'orage amoureux souffle d*Athènes à Sparte. La Grèce est en rut, Cinésias^ le plus agité du groupe, appelle, à grands cris, sa femme Myrrhine, qui, stylée par Lysistrata, descend dans une grotte et feint de se rendre. Alors commence une scène de tentation comique, d'une étineelante impudence. Parfumée, demi-nue, savoureuse comme un beau fruit mùr, la femme s'offre, avec une souplesse de branche, à répoux affamé d'amour. Il va la saisir : elle Técarte de ses bras tendus, se rapproche^ se retire encore... C'est la perfidie du succube mêlée à la malice de la nymphe, c'est l'ondulation fuyante de la vague qui vient mouiller la lèvre ardente de Tantale. — Quand son dernier voile est tombé, Myrrhine disparaît, comme derrière une nuée, laissant brûler Cinésias en flammes.

Qu'un tel groupe ait été porté au théâtre avec le souffle de la vie, la saillie du geste, la palpitation de la pantomime, cela parait aujourd'hui un monstrueux scandale. Pour le comprendre^ il faut se rappeler que la comédie, sortie de Tivresse d'une fête licencieuse, n'était encore, au temps d'Aristophane, qu'une phallophorie dégrossie. Toutes les images et toutes les idées de sensualité, de génération, de folie, se groupant autour de la divinité de Bacchus, on l'honorait en les évoquant sur sa scène. La pudeur, cette

ARISTOPHAMK.

rge, élait parmi les viclimes qu'il Tallait, en ces trs d'orgie, immoler au Dieu. Aristole dit expresaent que l'État doit interdire toute parole iodé* ite, (I sauf dans le culle des dieux qui président, on la loi, à l'allégresse insolente ». Or Bacchus lit le premier parmi ces dieux-là. Rappelons-nous isi que le naturalisme des cultes anciens divinisait instincts physiques, et que les temples avaieut r lubricité sainte, comme les bois avaient leur lorreur sacrée » . Les mystères du corps, que nous îouvrons sous un triple voile, s'étalaient sur les destaux et sur les autels, et souvent ils n'éveilmt dans les âmes que des idées de vénération igieuse. On voyait, à travers leurs grossiers emblèis, la vie universelle et les énergies créalrices. n marchait sur des pieds de bouc, mais sa poitrine irée réfléchissait les astres du ciel. — Un témoiage noua est resié de cette ingénuité des anciens : iparque avait fait graver des sentences morales, ir l'édification des passants, sur la gaine des Hers phalliques plantés au seuil des carrefours et à ngle des chemins d'Àlhèncs.

C'est ainsi que sous son dévergondage la Lysistrata

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d'Aristophaoe cache un sens bonnâle. Elle rappelle au bonheur domestique les hommes possédés par la fureur de la guerre, elle jelle les femmes, comme des Sabines effrénées, entre les armées d'Athènes et de Sparte aux prises. De graves et hautes paroles interrompent ses énormités. Au magistrat qui lui mande 'de <]uel droit les femmes qui ne pren point part à la guerre se mêlent des affairei la République, Lysistrata répond avec ce cri des irailles :

« Abl misérable I Hais elle nous est un Tardeaubien pesant qu'à vous. Nous enrantonsdes fils qui vont cotnt loia d'Athènes. »

Ailleurs, elle dit ce mot très profond : « Qi sois née femme, qu'importe? si je sais remédi vos malheurs. Je paye ma part de l'impôt, en i nanl des hommes à l'État. »

Quand les ambassadeurs de Sparte rédi comme Athènes, par la famine de l'amour, ^ nent traiter de la paix, Lysistrata prend 1 quence d'une prétresse, pour prêcher la conc aux Grecs. Elle leur monirè, dans un rayonnei de lumière, Olympie et Delphes, ces fédération chars et de lyres où les douze peuples île rHella< reconnaissaient frères, en mêlant, dans des augustes, leurs langues et leurs âmes.

a96 ARISTOPHANE.

«Amène-moi les Laconiens, mais sans rudesse, sans insolence ; nos maris n'étaient que des maladroits. Conduis-les ici, en souriant, comme il sied aux femmes... Amène-moi aussiles Athéniens. — Laconiens, approchez -vous; et vous, Athéniens, de ce côté. Écoutez-moi : je ne suis qu'une femme, mais j'ai du bon sens ; la nature m'a douée d'un jugement droit, que je développe encore, grftce aux sages leçons de mon père et des vieillards. Je vous ferai d'abord un reproche que vous méritez tous également. Vous qui, à Olympie, aux Thermopyles, à Delphes, dans vingt autres lieux, arrosez les autels de la môme eau lustrale, et ue formez qu'une famille, ô Hellènes, vous vous détruisez les armes à la main, et vous saccagez les villes grecques, quand les Barbares sont là, menaçants ! »

A ces frères ennemis, elle rappelle les services rendus, les secours portés, les délivrances réciproques. — a Liés par de tels services, pouvez-vous être » en guerre? Cessez cette guerre criminelle, récon- » ciliez-vous I »

La réconciliation s'opère sous le charme de celte voix persuasive ; les promesses de la couche nuptiale, qui se rouvre à ses exilés, fléchissent tous les cœurs. Aphrodite est là, comme au troisième chant de V Iliade^ « avec ses yeux éclatants et son sein d'où naissent les désirs » , lorsqu'elle enlève Paris de la mêlée sanglante, pour le déposer sur le lit parfumé d'HélèQe. La guerre est étouffée sous les oreillers. Un vaste banquet de noces rassemble les conpies longtemps séparés. A la sortie, des hymnes éclatent, non plus obscènes, ni même amoureux, mais héroïques

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