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niquement le Dieu au passage. Leurs première notes sontunpeubourbeuses a : Brékékékékex, coaXy coaXj Brékékékex. » Bientôt le chant s'éclaircit, il devient clair et cristallin, comme le gazouillement des eaux vives. On croirait entendre la chanson moqueuse de petites naïades, suivant à la nage un bateau de pécheur :
«Humides filles des marécages, que notre voix harmonieuse s'accorde aux hymnes des flûtes. Répétons ces chants que nous entonnons en rhonneur de Bacchus nysien, le jour de la fête des Marmites, quand la foule ivre se porte vers notre temple du marais. »
Le coax revient comme le son aigre qu'un pâtre en gaieté tirerait de son chalumeau, pour mieux faire goûter la mélodie qui va suivre, et le chant reprend plus liquide et plus frais encore :
<c Nous sommes aimées des Muses aux belles lyres, et de Pan aux pieds de bouc, qui s'amuse & faire chanter les roseaux. Nous sommes aimées d'Apollon, le Dieu de la cithare, parce que nous faisons croître, dans l'eau de nos marécages, le roseau qui sert de chevalet à la lyre. Les jours de beau soleil, nous nous plaisons à sautiller, en nous élançant, parmi le souchet et la pimpreneUe, et à chanter tout en nageant; et quand Zeus verse la pluie, du fond de l'étang, nous mêlons nos voix agiles au bruit des bulles bouillonnantes».
Cette ravissante barcaroUe prélude à un intermède d'une beauté sublime. En débarquant du Styx^ Bac-
chus et Xanthias voient des torches odoriférantes ondoyer dans un bois de myrthes ; ils entendent des flûtes joyeuses mariées à des voix ravies. Un hymne enthousiaste éclate ; ce sont les Initiés d'Eleusis qui célèbrent en dansant leurs pieux Mystères. « lac- » chos ! Dieu vénéré, accours à notre voix. lacchos ! » ô lacchos ! viens dans cette prairie, avec tes saints » compagnons. Qu'autour de ta tôte se balancent, » en épaisses couronnes, les rameaux de myrthe 1» chargés de fruits. Que ton pied hardi marque la 1» mesure de cette danse rythmée par les Grâces, » cette danse religieuse, ^érie des saints initiés I — » Agite les torches ardentes, ravive leur éclat, lac- » chos ! astre brillant des Mystères nocturnes ! La » prairie s*illumine de mille feux. Les vieillards se- » couent le poids des ans et tendent le jarret pour » s'unir aux rondes; et la jeunesse, amie des danses, » bondit, d Bienheureux ! autour de ton flambeau, » sur les prés où luisent les fleurs humides des ma- » rais... Allons, dans les prairies jonchées de roses, » former, selon nos rites, ces chœurs gracieux aux- » quels président les Parques vénérables. C'est » pour nous seuls que luit ici le soleil ; ses rayons » éclairent les Initiés qui ont mené une vie pieuse, » également chère aux étrangers et aux citoyens. » La poésie antique n*a rien de plus céleste que cette procession mystique traversant en extase un
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Enfer burlesque. ATinsu du poète peut-être, elle révèle le fond des Mystères. On sait quel secret inviolable s'étendait sur les rites et sur renseignement des deux Grandes Déesses. Les écrivains anciens n'en parlent qu'avec d'énigmatiques réticences. La porte du temple d'Eleusis est restée fermée. Tout au plus, lorsqu'on y regarde, entrevoit-on, à travers d'étroits interstices, un drame hiératique qui se joue, des flambeaux qu'on éteint et qu'on rallume soudainement, de l'encens qui fume, les grands gestes blancs du hiérophante bénissant la foule, une coupe qui passe de main en main, et où des hommes, vêtus de peaux de faon, boivent un breuvage consacré. On aperçoit encore des fantômes qui surgissent et s'évanouissent, des rayonnements de lumière qui fendent les ténèbres, puis un faucheur mystérieux moissonnant silencieusement un épi. En se penchant sur les textes qui parlent confusément des Mystères, c'est à peine si Ton entend des chocs de cymbales, des éclats de prédication, des mots augustes solennellement proférés, des cantiques d'allégresse succédant à des bruits de lamentations. Et l'on peut dire, au seuil du temple d'Eleusis, comme Dante à la porte du Purgatoire : a II me sembla entendre une voix qui » chantait, au milieu d'autres sons très doux : Te » Deum laudamus 1 — Ce que j'entendais me fai- » sait ressentir ce qu'on éprouve d^ordinaire quand
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» la voix et Torgue se marient : tantôt on entend, n tantôt on n'entend plus les paroles : »
« lo mi lÎTolsi, atiento al primo tnooo, E Te Deum laudamtis mi parea Udlre in voce mista al dolce suono.
Taie immaglne appanto mi rendea Giô ch' io udÎTa quai prender ai suole, Qaando a cantar con organi ai atea :
Gh' or 8i| or no, 8*inteudon le parole. »
(PurgaiùTi cant. IX).
Mais Aristophane, en nous montrant les fidèles d'Eleusis qui jouissent d'une béatitude éternelle, sou* lève le rideau du sanctuaire. On entend clairement, à travers leur chant mystérieux, la vie future affirmée, la rémunération proclamée,, le salut promis à ceui qui se sont fait initier aux secrets des Dieux et qui ont obseryé leurs lois. Le dogme de l'immortalité de l'âme s*est levé dans la cella d'Eleusis, et la comédie profane du poète apparaît illuminée de cette grande aurore.
Ce n*est point là sa seule note grave. On a beau railler et rire de tout, il est difficile de descendre aux Enfers, sans que l'horreur du lieu tous saisisse. Il y a une parole terrible dans les Grenouilles^ étonnamment imprévue sur la bouche d*un Grec, et que les spectres de Shakspeare pourraient prononcer. ^- Xanthias, fatigué de son bagage, prie un mort, qui
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va traverser le Styx, de s'en charger à sa place, moyennant salaire. Le mort répond : a Plutôt revivre !» — Et c'est là vraiment un mot d'outretombe.