II
pour le génie surhumain d'Eschyle, que la façon dont Aristophane le met en scène aux Enfers. Il en parle comme d'un géant fabuleux, c'est dans le style colossal de YOrestie et des Perses qu'il taille son image. Eschyle est représenté donnant de la tête contre son adversaire, et lui jetant « le regard torve d'un taureau furieux » . Il éclate « comme un pin qui s'enflamme »• Ses mots casqués secouent « des aigrettes ondoyantes ». Sa bouche mugissante lance des vers «c charpentés comme des navires Tf>. Au moment où il va parler, Bacchus s'écrie, comme les marins en détresse, sacrifiant à Typhon, le dieu des tempêtes : a Un agneau ! un » agneau noir ! Esclaves, apportez vite ; la trombe » va éclater. »
La trombe éclate, en eflfet, avec des violences superbes, des ironies grondantes, des ricanements d'athlète homérique, indigné d'être poussé, dans l'arène, contre un débile adversaire. Eschyle prend entre ses mains redoutables la tragédie d'Euripide, et il la dépèce morceau par morceau. Il épluche les loques de ses rois pleurards, il s'irrite de ses impiétés, il déchire ses subtilités, il l'accuse d'énerver par ses arguties les citoyens qu'exaltaient ses chants héroïques ; il critique âprement ses prologues oiseux et factices, fait le pari de terminer chacun de leurs ïambes par ce refrain banal : a perdit sa fiole i^, et
gagne sa gageure. Son ton s'élève lorsqu'il dénonce ses Phèdre et ses Sthénobée, et qu'il lui reproche d'avoir osé montrer sur la scène des femmes amou* reuses. — « Non, tu n'as jamais connu Cypris I » lui dit Euripide : — a Et je m'en vante ! » répond Eschyle, avec une pudeur farouche. Le vieux poète semble, en effet, ignorer l'amour ; il baisse des yeux de vierge devant Aphrodite. Son thé&tre est chaste comme une tente : les passions en armes y sont seules admises. Sa Muse altière, vouée aux combats, s'est coupé le sein, comme les Amazones, pour mieux ajuster l'arc et lancer le trait.
Aristophane approuve cette austérité. Un de ses griefs contre Euripide est d'avoir lancé l'amour sur la scène. Phèdre fait rougir le poète de Lysistrata. Il admet la lubricité dont on rit, il réprouve la passion dont on pleure ; il préfère la robe retroussée qui fait ricaner, au voile soulevé qui fait tressaillir. Il ouvre sa porte à Priape, jamais à £ros. Contraste étrange qui se rattache aux orgies natales du théâtre grec qu'aucun attendrissement ne devait troubler. Le Satyre convoite, il n'aime pas.
Toute cette polémique d'Eschyle contre Euripide est d'une terrible énergie. Par moments on croirait voir Dante dans l'Enfer, penchant sa tête sourcilleuse que hérisse un laurier brûlé, sur le cercle où git un ennemi damné.
De son côté, Euripide raille Temphase énorme d'Eschyle, et le tintamarre oriental de ses métaphores. Il les compare aux « chevaux à tète de coq » et aux a boucs à bois de cerf » des tapisseries persanes. Il gonfle un mot, monstrueux comme Toutre d'Éole : a Phlattothrattophlattolhrat » , el prétend renfermer toute la poésie de son rival dans cette boursouflure. Mais aucune critique sérieuse n'entame le génie d'Eschyle, à travers cette lutte. Aristophane est franchement pour lui, à peine l'effleure-t-il d'une grifTe caressante : on sent qu'il Tadmire, en le parodiant. Lorsque Euripide se moque des personnages muets qu'Eschyle installait parfois dans ses tragédies, comme des statues pathétiques, Bacchus dit : « J'aimais leur silence. » Ailleurs, le Dieu poussant la plaisanterie plus loin qu'il ne sied, Eschyle le rappelle gravement au respect : — « Bacchus, lui ditil, ton vin n'est pas parfumé. »
La balance tranche la querelle : les paroles lapidaires d'Eschyle font sauter en l'air les pointes et les quintessences d'Euripide ; elles sonnent comme des armes d'airain, quand on les jette sur l'un des plateaux. — « Qu'il monte lui-même dans un des plateaux delà balance, s'écrie le vieux Tragique, avec sa femme, ses enfants, et son ami Céphisophon, et tous ses ouvrages ; moi, dans l'autre plateau, je ne mettrai que deux de mes vers. » Bacchus décide
qu'Eschyle est vainqueur : c'esl lui qui va revivre et revoir la lumière d'Athènes ; Sophocle occupera soii troue pendant son absence.
On peut s'étonner qu'une comédie où Euripide est accusé d'impiété soit précisément celle où Aristophane pousse la dérision jusqu'au sacrilège. Bacchus joue, dans les Grettouilles, le rôle d'un poltron hAbleur. Pour se rendre aux enfers, il endosse la peau de lion d'Hercule ; mais sa couardise perce sous ce déguisement héroïque. Il tremble à chaque bruit, il se cache derrière son esclave, lorsqu'une Empuae lui apparaît, sur les bords du Styi, avec une jambe d'âne et une jambe d'airain. Les menaces d'Éaque lui font descendre te cœur dans le ventre : on le voyait ignoblement accroupi, sur la scène, dans la posture d'un dieu stercoraire. Il reçoit, avec des cris et des lazzi de Scapin rossé, les étrivières du juge des Enfei-s. Et quel Dieu le poète bafoue-t-ll ainsi publiquenienl ? Celui-là même dont sa comédie célébrait ta fête ; Bacchus est pilorié sur son propre autel.
C'est l'homme que la philosophie de Socrate scandalise, et que le scepticisme d'Euripide irrite, qui se
permet ces énormités. C'est lui qui, en cent autres endroits de ses comédies, livre TOlympe aux risées du peuple. La contradiction est si forte qu'elle paratt inintelligible. Elle s'explique pourtant quand on la pénètre, et Ton comprend comment Aristophane pouvait conspuer les Dieux sans cesser de croire en eux et sans passer pour impie.
Et d'abord, les Dieux grecs sont d'essence légère et de matière malléable. Aucune roideur dogmatique ne les isole de l'humanité. Leur théologie est une poésie, ils sont nés de l'imagination riante des aëdes. Le ciseau des sculpteurs les a formés à l'image de l'homme. Hésiode dit, dans sa Théogonie^ que « les Dieux et les hommes sont enfants d'une » même mère, la Terre au large sein ». Pindare chante superbement au début d'une Némésienne : — « Il y a la race des hommes, il y a celle des Dieux ; 1» toutes deux sont issues de la même mère. Une » différence de puissance les sépare : Tune passe, D tandis que le ciel d'airain est pour l'autre une de- » meure étemelle et inébranlable. Cependant la » grandeur de l'esprit et les qualités du corps nous » rapprochent des Immortels. » — Les stoïciens diront plus tard : « L'homme est un dieu mortel. » Les Dieux grecs se rapprochent encore de l'homme par leurs amours, leurs aventures, leurs légendes. Ils se mêlent à ses combats, habitent ses champs
et ses fleuves, s'unissent à ses femmes. La montagne ne vient pas à Mahomet, le Sinal ne va pas à Moïse ; mais l'Olympe descend, à chaque instant, vers le pasteur ou le héros grec. Les Immortels vont et viennent, du ciel à la terre, avec la familiarité et la facilité des oiseaux. S'ils portent au sublime les vertus de l'homme, ils participent aussi à ses vices et à ses faiblesses. Rien de ce qui est humain ne leur est étranger. Les phénomènes naturels qu'ils personnifient se transforment, dans le clair-obscur des fables, en passions célestes et en esclandres merveilleuses. Chaque orage de Zeus pleuvant sur la terre est un adultère ou une bonne fortune ; chaque tempête est une colère de Poséidon ; la fécondité universelle devient la promiscuité d'Aphrodite : le crépuscule du matin éteignant les étoiles et chassant les nuages s'incarne dans Hermès qui vole les bœufs d'Apollon et tue Argos aux mille yeux. L'imagination grecque se jouait à travers ces flottants symboles ; elle tirait à elle leur partie humaine, tout en adorant les forces divines qu'ils représentaient.
Les Olympiens rient à la vue d'Ares pris au filet, entre les bras de Cypris ; ils éclatent, lorsqu'ils voient Hœphestos s'agiter, autour de leur table d'or, sur ses pieds boiteux. Pourquoi n'aurait-on pas ri de ces Dieux risibles à leurs heures, si sociables et si
abordables, frères atnés des hommes autant que leurs maîtres?
La Comédie était consacrée à cet élément burlesque de la religion. « Si le monde n'avait pas le soupir, le monde étouiïerait », dit un proverbe oriental; il étoufferait aussi, s'il n'avait pas le rire. Bacchus, aux jours de ses fêtes, lui ouvrait cette large soupape. Tous les doutes, toutes les défiances, toutes les pensées inquiètes et mauvaises que Tâme aurait aigries en les concentrant, s'exhalaient, au théâtre, dans une explosion de gaieté sacrée. Les Dieux s'y prêtaient aux licences de Thomme et se réjouissaient de leur joie. La Tragédie, d'origine plus noble, de portée plus haute, ne comportait pas ces licences : chaque mot y était pesé au poids du sanctuaire; les folles saillies deThalie auraient pris sur les lèvres crispées de Melpomène la gravité du blasphème. Les bouffonneries d'Aristophane semblent, à première vue, cent fois plus impies que les sentences voilées d'Euripide. Mais Tun s'amuse et Tautre calcule ; Aristophane joue avec les Dieux et Euripide les discute. C'est la différence d'un fou de cour, fidèle à ses maîtres, à travers ses boutades et ses insolences, au conspirateur respectueux qui dénigre à mots couverts et qui mine sourdement leur pouvoir.
C'est justement parce que la croyance d'Aristophane n'était point douteuse, que ses parodies étaient tolérées. Les religions sont débonnaires, aux époques de foi. Tant qu'elles sont sûres de leurs fidèles, elles leur permettent de s'égayer dans le temple. Ces niches filiales, faites par des enfants soumis à un ancêtre indulgent, ne tirent pas à conséquence. Jupiter sourit, lorsque Thétis tire sa barbe majestueuse d'une main folâtre : Thétis est de la famille et de la maison. Le catholicisme lui-même permettait d'é» tranges incartades dans les siècles et dans les pays où il n'était pas discuté. Au moyen âge, que de saints moqués et chansonnés par les fabliaux ! La Vierge entendait, sans se fâcher, des couplets étrangement grivois, mêlés aux cantiques qu'on chantait, le jour de Noël, autour de la Crèche. Les excès de la fête des Fous valaient ceux des Dionysiaques. Ce jour-là, un clergé dérisoire envahissait bruyamment l'église; un pape de carnaval usurpait le trône de l'évêque ; des clercs avinés tournaient autour des piUers et chantaient a tue-tête un office burlesque sur des missels tournés à l'envers. On brûlait de vieilles savates dans les encensoirs, on faisait griller des bou-
diûs et des saucisses sur la table sainte. La farce finie, tout rentrait dans Tordre, et le peuple revenait le lendemain, à mains jointes, dans Téglise proranée la veille. Sophocle pouvait dire aussi, sur le même théâtre où Aristophane avait bafoué la voracité d'Hercule et la poltronnerie de Bacchus : « Si quel- » que autre ville sait honorer les Dieux, celle-ci » l'emporte par sa piété sur toutes les autres. »
De même que le pâtre de TArcadie bâlonnait lâ statue de Pan, lorsque son troupeau ne prospérait pas, le lazzarone napolitain injurie et hue saint Janvier, quand il tarde à opérer son miracle. En Espagne et en Italie, que de cérémonies locales, licencieuses comme des mascarades ! On danse des fandangos à Séville^ le jour de la Fête-Dieu, devant Tostensoir. La Passion est représentée par une parade enfantine, où Ton voit un petit garçon, couronné d'épines, le front taché de gouttes de sang peintes, cheminer, une croix de carton sur Fépaule, entre ses camarades travestis en licteurs romains : une petite Mère Douloureuse, toute vêtue de noir, suit le cortège, avec sept poignards dorés plantés dans le cœur. — A Cusco, au Pérou, la procession du « Christ des tremblements de terre » promène, par la ville, au milieu d'une cohue d'Indiens ivres, des idoles aussi monstrueuses que celle des Incas. La Yierge est debout sur un brancard ; gigantesque
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poupée poudrée, vernie au copal, plongeant dans un vertugadin de quinze pieds de tour, le cou pris dans une vaste fraise de guipure, tenant d'une main un scapulaire, de l'autre un éventail colorié ; ses yeux sont garnis de prunelles de verre que des ressorts cachés font mouvoir. Des histrions, masqués de tètes de cerf, gambadent autour d'elle ; saint Blas l'escorte, costumé en troubadour espagnol, sous une ombrelle qu'un ange suspendu balance sur sa tète. Derrière s'avance le Christ, jaspé de filets de sang, coiffé de ronces, accoutré d'un jupon de dentelles, et cloué à sa croix par de gros rubis. Un mécanisme Tagite et le fait trembler des pieds à la tète. Une question de préséance surgit entre les deux simulacres, devant le portail : c'est à qui cédera le pas à l'autre. Ils se confondent en révérences saccadées, et la Vierge, avant de passer le seuil, se retourne pour voir si elle est suivie par son Fils. Au moment où le Christ s'enfonce dans l'église, la foule l'interpelle avec des cris sauvages ; elle lui reproche de Tabandonner, elle lui fait jurer de revenir l'an prochain ; ce sont des pleurs et des hurlements. Dès qu'il est entré, un rire immense emporte cette douleur; Teau-de-vie ruisselle, les guitares ronflent, les castagnettes claquent, les danses trépignent autour des feux allumés devant le parvis. Aucune idée de profanation, ne se mêle à ces
bacchanales liturgiques ; une dévotion sensuelle et effrénée les inspire. Il y a sans doute tout un monde entre leurs orgies barbares et les spirituels dévergondages de la Grèce ; mais elles aident à comprendre comment la comédie athénienne pouvait rire des Dieux sans les blasphémer.
Deux cultes, seuls, n'ont jamais souffert la familiarité ni la moquerie. Jéhovah est invisible et inaccessible. Il n'y a rien de commun entre lui et rhomme, que le commandement et Tobéissance ; il ne parle que par la voix du tonnerre. Son nom même est ineffable, et c'est un crime de le prononcer. Qui touche à son Arche est frappé de mort. -^ L'ÂUah musulman n'est pas moins sévère. Si quelque derviche tourneur ou hurleur s'avisait de bouffonner devant lui, il le foudroierait de ce verset terrible du Coran : « Crois-tu donc que ce soit en » plaisantant, que nous avons créé le ciel et la » terre ? »
La lutte d'Eschyle et d'Euripide est précédée, dans les Grenouilles, par le voyage de Bacchus entrant aux Enfers : scène capitale entre toutes ; car, à travers sa couleur burlesque, elle ouvre un
^^iCîïïr-».
jour sur Tidée étroite que les Grecs se faisaient de la vie future.
« Le soleil ni la mort, — a dit un moraliste — ne peuvent se regarder fixement. » Cela était vrai surtout pour les Grecs, élus de la vie et de la lumière. Leur horreur de Tautre monde ne les portait pas à l'approfondir. Achille exprime là-dessus toute la pensée de sa race, lorsqu'il dit à Ulysse, « qu'il ai- » merail mieux être^ sur la terre, le garçon de » charrue d'un pauvre métayer, que de commander » en roi à tout le peuple des morts » . Beaucoup auraient dit aussi, avec Euripide, « que la vie, même » dans les pires conditions, est préférable à la mort )» la plus glorieuse ». La religion, chez les Grecs, si ingénieuse à embellir la vie, n'avait rien fait pour idéaliser la mort en bien ou en mal. Elle ne dépassait guère, sur cette question suprême, le mythe grossier de rOc?y55^e^ qui représente les âmes, exténuées par la perte du sang vital, et buvant, pour se refaire, avec une avidité famélique, le sang du bélier égorgé au bord de leur fosse. Au début même de X Iliade^ un mot fait voir le peu que pesait l'âme détachée du corps des héros : « Chante, Muse, cette » colère funeste d'Achille, fils de Pelée, qui préci- » pita dans le Tartare tant d'âmes généreuses de hé- » ros, et les livra eux-mêmes en pâture aux chiens » et aux oiseaux. » Eux-mêmes, «utou;, ce sont les
corps opposés aux âmes, ^uyiç, mânes vicies, larves vaines, qui vont errer aux lieux souterrains. Plus tard, Achille, s'efforçant en vain de saisir l^ombre de Palrocle, qui lui apparaît pendant son sommeil, s'écrie tristement : — « Grands Dieux 1 même dans la » demeure d'Hadès, il subsiste donc de Thomme » une âme et un fantôme, mais la réalité de la vie » les a complètement abandonnés. »
Les philosophes des âges qui suivirent dégagèrent sans doute de ce mythe obscur une idée plus claire d'immortalité ; les Mystères surtout vinrent réclaircir. Mais la fable homérique n'en resta pas moins le fond des croyances sur la vie future* L'imagination hellénique ne parcourut jamais qu'à tâtons le pays funèbre. Le Schéol hébreu n'est guère plus obscur que le sépulcre païen. Quelle différence entre TEnfer et le Purgatoire de Dante, d'une architecture si solide, d'une topographie si précise qu'on a pu en tracer des cartes, et les fantasmagories nébuleuses de l'Hadès et de TÉlysée évoquées par les poètes de l'antiquité ! C'est le royaume du clair-obscur, une région douteuse et blafarde, coupée de plaines stériles et de bocages rabougris. Des marais fétides y croupissent, des fleuves somnolents s*y traînent, des torrents sulfureux y grondent. La division même entre le séjour des justes et la géhenne des méchants n'y est point nettement établie.
LES GRBNODILLES.
Le Tartare côtoie les prés d'ûsphodèles, où sont p quées les Ombres élues. C'est comme si l'on p: sait, dans un même canton de l'Hellade, d'un : aflreux à une paisible vallée. Quelques grands cou blés, Tantale et Sisyphe, Iiion et tes Danaïdes, sut sent bien des châtiments spécifiés ; mais la foule ( âmes criminelles ne souffre que du vague mala d'être privées de la lumière et dénuées de leurs cor| La félicité monotone des Ombres vertueuses ne par guère plus enviable que la misère des impies. El glissent sur leurs p&les prairies avec une sérénité so nolente, n'ayant d'autre plaisir que de simuler les i tiens de leur vie terrestre. Les unes chevauchent i coursiers imaginaires, les autres poussent sur l'arj des chars fantastiques. Orphée, dans la grande fresq dePolygootte à Delphes, assis sur un tombeau, chani en s'accompagnani de sa lyre ; les filles de Pandaréi couronnées de (leurs, jouaient aux osselets ; Ulys: dans VOdyssée, voit Orion chasser les spectres ( bêles fauves qu'il avait tuées autrefois dans les me tagnes sauvages de Délos. Lorsqu'il veut embrasi sa mère et qu'il se croit le jouet d'un rêve, sentt qu'elle s'évanouit dans ses bras, sa mère lui dit tr tement; « Hélas I mon enfant, Perséphone, la Clle » Zeus, ne se joue point de toi : mais telle est la » desmortels.Ouanditssootmorls, enefTet, lesne: • ne soutiennent plus les chairs et les os, et la for
» du feu les consume aussitôt que la vie abandonne » les os blancs, et Tâme vole comme un ange. »
Les Divinités infernales ne sont pas moins obscures que le royaume qu'elles habitent. Au premier plan, on aperçoit nettement Aîdès ou Pluton, immobile, les yeux fixes sous un froncement de sourcils farouche, coiffé d'un bonnet nuageux — xuv£tq — qui le rend invisible, et tenant droit son grand sceptre noir ; puis la morne Perséphone, assise à côté de lui, qui respire gravement une fleur de narcisse. Les Érynnies, secouant leurs fouets de reptiles, sont encore distinctes. Mais Até, l'orageuse déesse du vertige; l'Ëmpuse, qui boite sur sa jambe d'âne et sur sa jambe d'airain; les Kères, vierges-vampires, aux robes rouges, qui planent sur les champs de bataille, enfonçant leurs ongles dans la chair des blessés, et les emportent aux Enfers, en suçant le sang de leurs veines ; Polydegmon (celui qui reçoit de nombreux hôtes), personnification de Eurynomos, le démon bleu, couleur des mouches putrides, qui, accroupi sur une peau de vautour, dévore la chair des morts jusqu'aux os ; Ocnos, symbole de l'aveuglement et de la vanité du labeur humain, représenté sous la figure d'un homme qui tresse une corde de joncs que mange à mesure une ànesse, échappent même à la vie du rêve. Ce ne sont plus que des monstres vagues, informes parce qu'ils ont été mal
conçus, ébaucbéscommedescauchemars, changeants
cooame les hallucinations de la peur, sans identité
fixe, sans forme durable ; qui s'agitent et qui s'amal- / ^^
gament confusément dans la nuit.
Aristophane prend, comme toute chose, TEnfer au comique ; mais sa parodie est à Taise dans une région si peu définie. Elle ne s'y heurte contre aucune terreur solidement fondée. L'Enfer, tel qu'il le dépeint, est une espèce de monde souterrain qui répercute le nôtre, avec des reflets troubles et des images atténuées. Bacchus, consultant les fils d'Alcmène sur l'itinéraire du Tartare, espère bien y rencontrer des auberges et des fontaines, des cuisines et des lupanars. Plus tard, en effet, des cabaretières acariâtres lui réclameront le prix des viandes et des fromages qu'Hercule a engloutis sans payer, et la servante de Proserpine, bavarde et leste comme une soubrette do Regnard, viendra l'inviter, de la part de sa maîtresse» à un grand festin. Caron, quand il fait passer Bacchus dans sa barque, échange avec lui des propos gouailleurs.
Mais voilà qu'une musique agreste sort du marais infernal. C'est le chœur des Grenouilles qui salue iro-