‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 74 sur 94 · IF · texte numérisé non relu

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SAKOUNIALA.

)e patnarche tle cette Thébalde, serre ( sa fille de prédilection :

H Que ton voyage soit heureui ; qu'il soit de la route, par des étangs couverts de lotus ; te couvrent de leur ombre j que le vent te ment au visage I Puissent tes pieds ne foule uëre veloutée des Qeurs I »

Ses douces et modestes sœurs par tendre respect, la fiancée royale. Anasc à marier les nuances » teiat de laqi délicats et ajuste à ses tempes un V( Pryamvada suspend à son cou une a lectrice. Ce ne sont que vœui ingénu virginales, larmes de regret, mêlées de mollement essuyées. — « Ce n'est pas u Sakountala, ce n'est pas bien de plei » si beau jour. » — La jeune femm père nourricier ; elle se prosterne ai Ermites, elle décrit la marche sacrée au du sacrifice; puis, elle fait ses adieux ombragea ïOn enfance.

Jamais la voix humaine n'a parlé à 1 plus intime et plus doux langage. En se bois sacré, on dirait que Sakoualala défi tissu, un long vêtement religieux. Elle en plante, les nommant par leur nom, k des parfums et de l'ombre qu'elles lui

Elle s'agenouille pour embrasser sa fleur favorite, et colle ses lèvres sur le calice de cette fleur, comme sur une bouche adorée.

« — 0 mon père I laisse-moi faire mes adieux à cette fleur du Madhavi que j'appelais ma sœur, que j'ai nommée Lumière-des-Bois et dont les touffes rougissantes brillent comme une flamme.

» — 0 Lumière-des-BoiSy la plus belle des plantes, enlacemoi de tes rameaux comme avec des bras. Mon père, aie soin d'elle comme dejiioi-mâme. » — Le vieux brahmane lui répond : <c Je marierai ta plante chérie avec son fiancé, Tarbre d'amra, qui répand son parfum autour d'elle. Gomme tu as trouve ton époux, elle trouvera le sien. Prends courage, ô ma fille 1 Poursuis ton voyage. » — Et il prend à témoin la forêt materneUe, de la piété filiale de Sakountala. — « 0 vous, arbres touffus, forêt sacrée, Sakountala vous quitte pour aUer dans le palais de son époux ; elle qui ne désaltéra jamais ses lèvres, avant que vous fussiez abreuvés ; elle qui, bien qu'aimant les parures, ne cueillit jamais un seul de vos boutons pour en orner ses cheveux, et qui n'avait pas de plus grande joie que de vous voir chargés de fleurs. Veuillez lui donner son congé. »

Une vague tristesse s'empare du Désert, qui voit partir sa jeune reine. Il sent qu'une vertu se retire de lui, il se flétrit comme un corps que Tâme va quitter. Ses oiseaux et ses feuillages murmurent des plaintes inarticulées ; Tàme du bois profond gémit confusément.

« — Écoute I écoute I s'écrie une jeune fille, la forêt aussi gémit, quand l'heure delà séparaUon approche. Les gazelles laissent tomber Therbe de leur bouche, les paons cessent

SAKOUMTALA.

leur dause, les lianes font tomber à terre, ci pleurs, leurs feuilles pâlissantes: leur parfum et 1 sont passés. »

L'adieu d'un orphelin arraché du sein serait-il plus touchant que celui du ch( Sakountala à sa jeune maîtresse? Au m< partir, elle se sent arrêtée par le bout de

te— Ah! qui marche donc sur mes pieds, et me le pan de ma robe? «—« C'est le petit du chèvre ton fils, sur les lèvres duquel tu as si souvent i baume sacré, quand il avait été blessé par les pénétrants des haies. C'est celui que tu as élevé, nant h, manger des graines de siamalta, dans I il ne veut pas quitter les traces de sa bienfa « Pourquoi pleures-tu, douce créature 7 Pourquc tu, mol qui m'éloigne de ceux avec qui je passe Comme J'ai pris soin de toi quand tu perdis naissant, de même celui qui m'a servi de père ta nourriture. Retourne donc à l'ermitage, va, il séparer..... Arrachée du sein de mon père, c( Jeune branche de sandal tombée du mont Malaja pourrai-je croître sur un sol étranger !... »

C'est l'origiDalité de cette figure aimabh santé entre toutes. Comme les Nymphes ] tion, elle appartient, par le sentiment, règne végétal qu'à l'Humanité. H y a de li tée au sang qui coule dans ses veines. Fleu: parmi les fleurs de la solitude, sa tige frél< aux racines des arbres natals, el, lorsque l'en arrache, la grande forêt souffre et tref

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De peut l'enlever de ce cadre immense, qui l'accompagne comme un dais de fête. Les arbustes s'attachent h sa robe, une pluie de fleurs jonche ses cheveux, un nuage d'oiseaux plane sur sa tète ; les animaux, apprivoisés par sa bontés la suivent en long cortège, comme ils suivaient la fille de Noé descendant de TArche. Sakountala entraîne, à elle seule, toute la forêt après elle.

De l'oasis ascétique, le poète nous transporte dans le palais du roi Douchmanta. Celui-ci vient de vaquer à ses fonctions royales, et se sent pris de fatigue ; « car, » dit-il dans une image admirable, — le sceptre est » dans nos mains, comme le manche d^une ombrelle » que nous portons pour abriter les autres » . Tandis qu'il se repose, les chanteurs bercent sa sieste, au son des adulations orientales. On le compare au chef des éléphants, « qui se couche un instant à l'écart, après » avoir conquis à son troupeau un gras p&turage » . Lui, calme comme une idole, savoure cette fumée d'encensoir ; il se laisse éventer par ces plumes de paon tombant et retombant en cadence. — Mais voici venir Sakountala, précédée des Ermites qui Font escortée pendant son long voyage. Le monde qu'ils voient pour la première fois n'inspire à ces Solitaires qu'un mépris mystique. La ville immense qu'ils viennent de traverser, avec ses ddmes, ses tours, ses colonnades, ses coupoles, n'a jeté dans leur esprit

SAKOUHTALA.

qu'un reflet lugubre. — « A l'agilati » pie, dit le doyen de la caravane, » n'a jamais connu que la solitude ci » multe d'une maison dontl'enceinle V par le feu. » — « Ce bruit, repren » gnon, m'a d'abord un peu étonné ; m » regardé ce peuple, comme le pur re » l'homme éveillé, celui qui est endor » l'esclave; l'étrevainqueur de sespas >' leurest lâchement soumis. » — Lo neront dans la forél sainte, sans è Kanva leur demandera, comme saint chrétien, à Antoine, en rompant avec perlé par un corbeau, au seuil de sa | >' ment va le monde ? Les hommes bi » core des maisons et des villes ? n Cependant Sakounlala, rougissant timidement devant son seigneur. Mais fakir opère : le roi ne reconnaît plus i amour s'est effacé, comme un songe, obscurcie. Elle cherche à son doit l'alliance et ne le trouve plus : il est I tang oik elle a fait ses ablulions roatina elle essaie, avec des paroles délicieusi l'enchantement cruel, par la magie < veiiii's.

nu LE THÉÂTRE INDIEN.

« — Ressouviens-toi, lui dit-elle, du jour où, sous le bosquet des jasmins doubles, tu recueillis dans ta main Teau que contenait la coupe d'un lotus. Au môme instant, mon petit faon s'approcha de moi. Tu l'engageas avec douceur à prendre Teau, en disant gaiement : <( Qu'il boive le premier. » Mais, lui, qui ne te connaissait pas, n'osa point boire dans ta main. Alors je pris cette eau qu'il but aussitôt dans la mienne. Sur quoi tu t'écrias, en riant : « 11 est donc vrai qu'on ne se fie qu'à ses pareils ; tous deux vous êtes habitants des bois. »

— Le roi reste sourd à ces reproches, incrédule et insensible à ces plaintes. Accusée d'imposture, l'épouse répudiée s'éloigne, en pleurant : — « 0 terre, » déesse propice, reçois-moi dans ton seini »

Quelque temps après, un pêcheur rapporte à Douchmanta l'anneau qu'il a trouvé dans le ventre d'un poisson. Le roi, délivré du charme qui l'aveu* glait, rendu à son amour, monte sur son char et cherche Sakountala par tout son empire. — Un jour, dans une solitude, il rencontre un bel enfant, traînant, par la crinière, un lionceau qui gronde. C'est un groupe digne de la Grèce primitive, que celui de ce petit Hercule indien jouant avec ime bêle fauve. — « Allons ! ouvre ta gueule, enfant de lion ! ouvre ta » gueule, je veux compter toutes tes dents. » Les femmes qui le soignent ont beau le menacer de la lionne, qui va se jeter sur lui, s'il ne lâche pas son petit, l'enfant s'acharne, rétif et farouche, au lionceau dompté. Le roi se sent attiré par celte grâce héroïque,

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bientôt il a reconnu son fils. À ses cris de joie, Sakoun- (ala accourt, vêtue de la robe des pénitentes, belle encore, mais amaigrie par les jeûnes ; ses cheveux flottants, noués en une seule tresse, comme ceux des veuves. On dirait Geneviève de Brabant transportée dans une forêt de THymalaya. L'époux, agenouillé, implore son pardon , confesse sa méprise : « Hélas ! dit-il, la guirlande qu'on pose sur sa tête, D raveiigle la jette de côté, craignant que ce ne soit » un serpent. » Sakountala le relève, avec des larmes de joie. Le ciel s'ouvre, des hymnes éclatent; ce sont les Dieux qui bénissent le couple réuni et réconcilié. C'est une surprise et un ravissement que de rencontrer, au milieu de la littérature effrénée de l'Inde, cette fraîche églogue, d'une simplicité relative, d'où les dieux monstrueux sont absents, où l'ascétisme revêt une douceur pastorale. La Nature s'y modère et s'y met à notre portée. Rien que des daims et des gazelles ; point de reptiles démesurés, de bêtes énormes et féroces : l'éléphant lui-même n'apparatt que dans le lointain. Les fleurs exhalent des parfums par trop enivrants ; peut-être aussi se répandent-elles sur la scène avec uneluxuriance excessive. Mais, en somme, un berger de Virgile, une nymphe de Théocrite, pourraient vivre dans ce paysage enchanteur. Il en est de même des pensées et des sentiments : sous leur couleur exotique, toutes les âmes peuvent les compren-

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dre. La piété, la bonté, Tamour, la douleur y parlent le plus tendre et le plus doux des langages. Née sous les mêmes étoiles, bercée par la même Nature, Virginie, à travers les siècles, reconnaîtrait sa sœur dans Sakountala.

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