‹ Les deux masques (volume 3)Chapitre 6 sur 43 · ORIGINES DU THEATRE GREC · texte numérisé non relu

ORIGINES DU THEATRE GREC

et d*Héra, la victoire d'Apollon sur le Dragon pythien, les combats et les exploits des Dioscures. Le drame naissant se mouvait, comme Tenfant, avant de parler.

D'une autre part, il prélude en Sicile par les répliques des berg[ers chantant et dansant leurs cantilènes alternées. Le dialogue balbutie dans les inflexions de voix diverses que le rapsode qui récite au peuple les poèmes homériques , pour le salaire d'un agneau, prête aux querelles des chefs, aux interpellations des guerriers, aux réparties des festins. L'Iliade est pleine, VOdyssée est grosse de scènes loutes prêtes à se détacher du récit pour revivre de leur vie propre. L'Épopée porte la Tragédie et la Comédie, comme deux fiiiits jumeaux, et on les entend vagir dans ses vastes flancs.

Mais tous ces germes et toutes ces ébauches n'auraient pu suffire à engendrer le drame formé et complet, doué de l'action qui saisit et de l'illusion qui entraîne. L'habitude nous a blasés sur les efforts d'esprit qu'il suppose. Nous entrons de plain-pied dans le cercle magique où le théâtre opère. ses évocations, depuis tant de siècles, sans nous rendre compte du prodige qui l'a tracé et qui Ta rempli. Quelle conception pourtant plus hardie et plus étonnante I Le passé qui redevient le présent, des fantômes reprenant leurs corps, des légendes immé-

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moriales reveoant du fond des siècles, sur le premier plao delà vie; des hommes quelconques, connus et coudoyés tout à l'heure, transformés par le revêtement d'un costume, par l'ascension de quelques gradins, en dieux visibles, en héros ressuscites et palpables, et le faisant croire aux yeux autant qu'à l'esprit ! Ce que l'Homéride chantait l'une voix lointaine comme l'écho de la tradition, te poète dramatique l'incarne et le montre ; il rend te souffle de l'actualité au fait immémorial, à l'événement aboli ; il redresse toute pendante et toute menaçante la catastrophe écroulée. Prométhée, iranoui dans les nuages du Caucase, remonte sur son rocher et rouvre sa plaie cicatrisée au vautour : \gamemnon sort de son tombeau d'Argos pour se rejeter sous la hache de Clytemnestre : CEdipe remonte de sa sépulture ignorée au soleil des vivants qu'il revoit encore ; il revient remplir de ses lamentations le palais de Thèbcs, et mourir, une seconde fois, sur le Cythéron.

L'initiative du génie grec k l'état normal, le rayon fécondant de l'esprit attique n'auraient pas suffi à une création si extraordinaire. Il y fallait une influence suprême, un éclair divin, une rosée d'en haut, une fermentation brûlante chargée de toutes les ardeurs de l'âme, de toutes les énergies de la vie ; pour tout dire, l'intervention et l'action d'un dieu.

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