‹ Les deux masques (volume 4)Chapitre 1 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. — Sophocle type accompli du génie attique. — Ses premières

victoires dramatiques. — Sa vie. — Ses légendes. II. — Âtliènes après les Guerres Médiques. — Grandeur et splendeur de sa Renaissance. — Réveil éclatant des arts et des lettres. — Douceur des lois et des mœurs. — L'Âtticisme. — Les Fêtes d'Athènes.

Sophocle succède à Eschyle, comme Thomme au Titan, moindre de taille, plus parfait de forme; différent, non point supérieur. Il ramène à sa mesure naturelle la tragédie grecque démesurément grandie par Eschyle. Il Taccorde au rythme nouveau qui. autour de lui, modère toutes choses. Eschyle avait été l'exception prodigieuse du génie attique, Sopho-

cie en est la règle harmonieuse. Athènes donne en lui son idéal et sa fleur. Il est le modèle accomph de cette race élue, le type de ses perfections spirituelles, comme le Doryphore de Polyclète était celui des plus belles proportions du corps humain. Sa vie séculaire remplit exactement la plus belle époque de la Grèce, pareille à un fleuve puissant et paisible qui ne traverserait que le « Jardin » d'une contrée.

La vie de Sophocle est aussi parfaite que son œuvre ; elle s'y accorde, comme la voix à la lyre, dans un sublime unisson. C'est au jour d'une glorieuse aurore qu'il apparaît pour la première fois. Du plus loin qu'on l'aperçoive, il se montre dans l'attitude d'un jeune demi-dieu. A l'âge de seize ans, sa beauté le fait choisir pour conduire le chœur des adolescents qui, après la victoire de Salamine, dansèrent nus le pœan, autour des trophées dressés sur la plage. Son visage de vierge le désigne aussi pour représenter, dans une tragédie homérique, la belle Nausicaa jouant à la balle, avec ses compagnes, au bord des lavoirs. Sa jeunesse se développe dans les luttes de l'orchestrique et de la palestre. Les poètes et les athlètes se passent tour à tour l'enfant prédestiné. Ils forment également son corps et son âme, et le remettent à Melpomène, digne de son culte et de son amour.

À vingt-cinq ans, Sophocle composait sa première tragédie. Le rude Eschyle s'éloigna lentement du théâtre, à l'apparition de ce génie lumineux, comme une sombre divinité titanique poursuivie par les flèches d'or d'Apollon naissant. On sait l'histoire de cette rivalité mémorable. L'archonte qui présidait les grandes Dionysiaques allait nommer les juges du concours. En ce moment Cimon, qui venait de vaincre les pirates de Scyros, et de rapporter à Athènes les ossements de Thésée, entrait au théâtre, avec les autres stratèges, pour offrir à Bacchus les libations prescrites. L'archonte lui ayant remis le droit de désigner le vainqueur, Cimon décerna le prix à Sophocle. Et ce fut comme si un dès héros éponymes de l'antique Athènes était apparu, dans un rayonnement, pour le couronner.

A quatre-\^ngt-dix ans, Sophocle terminait son dernier chef-d'œuvre. Toutes les palmes s'accumulèrent sur son front : il remporta vingt fois le premier prix, quarante fois le second, jamais le troisième. Athènes le récompensa à'Antigone en lui décernant le commandement de sa flotte ; il alla vaincre, entre Périclès et Thucydide, les Samiens révoltés. Il ceignit les bandeaux du sacerdoce dans sa vieillesse, si l'on peut appeler vieillesse cette auguste maturité qui se perfectionne toujours, sans s'afl'aiblir par aucun côté. Une seule affliction sem-

e SOPHOCLE.

ble avoir passé sur ses derniers jours ; mais ce fut le nuage d'une soirée sereine, empourpré des feux du soleil couchant. Son fils légitime, lophon, réclama l'interdiction du vieillard devant les juges de la Phratrie où il avait fait inscrire un fils naturel. Sophocle se défendit en lisant au tribunal une scène à'Œdipe à Colone. Comme Hypéride, dévoilant le sein de Phryné, à l'Aréopage, mais avec une magie plus pure, il n'eut, pour gagner sa cause, qu'à montrer aux juges le visage d'Antigone en larmes.

Sa mort ressemble moins à une fin humaine qu'à la rupture d'une lyre ou à l'évanouissement du feu d'un trépied. Les uns le font mourir de joie après son dernier trioniphe, les autres, expirer de lassitude en récitant Antigone, Ainsi, comme le cygne de la Fable, il serait mort de son chant. Sa mémoire remplit la Grèce d'un parfum de vénération et d'amour qu'on respire encore. Son nom, si doux aux lèvres, n'apparaît, dans les écrits des anciens, que couronné de louanges, comme celui des dieux. Les historiens célèbrent sa piété fervente, sa bonté gracieuse, ses mœurs ingénues. Un cycle de traditions merveilleuses s'était formé autour de son nom. Sa prière avait détourné les vents de peste qui ravageaient la ville. On disait aussi qu'un de ses hymnes chanté sur un navire en péril avait, comme une incantation céleste, calmé la tempête. Une couronne

d'or ayant été dérobée dans l'Acropole, Hercule apparut en songe au poète, et lui indiqua la maison où le voleur Tavait cachée : Sophocle alla chercher la couronne et consacra à « Hercule Révélateur » le tulenl d'or promis par le peuple à celui qui l'aurait fait retrouver. Une autre légende, citée par Plutarque, rapporte qu'Esculape, traversant l'Attique, dormit une nuit sous son toit : le divin médecin des corps choisit pour hôte l'enchanteur des âmeâ. On racontait encore que, le lendemain de la prise d'Athènes, Lysandre fut visité en songe par Bacchus qui lui ordonna dé racheter sa victoire par des honneurs funèbres rendus à l'homme le plus cher aux dieux. Lysandre, réveillé en sursaut, s'enquit des citoyens morts quelques jours avant : on lui nomma Sophocle : il comprit l'ordre de Bacchus et fit élever au poète un mausolée expiatoire.

11 n'y a pas une tache sur cette vie longue, candide, majestueuse comme la robe traînante d'un pontife. Elle s'écoule dans l'exercice de fonctions sublimes ou sacrées, entre les colonnes du temple et sur les gradins du théâtre. L'épitaphe inscrite sur son tombeau, auquel on sacrifiait tous les ans, ressemble à une pluie de fleurs versée par les mains d'un peuple. — « Rampe paisiblement, ô lierre I sur le » tombeau de Sophocle, couvre-le, dans le silence, » de tes rameaux verdoyants ! Que partout on voie

» éclore la tendre rose ; que Ja vigne chargée de » raisins courbe ses grappes délicates autour de » son mausolée, pour honorer la science et la » sagesse de ce poète harmonieux, aimé des Muses » et des Grâces. »

Il serait difficile de retrouver, dans Tart moderne, l'image d'une semblable existence. Si Raphaël avait commandé quelque brillante guerre civile d'Italie, si Léon X, comme il en eut la pensée, l'avait revêtu de la pourpre des cardinaux, si son génie, au lieu de s'éteindre à son midi, s'était évanoui dans un magnifique crépuscule, peut-être pourrait-on comparer sa vie à celle de Sophocle. Mais il.manquerait encore à cette ressemblance le fond radieux du printemps d'Athènes, cet horizon matinal sur lequel Sophocle se détache, comme une statue sur l'azur céleste.

Lorsque Sophocle arrive, la Grèce est dans Athènes, et Athènes est dans la lumière. L^ombre de l'Asie ne pèse plus sur elle ; le glaive de Marathon, la rame de Salamine ont dissipé, en le frappant, ce gigantesque fantôme. Les vagues et serviles armées de Xerxès, écume et poussière, se sont brisées

contre Théroïsme d'une poignée d'hommes libres. Athènes a été ravant-garde des grandes guerres médiques : seule, elle a espéré contre tout espoir, vaincu la première, sans attendre la lourde Sparte en retard. Ses chefs ont redressé les défaillances et confédéré les discordes ; la patrie grecque s'est reconnue et ralliée en elle. Délivré du péril barbare, le génie attique se développe avec une admirable souplesse. C'est Ulysse sorti de l'anlre du Cyclope, et s'élançant, à force de rames, en pleine Odyssée. Athènes règne sur la mer : cette bordure grecque que, selon le beau mot d'un ancien, les colonies de FHellade ont « cousue à tous les rivages barbares, » est la frange de son manteau. Un bas-relief antique montre les Néréides attachant des festons au bas de la robe de Déméter ; les marins d*Athènes parent ainsi leur contrée. Une constellation d'ilesse groupe autour d'elle ; son commerce sillonne la Méditerranée comme un champ mouvant, et lui fait rendre des moissons de richesses. Les navires partent, par myriades, de son port, et vont, en volant sur les eaux, butiner le monde. La maigre Attique qui ne produit, par elle-même, que des olives et des figues, regorge des matières précieuses de l'Orient. Sa belle nudité, comme celle de sa déesse tutélaire, se revêt d'or et d'ivoire. Trésorière armée de la Grèce, elle puise, à pleines mains, dans les tributs des alliés, et ne rend

compte qu^aux dieux des largesses auxquelles elle les fait servir. Au dedans, un peuple qui est une élite, qui règne sur lui-même en se gouvernant ; une démocratie qui s'agite et que la loi mène, et dont les tumultes même sont une harmonie. Périclès est le bon génie plutôt que le chef de sa politique, il commande par Tintelligence et par l'éloquence ; il n'entraîne le peuple vers ses desseins que par les chaînes d'or qui coulent de ses lèvres : la persuasion est sa seule puissance. Athènes renaît sous ce principat tutélaire; elle sort de ses ruines dans un triomphe de chefs-d'œuvre. L'Acropole se couronne des merveilles de h\ main humaine : le Parthénon et les Propylées, le temple de la Victoire Aptère et l'Erechtéion surgissent en même temps. Pour la première et la âernière fois, la perfection se dévoile et la Beauté absolue apparaît aux hommes. La ville se transforme en un immense atelier où des tribus d'artistes coulent le bronze, taillent le marbre et l'ivoire, cisèlent l'or et les pierres précieuses. Elle prend entre leurs mains la forme d'un groupe monumentat que surmonte, du haut de son rocher, la Pallas Polliade dominant le golfe, dont les marins saluent, de deux lieues en mer, l'aigrette éclatante. Autant de statues que de citoyens ; elles courent les rues, débordent les temples. En chacune d'elles revit un patron national, un héros propice, tel jeune

athlète qui, sous le rayon de Tarène, dans la vigueur de la lutte, dans l'agilité de la course, a révélé, un instant, la beauté des dieux. Le peuple vivant s'agite autour d'un peuple sculpté fait à son image. Phidias est l'âme de cette renaissance : il déUvre les Olympiens des liens hiératiques qui comprimaient leur grandeur; il fait de leurs effigies les types sublimes des forces et des intelligences éternelles. Lorsqu'il eut terminé cette statue du Zeus d'Olympie qui, selon l'expression d'un ancien, « augmenta la piété publique » , il demanda au Dieu s*il était content de son œuvre; et Zeus l'acclama, dit-on, d'un coup de tonnerre qui vint tomber sur le piédestal. Polygnote couvre le Pœcile de fresques épiques : l'ancienne peinture monochrome s'anime, avec lui, des colorations de la chair : les vieux héros, teints en rouge, rompent les dures silhouettes qui les enserraient, et s'exercent aux mouvements grandioses. L'art affranchi s'élance, par toutes ses voies largement rouvertes, des conventions du sanctuaire dans l'idéal de la vie.

Ce musée sublime est en même temps l'école de l'esprit. Vis-à-vis de son Parthénon, Athènes construit sa littérature immortelle, base de toute culture humaine, type de toute science et de toute beauté. Hérodote lit, aux Jeux Olympiques, les neuf livres de son Histoire qui portent les noms des neuf Muses.

Hippocrate fait descendre la médecine des arcanes du temple, dans la lumière de Tobservation et de la nature. Anaxagore conçoit un « Esprit » unique qui, de Tatome à Tétoile, inspira Tordre de TUnivers. Socrateerre déjà par les carrefours Jetant sur les passants son filet de questions subtiles; c'est Taube de la journée de ce pêcheur d'âmes. Les abeilles de THymetle partent pour le berceau de Platon.

Tout s'accorde et tout se répond dans cette civilisation harmonieuse : le groupe enlacé des Grâces semble tracer le cercle flottant qu'elle parcourt. Le travail y est un art, le culte une fête, l'éducation une initiation facile et joyeuse : un groupe de disciples ou d'auditeurs formé autour d'un maître, s'appelle une « Couronne ». Sparte est une marâtre rigoureuse qui affame et fouette ses enfants pour les dressera ses lois; Athènes est une mère aimable et riante qui les apprivoise doucement au devoir. L'enfant naît sur les genoux de la Muse ; sa pensée s'éveille au son des grandes lyres, il apprend les lettres en épelant Vlliade. Les exercices du gymnase fortifient son corps, et les danses des cérémonies l'embellissent. Les discours de l'Agora délient sa jeune langue. Le voilà formé sans avoir senti la culture, apte aux fonctions multiples que la Cité exigera de lui, prêt à prononcer, sur Tautel d'Agraulé, en faisant bénir ses armes, l'héroïque

SOPHOCLE ET ATHÈNES. i3

serment des Éphèbes : « Je ne déshonorerai point » ces armes sacrées, je ne quitterai point celui auprès » duquel j'aurai été rangé dans le combat, quel qu'il )) soit. Je combattrai pour les Dieux et pour la patrie, » seul et avec une armée. Je ne laisserai pas la patrie )) moindre que je Taurai trouvée^ mais plus grande. )) Son culte sera le mien. J'en atteste Agraulé, Enga- » lios, Ares, Zeus, Thallo, Auxo et Hégémoné. »

Une douceur libérale pénètre en tous sens l'atmosphère d'Athènes. Au centre de la ville s'élève Tautel de la Pitié, unique dans le monde antique; et les bandelettes des Suppliants exaucés dont il est chargé attestent que cette divinité touchante réside aussi dans son cœur. La servitude, si dure ailleurs, y est affable et légère. L'esclave, dans la rue, marche régal du citoyen : familier de son mattre, plus que son captif, il converse et rit amicalement avec lui. Les animaux eux-mêmes, selon le témoignage de Platon, semblent à Athènes plus libres qu'ailleurs. « Ils vont » fièrement par les rues, heurtant sans gêne celui » qui ne se range pas. »

L'atticisme naît de lui-même sur cette terre féconde dont il est la fleur. Une mesure exquise régit la Cité ; elle y règle tout, depuis les proportions des temples jusqu'aux figures des discours; elle imprime à la vie de nobles cadences. Damon, le maître de Périclès, peut dire, sans hyperbole, « qu'on ne saurait toucher

» à la musique sans ébranler les lois de TËtat ». — « Rien de trop : » cet oracle de Delphes est la loi d'Athènes. Un geste faux ou exagéré blesse, comme un choc, le sens délicat du peuple rassemblé au théâtre ou dans TAgora ; ei « Faire un solécisme de la main, » est le blâme qu'on lui inflige. La flûte est proscrite, parce qu'elle altère, en gonflant les joues, les traits du visage. L'air est si pur, si spirituel, si vibrant, que l'accent d'un étranger y retentit comme ' une dissonance. Les citoyens s'abordent, non point avec un souhait de santé, comme les Romains : — Salve — mais avec le nom des Grâces sur la bouche — Xaïpe. Ils n'appellent les patriciens ni les « Puissants » , ni les « Riches », mais les « Gracieux » et les « Agréables», ol xapîovTeç. — « Nous aimons le beau sans » faste et le plaisir sans mollesse, » — disaitPériclès, dans Tadmirable discours où il loue Athènes comme un roi couronnerait son peuple; et il ajoute ces paroles qui peignent si bien une race prédestinée à tous les beaux emplois de la vie : — « Chacun de nous, par un don » qui lui est propre, fait tout avec grâce, et notre » corps, pour toute œuvre, est aussi souple que notre )) esprit. » La simplicité fait partie de la beauté athénienne, une médiocrité élégante revêt la nation. Mais les satrapes mitres et chamarrés de la Perse paraîtraient grossiers comme des idoles, auprès de ces statues vivantes, drapées d'une fine tunique de lin

SOPHOCLE ET ATHÈNES. i5

blanc, coiffées du chapeau arcadien des pâtres, n'ayant d*autre ornement que la cigale d'or qui luit sur leurs cheveux courts et bouclés. Aux Jeux solennelSy une couronne de feuillage et un vase d*huile sont les seuls prix des vainqueurs. Avec une cavalcade de jeunes gens, une procession de vieillards tenant des rameaux, une file de vierges portant des patères et des corbeilles, un voile brodé suspendu au mât d'une trirème, Athènes compose des fêtes d'une beauté divine.^Tout est génie, clarté, expansion de lumière, fertilité généreuse dans ce coin de terre qui concentre l'intelligence et la vie du monde.

èHAPITRE II

I. — Innovations et perfectionnements que Sophocle apporte à la tragédie. -- Rupture de la Trilogie. — Introduction du Tritagoniste. — L'homme, dans son théâtre, se substitue aux colosses. — Il réagit contre le Destin. — Adoucissement des Dieux chez Sophocle.

II. — Force et suavité de son style. — Caractère particulier de son ironie. — Le Chœur de Sophocle.

Le théâtre de Sophocle s'élève au centre de cette Athènes florissante, en accord parfait avec elle, modelé sur son architecture et sur sa statuaire. On peut dire qu'il est le Parthénon de la poésie. Même granJeur simple, même correction vivante, même beauté sereine. Si les demi-dîeux des bas-reliefs de Phidias prenaient souffle et voix, ils s'éveilleraient à la vie en prononçant, des vers de Sophocle.

Celte tragédie nouvelle, dressée en face de celle

d'Eschyle, en semble séparée par un espace de longs âges. Tout s'y rajeunit et tout s'y transforme^ l'esprit et l'ordonnance, la composition et l'inspiration. Un rite ancien contraignait le poêle à faire représenter, dans la même fête, trois tragédies liées entre elles par le déroulement d'une même fable : Sophocle rompt la chatne de la Trilogie; chacun de ses drames vit de sa vie propre et complète une action distincte. Le spectateur n'est plus obligé de faire le tour du monument, pour suivre la scène qui se prolonge sur ses quatre frises ; il l'embrasse inscrite tout entière dans l'unité du fronton. Aux deux acteurs parlants qui, d'après une autre règle archaïque, devaient seuls occuper la scène, Sophocle ajoute un troisième, et cette innovation, dont Eschyle s'empare aussitôt, est, pour le drame, un progrès immense. C'est le troisième pas du dieu, sans lequel le monde de l'âme ne serait point parcouru. L'antagonisme constant de deux personnages réduisait le dialogue au choc d'un com^ bat singulier, ou à l'alternance de deux répliques monotones : c'était le fer croisant le fer, la cymbale heurtant la cymbale. Le tritagoniste introduit par» Sophocle élargit le cercle de Faction et de l'émotion ; il fait lourner sous tous leurs aspects les caractères jusqu'alors décrits selon la ligne tranchée du profil, il leur donne le ressort du contraste et la

Page 1