‹ Les deux masques (volume 4)Chapitre 6 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I. — V Electre de Sophocle et les Choéphores d'Eschyle. — La fille et la mère. — Sacrifice de Clytemnestre. — Sa prière impie. — Le faux message. — Désespoir d'Electre. — Les deux sœurs.

II. — L*urne funèbre. — Oreste se fait reconnaître. — Caractère sinistre de son rôle. — Le parricide. — L'exécution d'Égisthe. — Disparition nécessaire d'Electre après le meurtre accompli.

Némésis est chez elle dans la maison des Àtrides, où VÉlectre de Sophocle nous ramène après les Choéphores d'Eschyle. C'est là qu'elle frappe ses grands coups et qu'elle complique ses vengeances ; c'est là qu'elle préside aux répartitions des vindictes, aux enfantements du meurtre engendrant le meurtre. Le palais d'Argos est le temple de ses plus sanglants sacrifices.

VÉlectre de Sophocle reproduit la fable traitée par Eschyle : même action et mêmes personnages,

dans un cadre à peine modifié. Les Grecs se préoccupaient peu, au théâlre, de sujets nouveaux. Quelques mythes et quelques légendes incessamment remaniées suffisaient à l'entretien de leur scène. Eschyle excepté^ qui fut créateur, Tart des poètes qui suivirent consistait moins à inventer qu'à varier des thèmes consacrés dont on savait d'avance les péripéties et le dénouement. Leur émulation était un concours. Il en était des données de leurs tragédies comme des motifs de statues et de has-reliefs, identiques au fond par la répétition des scènes et des types, mais d'où chaque sculpteur remaniant un groupe, enir'ouvrant une lèvre, nuançant un regard, corrigeant un geste, cadençant une attitude sur un autre rythme, tirait, à son tour, une expression différenle et un trait nouveau. Leur originalité se développait à l'aise dans ce simple cercle. Ils n'innovaient que dans le détail, ils n'avaient d'autre visée qu'un degré de plus dans la perfection.

Sophocle, reprenant, après Eschyle, le châtiment de Clytemnestre frappée par son fils, refait une des pièces de YOrestie; mais, en y adaptant son génie, il y introduit des beautés qui ne sont qu'à lui. Les changements qu'il apporte dans la composition de l'œuvre d'Eschyle ne sont nullement, du reste, comme on pourrait croire, dans le sens de l'atténuation. Son Electre, par certains côtés, est peut-être

plus terrible que les Choéphores. L'idée de Texpiation domine tout dans le drame d'Eschyle ; le cri du mort qui veut du sang couvre les plaintes et les complots des vivants. L'action marche d'un train d'orage, elle emporte Oreste et Electre dans son tourbillon. Us courent au meurtre comme s'ils étaient attelés au joug du Dieu qui les presse, et piqués de son aiguillon. Sophocle les tire de ce nuage sanglant, il les fait sortir de l'ombre du spectre qui les enveloppait. Son Oreste est plus tragique, étant plus tranché ; son Electre grandit d'importance et d'àme. La sœur en elle est plus tendre, la fille plus farouche : elle aime et elle hait avec plus d'ardeur.

Tant que le meurtre d'Agamemnon n'aura pas été racheté par le sang de ses ^assassins, Electre errera, le cri à la bouche, sous le portique du palais de Mycènes. Comme dans YOrestie, c'est par un gémissement qu'elle s'annonce : « Hélas! malheureuse ! » s'éciie-t-elle de Tintérieur du palais. On la distingue à sa plainte avant de la voir, comme ou reconnaît, à son cri, un oiseau sinistre caché dans l'épaisseur du feuillage. Elle apparaît invoquant d'abord la lumière, cette lumière qui circule dans toutes les tragédies de Sophocle, et donne à leurs plus sombres scènes l'aspect de bas-reliefs funèbres baignés par la clarté d'un beau jour. — « 0 lumière pure I air ce-

» leste également étendu sur la terre ! combien de fois » avez-vous entendu mes lamentations, et les coups » précipités dont je meurtris ma poitrine, dès que » la nuit noire s'éclaircit I » — Majestueuse et gracieuse dans son désespoir, elle se rappelle son père frappé parÉgisthe et par Clytemnestre, sous Timage d'un « chêne que des bûcherons fendent en deux » . Elle-même se compare « au rossignol qui a perdu ses petits », et qui se répand en cris aigus, autour du nid vide. Puis viennent les invocations aux Dieux infernaux, aux redoutables Érynnies à « l'Imprécation révérée », qui tardent tant à lui envoyer son frère : prières jusqu'à présent stériles, et qu'elle ne se lasse point pourtant de refaire, comme une magicienne opiniâtre qui recommencerait cent fois l'incantation restée vaine.

La grandeur d'Electre est dans cette foi acharnée, dans cette attente indomptable qui lui donne une si haute attitude. Elle espère contre tout espoir, elle ne voit rien venir et elle regarde toujours. Jusqu'à ce que les dieux l'entendent, elle ne se lassera pas de faire crier le sang répandu. Ce signe de caractère est aussi un trait de nature. Les femmes croient ce que personne ne croit encore, et elles s'obstinent à croire ce que personne ne croit plus. C'est dans leur cœur que se réfugient les dieux et les idées, les haines et les amours qui s'en vont.

Le Chœur bienveillant, mais timide, essaye vainement de l'apaiser. — « Insensé, s'écrie-t-elle, qui >i peut oublier ses parents morts de la maie mort I » Ce qui convient'à mon cœur^ c'est l'oiseau plaintif » qui pleure Itys, et toujours Itys. Hélas ! hélas ! 0 » Niobé qui a tant souffert, tu es pour moi comme » une déesse^ ô toi qui, changée en pierre, toujours » pleures. » — Et, pour justifier sa haine inusable, elle déroule, comme les anneaux d'une longue chaîne, les opprobres de sa destinée : sa cohabitation forcée avec les meurtriers de son père, les mépris dont on l'abreuve, la robe d'esclave dont on la recouvre, les vils aliments qu'on lui jette ; surtout, — et ici on entend sa voix trembler de colère, — la vue d'Égisthe entrant dans le lit d'Agamemnon, avec sa « misérable mère ». Chaque fois qu'elle prononce ce nomde Clytemnestre, que l'Electre d'Eschyle évite de maudire, c'est avec cette haine accentuée d'un chaste dégoût. Il semble alors qu'on voie une rougeur sanglante couvrir son visage. La vierge se révolte contre l'adultère autant que la fille contre l'homicide. Ne demandez pas à cette créature de l'âge héroïque, les doutes déchirants d'IIamlet, partagé, devant Gertrude, entre le châtiment juré et les restes de l'amour filial : Electre hait sa mère furieusement et ouvertement. La hache qui est tombée sur son père a, du même coup, tranché dans son cœur tout

Ken de nature. La mère ne Tient qu'au second rang dans la famille primitive ; le père est son dieu, son roi, son pasteur : devant son sang versé, tous les meurtriers sont égaux.

En contraste à l'inflexible Electre, comme pour mêler de la chair au marbre pur et dur dont elle est formée, le poète a placé sa sœur Chrysotliémis. Glylemnestre, agitée par Tangoisse d'un songe prophétique, l'envoie sacrifier, à sa place, sur le tombeau d'Agamemnon. Craintive et résignée, amollie par le malheur qui endurcit son atnée, Chrysothémis exhorte Electre au silence. Mais la grande sœur se retourne sur sa cadette, avec un mépris indigné : elle accuse l'enfant timide de lâche trahison, elle se raille de ses frayeurs et de ses conseils. On croit entendre des cris d'aigle répondant aux roucoulements d'une colombe.

Cependant Chrysothémis raconte le songe qui a troublé Glylemnestre. A ce récit, Electre se sent reprise d'un confus espoir. Le Chœur l'encourage d'un chant fatidique :

« C'est la Justice qui s'annonce, la Justice armée de force. Elle arrive, eUe accourt, ma fille! Le roi égorgé ne s'oublie pas dans sa tombe ; la vieille hache d'airain aux deux tranchants se souvient. Elle viendra l'Érynnis aux pieds d'airain, aux pieds et aux mains sans nombre, Tinfaligable Érynnis, rapide et puissante, quoique encore cachée dans ses embuscades redoutables I »

Voici venir Cly temnestre, amère et superbe, apostrophant Electre, comme une esclave prise en faute, bientôt pourtant radoucie et saisie du besoin de se justifier. On dirait qu'un pressentiment Tagiie et qu*el)e se sent déjà sous la main des dieux. Dans VAga- ?n€mnon d*Eschyle, c'était avec impudence qu'elle criait son crime au peuple ameuté : ici son arrogance a fléchi, elle plaide sa cause devant l'opprimée qu'elle insultait tout à Theure, alléguant pour sa défenselesacrificed'IphigénieimmoléeparÂgamemnon. Electre réplique avec véhémence ; elle glisse sur le sang de sa sœur, qu'elle impute aux dieux qui l'ont fait verser, et se rejette sur l'adultère avec une âpre insistance. « Car, dis-moi, je te prie, qui te force au- » jourd'hui à vivre dans cette honte? Tu partages » ton lit avec le maudit qui t'a aidée à tuer mon » père, et tu engendres avec lui des enfants pourles- » quels tu chasses tes enfants légitimes. » La colère lui vient en parlant : elle avait promis de se contenir, mais son cœur éclate ; elle en tire l'image vengeresse d'Oreste, et la fait apparaître, sous l'éclair d'un glaive, devant la reine atterrée. — « Oreste! tu » m^accuses de l'avoir élevé pour qu'il te tue un jour. » Sache-le, si j'en avais la force, je ne l'aurais pas » attendu. » Clytemnestre se sent frappée par cette parole meurtrière ; le parricide conspiré a levé le masque, et la regarde fixement. Elle écarte cette vi-

sion funeste en ordonnant à Electre de ne plus trojubler le sacrifice qu'elle va oifrir au dieu deMycènes. Un silence se fait: la reine s'avance, suivie d'une esclave portant son offrande, vers la statue d'Apollon. Il semble qu'on voie Electre accroupie au coin de l'autel, l'œil fixe, le coude sur son genou, la tête dans sa main, épiant les paroles qui vont tomber de ses lèvres. Aussi Clytemnestre n'implore Apollon qu'à voix basse, sa prière sacrilège et vague n'ose monter directement vers le dieu. Elle le circonvient d'allusions obliques et de rélicences ambiguës ; c'est en balbutiant qu'elle lui demande la mort de son fils :

« 0 Apollon, qui sièges sur mes portes I écoule ma prière secrète : car ici je ne puis parler comme si j'étais entourée d'amis, et je ne puis te révéler tout. Mais entends ce que je veux dire. Si le songe que j'ai fait cette nuit m'est propice, ô Roi ! veuiUe l'accomplir. S'il est funeste, détourne-le sur mes ennemis... 0 Apollon Lycien ! sois-moi favorable, exauce mes vœux, tels que je te les adresse. Quant aux autres, je les tais ; mais tu me comprends, car tu es un dieu. Rien n'est caché aux enfants de Zeus. »

Or le dieu auquel elle fait cette prière impie est celui dont l'Oracle vient d'ordonner sa mort; en ce moment même, il pousse Oreste vers elle, le glaive à la main. Coïncidence tragique : la terreur s'y revêt de sublimité religieuse. Le Dieu qu'implore la suppliante vient de prononcer son arrêt : la condamnée, frap-

pée de clémence, demande au juge de faire mourir son bourreau.

Clytemnestre se croit pourtant exaucée, lorsque le vieux pédagogue d'Oreste vient, par son ordre, lui annoncer la fausse nouvelle de sa mort. Le vieillard décrit, dans un morceau superbe comme une Olympique de Pindare, la chute d'Oreste renversé de son char, aux courses de Delphes. Il le montre traîné par ses chevaux emportés, dans la poussière de ce « naufrage équestre », sanglant et défiguré, « méconnaissable à Toeil même de ses amis ». A ce récit, la reine s'émeut un instant. ; la nature reparait dans rétre dénaturé ; Tinstinct maternel tressaille dans son sein. « La maternité, dit-elle, a une grande » puissance, car, quels que soient leurs torts, une » mère ne peut haïr ses enfants. » Mais bientôt Tendurcissement la reprend ; elle se réjouit, avec éclat, de la mort d'Oreste, elle insulte à la douleur de sa fille. — « Entends-tu, Némésis vengeresse ? » s'est écriée Electre indignée ; Clytemnestre lui répond par ce sarcasme atroce : — ce Némésis a entendu ceux » qu'elle devait entendre, et elle a accompli leurs » vœux. »

Celte fois, Electre a touché le fond du malheur, tout espoir est déraciné de son cœur.

« Eh bien! ravez-TOUS vue? s'cst-elle attristée? a-t-elle gémi sur ëon fils frappé d'une mort misérable? Non, elle

rit et elle part ! 0 frère bien-aimé I je meurs de ta mort. Tu as arraché de mon âme, en mourant, cet espoir qui me restait, qu'un Jour tu reviendrais venger ton père, et moi, malheureuse I Et maintenant, de quel côté aller n'ayant plus ni père, ni frère? II me faut rester esclave de ces assassins que je hais. Eh bien! me trouve-t-on assez heureuse ? Mais non, jamais je n'habiterai plus sous leur toit; ici, à leur porte, étendue sur la pierre, je me consumerai dans les pleurs. Après cela qu'ils me tuent, si je suis à leur charge; sinon la douleur me tuera. Je ne veux plus de la vie. »

Sourde aux consolations du Chœur, elle repousse, comme de vains rêves, les présages que Chrysolhémis rapporte du tombeau d'Agamemnou qu'elle a trouvé couronné d'offrandes. Un seul sentiment survit à sa dernière affection détruite, rinextinguible vengeance. C'est à elle maintenant de tuer Égislhe, puisque Oreste n'est plus là pour accomplir sa fonction de fils, et elle s'efforce de gagner sa sœur à l'action sanglante qu'elle médite.

Le chant d'Harmodius, les odes de Tyrtée n'ont pas de plus mâles accents que cette exhortation enthousiaste^ où éclate ce pur amour de la gloire qui était l'âme de la Grèce. Ce qu'Electre fait reluire aux yeux de Chrysothémis, pour la décider à agir, ce n'est ni la splendeur du sceptre, ni la jouissance du trône reconquis ; mais la palme héroïque, le marbre décerné aux actions sublimes, et l'acclamation du peuple assemblé.

ÉLECiaE. «3

u Quelle renommée illustre pour nous, si tu m'écouteaJ Quel citoyen, quel étranger, à notre aspect, ne s'écriera pas : « Voyez, amis, ces deux sœurs qui ont sauvé la mal- « son paternelle, et qui, au péril de leur vie, ont renversé » leurs ennemis tout-puissants I Elles sont dignes d'amour^ » elles méritent le respect de tous. Il est juste d'honorer leur » vertu dans les fêtes, de les louer dans les assemblées, m Chacun dira cela de nous, tant que nous vivrons, et môme après la mort, notre gloire ne décroîtra pas.

Mais Chrysothémis n'a pas le cœur tragique de sa grande ainée : elle objecte la force de leur adversaire et la faiblesse de leur sexe, la mort certaine au bout d'une entreprise inutile. Electre renie cette fille craintive, sœur de son sang et non de son âme. — a J'admire ta prudence et je hais ta lâcheté. Ya^ va 3 tout raconter à la mère ! »

Oreste arrive enfin ; sous un déguisement étranger, portant l'urne funèbre qui est censée contenir ses cendres. Electre la saisit comme la tète même de son frère, et répand sur elle sa plainte immortelle- Sa voix, tout à l'heure querelleuse et âpre, se fait aussi douce que celle d'une mère, pour bercer sur son cœur l'Ombrq fraternelle. Oreste l'a quittée tout enfant, c'est sous les traits de l'enfance qu'elle le voit encore. Elle couvre son urne de paroles qui résonnent comme de légers baisers sur le front d'un

nouveau-né endormi, elle parle à ce tombeau, comme à un berceau.

— « 0 souvenir du plus chéri des hommes! voilà donc tout Tcspoir que j'avais déposé sur toi, lorsque je t'envoyai, loin de ce palais, brillant de jeunesse! Maintenant je porte tout ce qui reste de toi dans mes mains. Ah ! que ne suis-je morte avant de t'envoyer sur la terre étrangère, pour te sauver du massacre ! En mourant ici, tu serais entré, avec ton père, dans le môme tombeau. Et voilà que tu as péri, tristement exilé hors de ton pays, et loin de ta sœur! Et mes mains aimées, misérable I n*ont pu laver ton corps, ni Fenlever du bûcher, comme je Taurais dû ! Des mains d'hommes étrangers ont remué tes restes, et tu me reviens, poids léger dans une urne étroite ! Hélas ! à quoi me sert-il de t' avoir élevé avec de si douces peines ? Car jamais tu ne fus plus cher à ta mère qu'à moi-môme. C'était moi qui te faisais manger, et, chaque nuitj enfant, c'était avec ta sœur que tu t'endormais. Maintenant, tout est perdu et tout me manque à la fois; en un jour, ta mort m'a tout ravi, comme une tempôte. J'ai perdu mon père ; toi-môme tu n'es plus, je meurs avec toi... Hélas! infortunée! corps misérable!... Frère, attends-moi ; reçois-moi dans ce vase funèbre. Que j'y devienne cendre comme toi ; que j'y habite avec toi!... »

Que de grâce dans la douleur ! quelle mélodie dans le gémissement ! La poésie grecque a ce don divin de faire chanter le sanglot. Comme cette veuve de rOrient qu'un voyageur nous montre couchée sur la tombe de son mari, et creusant le moule de son sein dans la poussière du sépulcre, Electre, inclinée sur les cendres de son frère, n'y laisse que (les vestiges de beauté.

Oresle, témoin des regrets qu'il inspire, se fait

enfin connaître. La joie d'Electre s'exhale en tendre délire, a 0 chère lumière ! ô douce voix ! est-ce » bien loi que j'entends ? » — Et les exclamations se pressent sur ses lèvres, réprimées bientôt par son frère, que le destin pousse, et qui ne pense qu'à agir.

L'Oreste d'Eschyle pâlit devant ce parricide impassible. Lui, du moins, ne marche au forfait que sous la contrainte inéluctable d'un dieu ; il a besoin de s'exalter pour frapper sa mère, de s'enivrer de prières, de conjurations, de formules, des vapeurs de sang qui montent du tombeau de son père, comme d'iin trépied infernal. L'Oreste de Sophocle n'a ni hésitation, ni scrupule; il marche, absorbé dans une vision démoniaque. L'Oracle n'est point pour lui une menace terrible qui l'effraie, mais un dogme infaillible qui le tranquillise. Il se sent élu et inévitable. Ce possédé est calme comme uri extatique. Il semble la créature d un sculpteur plutôt que celle d'un poète. On croirait voir un de ces guerriers des bas-reliefs Éginètes qui tuent leur ennemi, sans qu'une expression quelconque anime leurs traits immobiles. Sa morne sérénité ne se dément pas, sa parole est brève, comme le glaive est court, A peine laisse-t-il échapper un faible mouvement de tendresse, lorsque Electre le reconnaît. Exécuteur des hautes œuvres d'Apollon, il tue sans colère. C'est avec

Page 1