‹ Les deux masquesChapitre 36 sur 55 · DANCOURT. 5H · texte numérisé non relu

DANCOURT. 5H

gondées; et la plus basse intrigue, et les plus vils procédés, et les plus honteux caractères, effrontément mis en scène par un poète insouciant et presque complice, qui donne raison à ses coquins de héros, et qui rit avec eux, au lieu de les corriger.

Ainsi, dans les Bourgeoises à la modey l'enfant gàlé de la pièce est un faux Chevalier, qui s'appelle Jeannot, de son petit nom, fils légitime de madame Amclin, marchande à la toilette et prêteuse à la petite semaine. Ce Chevalier d'occasion vient de voler, au jeu, deux mille écus, à un jeune homme « qui a eu l'in- » discrétion de s'en plaindre ». La Justice informe, et^ pour se tirer d'embarras, l'escroc en manchettes courtise, sous son titre d'emprunt, la jeune Marianne, fille de M. Simon, le notaire. «C'est bien dit ! » — s'écrie Frontin,son entremetteur et son camarade, — «attrapons encore ces gens-ci et faisons grâce au reste de la Nature. » Pour soutenir son rôle d'homme de • qualité, M. le chevalier renie sa vieille mère. « Qui est celte femme, Lisette ? » demande-t-il d'un ton dégagé, lorsqu'il la rencontre. Et madame Amelin, plus fière qu'une poule qui aurait couvé un petit paon sous ses ailes, ne se tient pas de joie d'être si bravement niée par son fils. « Le joli garçon ! » s'écrie-t-elle; — « il est effronté comme un page. »

La maison dans laquelle s'est introduit ce «joli garçon » est, d'ailleurs, un théâtre digne de ses exploits.

5i2 LE THÉÂTRE MODERNE.

Angélique, la belle-mère de Marianne, enrage d'être la femme d'un notaire. La qualité lui tourne la tête ; elle est joueuse, comme la Reine de Pique, dépensière, comme une fille de joie, et ne songe qu*à dé- Irousser son mari. Pour commencer, elle lui vole un diamant, qu'elle met en gage, chez la revendeuse ; avec Targent de ce larcin domestique, elle s'en va acheter des tables, des cornets, des dés et des cartes. « 11 faut de tout cela dans une maison où Ton veut » recevoir compagnie. »

Ce n'est pas tout. M. Simon, son mari, est amoureux de son amie Araminte, la femme de M.Griffard, le commissaire ; et Angélique ne se sent pas d'aise, lorsqu'elle découvre cette belle passion. « Qu'on le ruine, Chevalier, pourvu que j'en profile ; je n'y prendrai d'autre intérêt, que celui de partager ses dépouilles. » Mais sa joie est au comble, quand elle apprend que, de son côté, M. Griffard est amoureux d'elle. Les deux commères s'entendent, comme larronnes en foire, pour dépouiller chacune le mari de l'autre. Elles lancent sur eux Frontin et Lisette, avec des lettres de marque.

« — Je te recommande monsieur mon mari, » — dit Araminte à Lisette. — « Je ne veux pas que tu lui laisses une pistole. » — « Si tu épargnes la bourse du mien, » — dit Angélique au valet, — « je ne te pardonnerai de ma vie. » Frontin, pourtant, a quel-

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