MADAME MONT ALAN
J'ai perdu de vue toutes nos anciennes connaissances . . . En quittant le pensionnat, je suis allée à Colmar où j'ai épousé le général Montalan, que j'ai eu le malheur de perdre depuis dix-huit mois.
MADAME DORSAL
Quoi ! tu es veuve!
MADAME MONTALAN.
Hélas! oui. La mémoire de mon mari me sera toujours chère , cl je ne puis penser à lui sans éprouver une émotion . . .
MADAME DORSAL
Cette pauvre Stéphanie! Parlons d'autre chose : je suis lâchée d'avoir renouvelé tes peines.
MADAME MONTALAN.
Mais à ton Tour, ma chère amie, tu €53 mariée. Tu
sais qu'autrefois nous avons eu l'habitude des petites confidences... Comment est ton mari? est-il jeune, aimable , spirituel? Faim es-tu bien ? te rend-il heureuse ?
MADAME DORSAL
Je vais te le présenter tout à l'heure . Tu en seras enchantée. Il n'a qu'un défaut, c'est de n'avoir des yeux que pour sa femme . •
MADAME MONTALAN.
Ne l'en corrige jamais : sur ce chapitre -là, tant de maris sont exempts de reproches !
MADAME DORSAL
Tu as parfaitement raison ; tous les hommes ne ressemblent pas à mon Dorsai. Ecoute , tu sais que je n'ai rien de caché pour toi. . eh ! bien , notre associé , monsieur Bourde uil...
MADAME MONTALAN.
Monsieur Bourdeuil ! . . . je connais ce nom-là 5 on m'a fait , il y a quelques jours , un remboursement de six mille francs avec des bons signés Bourdeuil.
MADAME DORSAL
Sa femme est fort triste . . .
MADAME MONTALAN.
Est-ce qu'il serait inconstant ?
MADAME DORSAL
Je fais tout ce que je puis pour la consoler j mais quand les preuves sont trop évidentes. . .
MADAME MONTALAN.
Oh ! les hommes ! Mais moi-même dernièrement j'ai fait une conquête.
MADAME DORSAL
Cela ne m'étonne pas.
MADAME MONTALAN.
Un monsieur de Brémont... un jeune homme fort