ACTE III, SCENE IV. 5i
Mais excusez-moi , madame Bourdeuil , si je ne cherche pas encore à fléchir votre colère j je dois auparavant terminer avec Madame. ( à madame Montalan. ) Tout à l'heure, vous me demandiez votre portrait ; c'est juste , puisque je renonce à vous pour jamais.
MADAME BOURDEUIL.
Devais-je m'attendre à tant d'humiliation ?
BOURDEUIL.
Mais avant de me défaire d'un bien si précieux , j'y mets une condition.
MADAME MONTALAN , étonnée.
Une condition , Monsieur ?
BOURDEUIL.
Oui , Madame 5 c'est qu'à votre tour vous me rendrez le mien.
MADAME MONTALAN.
Comment !
BOURDEUIL.
Je ne vous parle pas de mes lettres ; probablement vous les avez déchirées .
MADAME MONTALAN, très-vivement.
Que dites-vous donc , Monsieur ?
MADAME DORSAI, de même.
Ciel! quel langage osez-vous tenir? Je connais Madame , et je réponds. . .
BOURDEUIL , à part.
Bien!... bien!... Certainement , Madame est trèsvertueuse 5 c'est moi seul qui suis le coupable • je me suis fait passer pour célibataire. On dit que c'est un moyen de séduction fort en usage parmi beaucoup d'hommes mariés. (« sa femme.) Oui, ma chère amie , donne-moi les noms les plus odieux , mais n'accuse point Madame , et si malgré tous les efforts de sa vertu...
5a LES DEUX MENAGES ,
MADAME BOURDÉUIL.
Quel épouvantable scandale !
MADAME MONTALAN , avec dignité.
C'en est trop , je me retire ; je m'avilirais si je restais plus long-lems.
MADAME DORSAI , la retenant.
De grâce , ma chère amie ! . . .
BOURDEUIL , riant aux éclats.
Bravo ! bravo ! c'est charmant, (à sa femme.) Regarde comme la physionomie de Madame exprime bien l'indignation , le mépris qu'elle doit avoir pour moi. Mais toi , ma chère amie , tu dois mettre un peu plus de chaleur : songe que Madame est ta rivale 5 et que tu dois être furieuse et dire avec l'accent de la colère : « Quel épouvantable scandale ! »
MADAME MONTALAN.
Qu'est-ce que cela signifie ?
MADAME BOURDEUIL.
Trêve à tous ces discours.