SCENE XII
STELLA, mise simple mais riche ; JACQUES. STELLA , paraissant au fond.
C'est lui... M. Jacques?..
j.icgrEs.
Ah ! c'est vous, madame , je vous reconnais. Venez- vous encore me montrer votre enfant, pour me faire plus vivement sentir la perte que j'ai faite?
STELLA
Calmez-vous, M. J.icques.
JACQUES, éloniii'.
Qui vous a dit mon nom?
STELLA
Vous l'avez prononcé vingt fois vous-même... oui, dans votre désespoir, vous nous avez raconté votre horrible position.
JACQUES
Eh bien ! j'ai eu tort ; je n'avais pas la tête à moi. Enfin , madame , que voulez-vous ?
Venir à votre secours.
JACQUES
Croyez-vous donc que je me sois plaint pour demander l'aumône?
STELLA
Non, car c'est service pour service que je viens vous offrir.
JACQUES
Expliquez- vous?
STELLA
Vos créanciers vous persécutent... voilà de quoi les satisfaire.
(Elle lui préseiile un petit portefeuille.) JACQUES.
Je ne puis deviner...
STELLA
M. Jacques... la perte que vous venez de faire est affreuse... mais n'aurez-vous pas la force de la supporter?
JACQUES
Hélas! madame... faut-il vous l'avouer... la mort de mon enfant me porte un coup terrible, mais ce que je crains le plus encore... c'est le désespoir de sa mère... elle en mourra, madame, elle eu mourra, c'est sur!
STELLA
Il ne tient qu'à vous qu'elle l'ignore toujours.
JACQUES
Ah ! je donnerais ma vie pour ça.
Eh bien ! il ne faut que donner votre nom.
JACQUES
Mon nom ?
STELLA
A une infortunée qui ne sera jamais embrassée désormais par sa véritable mère.
JACQUES
Ce mystère?..
STELLA
Kcoutez-moi, Jacques. Les momens sont précieux... Vous êtes un honnête homme! oh! tous les scnnens possibles ne me le |»rftu\eraienl iia~
\h MUSÉE DKAMATIQUE.
laiil que voire désespoir. Je vous ai jugé en quelques minutes... ef il faut q lie j'aie bien confiance en vous, puisque je veux remettre entre vos uiaius ma vie , mon bonlieur , ma fille en un mot.
JACQUES
Votre fille? mais qui êtes-vous donc madame?
STELLA , vivement.
Oh! vous ne le saurez jamais; qu'il vous suffise d'apprendre qu'en acceptant, vous sauverez un enfant que de grands dangers menacent.
JACQUES
Des dangers ?
STELLA
Que cet enfant ne doit.jamais connaître d'autre père que Jacques, et que loin de vous être à charge elle peut vous sauver d'une ruine qui parait imminente, remplacer près de votre femme la fille qu'elle a perdue et lui épargner un chagrin qui pourrait la conduire au tombeau. (Mouvement de Jacques.) Oh ! ce n'est pas vous qui serez le plus à plaindre. Votre perle est cruelle sans doute, mais le temps ne peut qu'en diminuer le triste souvenir. Et croyez-vous qu'il ne soit pas plus affreux pour une mère , de se dire : mon enfant existe, et je n'ai plus d'enfant ! ma fille parle , agit, grandit, embellit, et cependant morte, morte pour sa mère... ah ! c'est horrible !
Air de l'Angélas.
Jugez quel est mon désespoir.
Et ce qu'il me faut d'énergie , Je dois, pour ne plus la revoir.
Quitter cette fille chérie. (bis.)
D'un enfant, vous pleurez la mort; Mais ma douleur est plus amène Car mon enfant existe encor.
Et je ne serai plus sa mère, (bis.)
JACQUES
Mais quels motifs vous engagent à vous en séparer?
STELLA
Mes larmes, mes sanglots, ne vous disent-ils pas assez qu'il le faut , qu'un sort cruel m'y force, m'y condamne?., oui, Jacques, (pielle que soit votre décision, ma fille ne doit jamais connaître sa mère. I^Iainlenant me rofuserez-vous encore ce que je vous demande comme une grâce ? Jac- (jiies, pensez à votre femme.
JACQUES
Ma femme!..
LOUISE , appelant dans le cabiiifl.
Lucien !..
JACQUES, courante la porte.
Grands Dieux !.. c'est elle... enfermée... ah! tant mieux!
STELL.t, vivement.
Songez qu'il va falloir lui apprendre la triste vérité.
Pauvre Louise!..
STELLA, continuant.
Qu'il faudra lui dire : Ta fille. Ion unique espérance, la joie. Ion bonheur!., ta fille est morte!..
JACQUES
Que faire!., mon Dieu!
STELLA
Songez que voire refus peut la tuer aussi.
JACQUES
Ah 1 cette crainle me décide toul-à-fait... J'accepte madame , jaccei>lc.
STELLA
Chaque année, vous recevrez une somme égale à celle-ci.
^Ello lui iirésenle l'agenda.
JACQl ES, le prenant.
C'est pour maleniine. pour elle seule que je consens...
LOI ISE . appelant.
Lucien ! Jac<iues!..
LES DKijx Mi;r,r;s. i5
JACQUES
De grâce, veuillez passer par cette sortie...
STELLA
Je vais vous araener ma fllle. (Revenanl sur ses pas et à voix basse.) Vous en aurez bien soin , n'est-ce pas? vous l'ainiere/ bien? oh ! elle sera bonne, j'en suis sûre. Ah ! partons...
iElIe sorl par le cabinet de droite. A la sortie de Stella , Louise en dehors , crie et appelle plus fort '. LUCIEN ! JACQUES I