SCENE XIII
JACQUES, puis LOUISE.
(Jacques accompagne Stella jusqu'à la porte, et revient ouvrir à Louise.) JACQUES.
Qui t'avait donc enfermée ainsi?
LOUISE
Lucien. Il m'a tout conté, je sais tout, et tu voulais me cacher... mais que m'importe la misère, pourvu que je la supporte avec toi. Tu ne veux pas que je travaille... Eh bien ! j'aime le travail, ca me fera plaisir au contraire.
JACQUES
Mais...
LOUISE
Quand je veillerai un peu plus tard», je me dirai, c'est pour aciieter une robe à ma fille, et je travaillerai avec plus d'ardeur.
JACQUES
Ta fllle!..
LOUISE
Ah ! vois-tu, voilà de ces pertes dont on ne se console jamais... on en meurt... mais de l'argent... aujourd'hui pauvre, demain riche. JACQUES , à part.
Allons, j'ai bien fait I (Haut.) Mais je ne sais en vérité...
LOUISE
On va venir vendre nos meubles?.. Eh! mon Dieu! une petite table, deux chaises, un lit et un berceau, avec toi et notre enfant, ce sera un paradis!..
Bonne Louise!., mais il n'en est rien, j'ai plus d'argent qu'il ne nous en faut.
LOUISE, étonnée.
Mais que m'avait dit Lucien?..
JACQUES
Lucien est un bavard.
LOUISE
Il me disait que tu voulais revoyer en nourrice, ma fllle. que je nai pas embrassée depuis trois ans.
JACQUES, doiilourpuscmenl, «i part.
Hélas! sa fllle!..
LOUISE
Pas vrai, que tu ne m'en priveras pas, que je la verrai?
J.ACQUES.
Comment donc! elle est là... (Montrant le cabinet de droite ; à part.) Ah ! Si
celte femme n'était pas arrivée.
LOUISE
Elle est là, et tu ne me le disais pas... je cours... (Elle passe.)
JACQUES, vivement.
Non, arrête !
LOUISE
Mais pourquoi me retenir?
JACQUES, aveclrouble.
Le sommeil... la fatigue...
LOUISE
Que tu es bon père !.. pourtant, j'aurais été bien doucement, ..je l'aurais embrassée... laisse-moi la voir seulement, d'ici?
JACQUES
Non.
LOUISE
Oh ! (lue lu es méclianl!.. mais je veux la voir!..
(Jacques l'empêche d'eiiirer et la fait passer à gauche.)