STELLA, ÉMÉLIE
STELLA , allant s'asseoir. Emélie, viens là, près de moi!.. Enfin tu m'es rendue!., toi... dont je fus privée si lonst-temps... oli! que j'avais besoin de ta présence de ton amour... et toi , es-tu heureuse de me voir''..
ÉMÉLIE
Oh!., oui bien heureuse!.. (D'un air caliu.) Mais il ne faut pas être méchante !.. Je vous préviens que je suis habituée à ce qu'on fasse toutes mes volontés... ainsi vous allez m'écouter...et d'abord, vous ne retournerez plus dans votre pays... vous vous fixerez ici, dans notre maison; là, je partagerai ma tendresse entre celle qui ma doimé le jour et celle qui me l'a conservé.
STELLA
Mais... Emélie...
ÉMÉLIE
Quanta Lticien, vous savez, Lucien, mon mari, mon mari futur... oh! pour celui-là, c'est le meilleur enfant du monde... il ne fera rien, il ne parlera , il n'agira que lorsque je le voudrai ; aussi ne vous occupez pas de lui... pour ce qui regarde Jacques, vous serez forcé de l'aimer autant que moi (piand vous serez témoin de l'estime dont il est entodré , car , voyezvous , il n'y a pas d'aniour , d'amitié possioîc sans estime...
STELLA
Tu tiens donc bien à rester à Paris?..
ÉMU lu:.
N'est-ce pas là (|u'habiteut tous ceux que j'aime?
STELLA
Songe combien tu as à me dédommager du teiupsque j'ai passé loin de loi.
ÉMÉLIE
Pourquoi ne venais-tu pas plus souvent?
STELLV.
Ah! si je l'avais pu!
É.MÉi.ii:.
Qui pouvait l'en empêcher?
STULI.A. hésil.inl
Mais... des motifs graves...
LES DELX MÈRES. 29
ÉMÉLIE
Ah ! je ne suis pas curieuse !
STELLA
Enfin, Emélie, tu es ma fille... et Louise...
ÉMÉLIE
Louise!., je suis tiabituée à ses caresses comme elle aux miennes; nous voir tous les jours, nous chérir, est pour nous un besoin!. .Ecoute, maman, je te le répèle : Si jamais Louise apprenait que je ne suis pas sa fille, elle en mourrait de douleur...
STELLA
Allons, sois raisonnable, Emélie; j'espère que tu ne me forceras pas d'employer l'autorité maternelle!..
ÉMKLIE, étonncc.
L'autorité maternelle !..
STELLA
Ecoute . je t'aimais autant qu'on peut aimer sa fille , mais depuis que je te connais mieux, je te disputerais à Dieu même !.. ainsi toute prière est inutile ; Emélie , il faut me suivre...
EHÉLIE, sanglottnnt.
Mais je ne pourrai jamais soutenir leurs regards, quand je partirai, les N oyez-vous, pâles, muets, de grosses larmes dans les yeux, le mol ingrate expirant sur leurs lèvres... non, je n'en aurai jamais le courage.
Eh bien! tu peux l'éviter... j'ai tout prévu... ma chaise de poste est là, préparée àtoul événement, pars, pars avec ta mère qui t'aime tant!., lu seras riche...
EMÉLIE.
Que m'importe!..
STELLA
Heureuse !
EMÉLIE.
Loin d'eux... jamais!
STELLA
Tu me forces, enfin de dire un mot que j'évilais d'employer... Je le >eux!
EMÉLIE.
Je le veux!., ah!., jamais Louise ne m'en a dit autant...
STELLA
Eméfie!..
EMÉLIE.
Tenez, madame, vous me rendez folle... vous voulez que je les quitte !.. eh bien! oui ! oui! vous avez tous droits sur moi, je le ferai... oh! mais, alors, que ce soit tout de suite, sans réfléchir.
STELLA, voulant rentrainer.
Viens donc, viens...
EMÉLIE, au désespoir.
Eh quoi! sans les embrasser!..
11 le faut!..
iv.'ilÉLlE, pleurant.
Eh bien ! laissez-moi leur écrire un dernier adieu !..
Lf devoir l'ordonne , El je nie sonmelf ; Pour vous, j'abandonne Tout ce que j'aimais, (bis.)
Famille chérie!
Qui fit tout pour moi , L'ingrate Emélie, Va fuir loin de toi.
STELLA. EMÉI.IE.
Le devoir l'ordonne. Le devoir l'ordoum' ,
Elle se soumet; El je me soumets ;
<lar elle abandonne , Pour vous , j'abandonne
Tout ce qu'elle aimait. Tout ce que j'aimais.
(lillc ri'ulrc.)