SCÈNE II
Les Mêmes, LUCIEN.
LUCIEN
Aie veilà! me voilà!
SIMON
Ali ! méchant gamin , tu nous feras attendre comme ça.
(Ils se disposent a le frapper.) LUCIEN , solennellement.
Arrêtez!
TOUS
Qu'est-ce qu'il a?
LUCIEN
Il est de ma délicatesse de vous avertir du danger que vous courez en portant la main sur mon individu.
SIMON
Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est? allons, j'te vas...
LUCIEN
Arrêtez! vous dis-je , malheureux! vous courez à la décomposition de vos physiques.
SIMON
Qu'est-ce que tu veux dire?
LUCIEN
Que je sors d'avec Bressquoëtte.
TOUS , avec effroi.
D'avec Bressquoëtte!
LUCIEN
.le n'ai pas besoin d'ajouter que c'est not' maître à tous; que. prouiier tireur de chausson du quartier, Bresquoëtte, armé d'un pain (\c (luatre livres, se rit de la force armée, latympanise. et en fait une purée aux croûtons.
SIMON
C'est vrai que c'e^t le plus fort du faubourg; mais quel rapport?..
LUCIEN
Ah ! voiià : Je lc"rcnconlre, y m' dit : Bonjour, moutard !.. Bonjour, bourreau des crânes, que j' lui réponds : (ça flatte son amour-propre quand on l'appelle ainsi ,) Viens boire un coup. — Oh ! non; les ouvriers m'attendent. — Tu leur diras qu' t'étais t'avec moi... — Mais...— Allons, pas de mais... Il me prend par la peau... de mon pantalon et me fait entrer chez le marchand de vin. Je bois un verre de blanc sans sourciller; bravo : un second. ..je le ravale derechef. Alors, saisi d'admiration... — Jeté proclame buveur en herbe , devant atteindre dans celte profession la hauteur des buttes Montmartre.
SIMON
Et c'est pour ça?..
LUCIEN
Oui , mais , que j' lis, avec tout çà j' vas recevoir ma rincée. — Celui qui louchera à un seul poil de la bête ,* dit-il , en me frappant sur l'épauJe . je lanne sa peau . jusqu'à ce quelle soit propre à couvrir un tambour.
SIMON
Ah! tu dis ça pour nous elTrayer , mais ça ne nous empêchera pas...
LUCIEN. '
Voilà! je prévoyais voire incroyance, et je y ai fait écrire ce papier en guise de charte (A part.) que j'ai dicté moi-même.
TOUS
Ecoulons, écoutons.
LUCIEN, lisant.
« Celui (lui se permettra de donner une calotte à Lucien , Bresquoëtte y » en rendra dix-sept.
TOUS
Ah!
H CIEN.
» Pour tni coup de poing... 'Zi. Pour un coup de pied dans le... dos. lindi- •1 vidti s'expose à se voir déchirer ses vêtoniens et à attraper un rhume. )) alUMKlii (lue l'énorme main de Bressquoëtte u'aime pas à taper sur du
» drap. Épocritcme. Celui dont il est le tireur de ciiassis est seul excepté. » attendu que c'est lui qui lui inculque les principes de l'art de faire le » papier peint.
l'ocvrier, se disposant.
Eh ben! en ce cas...
LICIEN. l'arrêtant.
Un instant : « mais ce , seulement pendant l'exercice de ses fonctions.»
SIMON
Ce n'était pas une raison pour nous faire attendre. Je ne sais qui rae retient...
LICIEN
Bien... bien... comme je ne veux pas tricher , regardez mes amis si c'est un coup de poing ou une calotte qu'il va me donner... lapez. (L'ouvrier le pousse. Ouvrant le papier.) Bon, il m'a poussé, nous allons voir... hum, hum... Ah ! attendu que l'article de la bousculade n'est pas prévu, il ne lui sera rien fait, mais Je la ferai rajouter sur ma constitution... car, comme dit la chanson : le lierre s'attache à l'ormeau, c'est-à-dire, à Bressquoëtle.
SIMON
Mai.'^ il ne s'agit plus de tout ça. Nous disons donc que c'est la fête do M. Jacques, et c'est pour ça que nous t'attendons depuis une heure... Voyons, il s'agit de lui faire un cadeau, là, ben gentil. Depuis long-temps, le commerce ne va plus, et quoique pas riche, il nous a fait travailler tout de même.
TOUS
C'est un si brave homme!..
LICIEN
Ah! ça, qu'est-ce que vous allez lui donner"?
SI.MON
Un beau laurier-rose.