‹ Les deux mèresChapitre 17 sur 130 · CE QUE FEMME VEUT · texte numérisé non relu

CE QUE FEMME VEUT

Expliquons maintenant par quelle coïncidiiicc Louise s'était rencontrée avec Christian, — deveni; Léopold de Bracy,— chiz M"" de Pontcharlier.

M»' de Pontchiilier avant désiré laite conieclionner sous ses yeux quelques robes d'élé, avait écii! à M"^ Bi'llai'd, sa coutturière depuis de lon£>ues années, de lui envoyer unede ses ouvrières. M"" «^Bellardainiii il beaucoup Louise; présumant lui c:re aaréable. elle s'était empressée d'offrir à la jeune fille de se rendre à Saint-Maur pour cinq à six jours, et Louise, après avoir demandé le consentement de sa tante, était partie enchantée, en eflVl, d'aller respirer un peu d'air pur loin de Paris. Elle en était à sou dernier jour lorsque le hasard avait conduit Christian en lace d'elle.

En entendant celui que son cœur et ses yeux avaient si bien reconnu, lui dire que ses yeux et son cœur se trompai'eni, Louise s'était crue folle. . L'iisqu'elle le vit s'éloigner impassible, en appaleiice. un profond désespoir s'empara de la ieuiie lille.

—Il se nomme Léopold de Bracy, murmura-t-ellr, il ic me reconoait pas... il m'a prise pour sa sœur .. sa sœur!... Mensonge, mensonge, c'est lui, c'est lui , j'en suis sûre... d'ailleurs sa pâleur à ma vue, son trouble... ce nom... le mien... échappé de ses lèvres... Oh! une pareille ressemblance ne peut exister, il tàut que je le revoie, que je lui parle encore,... c'est une plaisanterie qu'il a voulu falie, pouilant, ci'tte tournure... ce costume élégant:. . mon Dieu! mon Dieu!... que signifie tout cela?..

A cet instant Louise aperçut li femme de chambre de .M""*^ de Ponichartier qui venait à elle.

Julie— la camériste- était au service de M™^ de Pontcharlier depuis vingt ans. Si le proverbe : tel iiiaitre, tel valet, trouve souvent son appliraiion, ce ait surtout à l'égard de Julie. Julie était douce et aimiibb', un peu bavarde, peut-être, mais obligeante et modérément curieuse.

La chef" leuime, — tandis que sa maîtresse s'entretenait avec M""' de Bracy, — venait auprès de Li:iuise, dans le gracieux dessein de la faire jouir de sa conversation; mais avant qu'elle fût arrivée dans le petit bois, Louise était accourue au-devant d'elle et lui avait saisi le bras en lui disant :

— Ohl vous voici, mademoiselle! un mot, un seul mot. je vous en supplie.

— Trente si vous voulez, mon enfant, repartit Julie, suipii^ede l'émotion et de lapàleurde la jeune fille. Mais i.omme vous voilà bouleversée!.. Que vous est-il donc arrivé?..

— Rien, rien, reprit Louise en faisant effort sur elle-même pour paraître calme, une res.semblante extraordinaire... d'une personne qui vient de passer

par ici... avec une autre personne que je connais... liguiez-vous...

— Eh bien l

Louise n'osa continuer, une pensée -venait d'illuminer soudain son esprit.

— C'est bien lui, je n'en puis douter, s'élait-elle dit, mais s'il avait intérêt à ne pas être reconnu de moi, oh! ce semit affreux à lui de se cacher de telle qui l'aime tant! iTiai.<, si par ma précipitation j'allais lui nuire... le perdre, peut-être!...

— Eh bien! répéta Julie, je vous écoute, niap lite.

—Je voulais vous demander, mademoiselle, ri prit Louise, le nom... d'un monsieur qui se promenait tout à l'heure, de ce côté'?

— L'ii grai d beau garçon? bien tourné, bien bâti? I des inousiaches? des cheveux bruns?

I — Oui, oui, c'est cela, c'est cela.

— Mais c'est le marquis Léopold de Bracy... il est j arrivé, il y a un instant avec madame sa mère... est- I ce que vous le connaissez?

: — Il .se nomme Léopold de Bracy... il est maruuis, i sa mère est avec lui?

] —Eh! sans doute, vous le connaissez donc? ! Louise laissa tomber sa tête sur sa poitrine. Elle 1 ne savait à quelle supposition s'arrêter. Elle ciaij gnail de questionner plus longtemps la femme de I chambre ei elle biùlait d'entendre parler de celui I de l'identité duquel , malgré tout , elle se sentait certaine.

Heureusement pour Louise qu'il était inutile de presser Julie pour lui délier la langue. Xe recevant pas de réponse de l'ouvrière, la vieille femme de chambre continua ainsi :

— Oh! madame est aux anges, de cette visite; elle aime beaucoup M"' de Bracy, madame! Moi, à qui l'on confie tout, je sais l'histoire de cette marquise... elle a eu des malheurs de famille qui l'ont forcée à voyager longtemps avec son fils, ce jeune homme que vous venez de voir. Elle n'est de retour à Paris que depuis la mort de son mari, il y a à peu près huit mois... Madame lui a écrit aussitôt, mais la marquise ne ncevait personne de l'hiver; elle ne veut reparaître dans le inonde qu'à l'expiration coml'Iète de son deuil. C'est par amitié |iuur u.adaui* qu'elle a consenti à passer quelques joui s ici avec M. Léopold...

— M. Léopold!.-. et vous dites qu'il a voyagé en compagnie de sa mère...

— .Mus oui, quand elle s'est expatriée, elle a retiré .M. Léopold du collège... elle voulait l'emmener avec elle, c était bien le moins ! la pauvre dame ne pouvait perdre à la fois son mari et son fils...

— Mais, quel pays habitait-elle avant son retour?

— Ah! vous m'en demandez plus que je n'en sais, chère petite! je vous répète ce que j'ai entendu de madame qui ne pailait elle-même que d'après des ouï-dire; M™* de Bracy voyageait toujours, assuraiton, elle ne se fixait nulle part et elle a parcouru ainsi l'Angleterre, rAlleiiiagiie, l'Italie, quesais-je, moi!...

— Et elle demeure à présent à Paris, avec M. Léopold?

—Sans doute, dans leur hôtel, rue P.icher.

— Rue Richer... merci, mademoiselle, merci-., je vous demande pardon de vous avoir importunée...

— Il n'y a pas de mal, il n'y a pas de mal! je ne me refuse pas à vous instruire si cela vous e^t utile, seulement je suis curieuse d'apprendre pourquoi vous étiez si pâle!.. — Vous l'êtes môme encore'; — et pourquoi vous m'avez demandé toutes ces explications?

Louise ne savait que répondre.

Tout à coup elle poussa un rri et élendit la uiaiii devant elle dans la direction de la maison.

— Oh! les voici! les voici! n'est-ce pas? murmura-t-elle.

Julie , de plus en plus étonnée , retourna la tête.

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