‹ Les deux mèresChapitre 45 sur 130 · X. — GUEFFÈS S'EN VA EW GUERRE · texte numérisé non relu

X. — GUEFFÈS S'EN VA EW GUERRE

Méloir srrêla son cheval olregarda ViaeeutGuelfès. Celui-ci ne baissa point les yeux.

Méloir était pâle ; des goultcs de sueur perlaient à ses tempes.

— C'est comme si je fendais mon âme à Satan, murmura-t-il; — mais peu importe! Tu auras les cent écus d'or, la tète du petit Jeaunin et la julie Simonnette.

— Quels sont mes gages?

— Ma foi de chevalier que je te donne, Vincent Guelfes aurait peut-être préféré autre

chose, mais il n'osn pas le dire.

— La foi d'ini ilkislre ehc pliqua-t-il, vaut toutes les

Il toucha son cheval pour se metire sur la môme ligne que Méloir et reiM-it :

— Le traître Maurever a maintenant do la compagnie. Les gensdu village onto!éle rejoindre, après que vos soldats... carxc sont bien vos soldais, messire!... Moi, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour les en empêcher.

— Je m'en fie à toi, maître. Vincent!

— Je suis un homme de paix, messire, et cette catastrophe m'a gravement saigné le cœur... Nous trouverons donc, disais-je, auprès du traître Maurever les manants du village de Saint-Jean... plus sa fille Reine, qui se moqua si bien de vous l'autre nuit, en coupant les cordons de votre escarcelle...

— C'était Beine ? s'écria Méloir.

— Elle aurait pu vous donner de votre propre dague dans la gorge, messire... et les rieurs fussent restés de son côlé. — Je continue : nous trouverons probablement aussi cette bouture de chevalier : messire Aubry de Kergariou. «

— Celui-là, que Dieu le confonde !

— Amen I mon cher seigneur! En conséquence, ce n'est plus un^e meute qu'il nous faut, mais uue armée.

— Une armée I dit Méloir en haussant les épaules, — une armée pour réduire deux douzaines de patauds et quelques femmes I Sont-ils donc dans une forteresse?

— Oui, messire, répondit Gueffès.

— Ils no sont pas au couvent du mont Saint-Michel, je pense? s'écria Méloir.

Guelfes secoua la tête en ricanant.

— Ma foi, répondit-Il, s'ils n'y sont pas, c'est qu'ils n'y veulent point être; car voire duc François est terriblement en baisse parmi les bons moines. Mais, enfin, ils n'y sont pas... Seulement, des murs du couvent qui dominent la ville, on les voit assez bien...

— Us sont à Tombelène !

— Vous l'avez dit, messire... On les voit assez bleu remuer leurs roches et clore leur enceinte... Il y a de bons bras parmi eux, mon cher seigneur, et

LA FEE DES GRÈVES

do bonnes tôles, car leur polit fort prend tournure...

— Hommes d'armes! cria Môloir : — au galop I Les lourds chevaux IVappèrcnl le sable ou mesure.

Ou passait devant le bourg Saint-Georges.

(uielTos, quoique un peu maquiynou, n'était pas un ('ciiyor de première force.

Il so prit à la crinière de sa monture et galopa ainsi aux côtés de Méloir.

l'iusicurs fois il voulut poursuivre la conversation, mais le mouvement de son cheval et le vont de la grève lui coupaient la parole.

Quanil la cavalcade traversa le lieu où le pauvre village de Saint-Jean élevait naguère ses huit uu di.\ cbaumières, Méloir détourna la tète.

Vincent GuelTès pensait :

— Toutes ces bonnes gens se moquaient do moi. On riait quand je passais. Les enfants disaient : voici venir la mâchoire du Normand... la mâchoire avait des dents, elle a mordu, voilà tout.

Et il regardait les places noires qui marquaient l'incendie.

C'était un coquin sans faiblesse, n'ayant pas plus de nerfs que de cœur.

Placé comme il faut, il eût été loin, ce maître Vincent Gucfles!

La troupe do Méloir était campée maintenant dans la cou;' du manoir de Saint-Jean. Les hommes d'armes oecu|iaicnt la salle oii nous avons assisté à eu triomphant souper do la première nuit.

Les choses avaient beaucoup changé depuis lors, à ce qu'il paraît, bien qu'on ue fût sepaié de ce fameux souper que par quarante-huit heures à peine.

Dans la cour, les soudards et archers vous avaient un aspect triste.

Bellissaut, le veneur, lui-môme, grondait, sans motif aucun, ses grands lévriers de Rieux.

Il était pourtant arrivé dans la journée sept ou huit lances de Saint-Hrieuc avec leur suite.

— llolà, qu'on se prépare à partir ! cria Méloir en entrant dans la cour.

D'ordinaire, ce commandement trouvait tous les soldats alertes et joyeux. Ce soir, ils s'ébranlèrent lentement et comme à contre-cœur.

Etait-ce conscience de leur méfait de la nuit précédQute? On n'oserait point l'affirmer.

En tout temps, le soldât se pardonna bien des choses. Mais ces homnies d'armes qui venaient d'arriver apportaient des nouvelles.

La main de Dieu était sur le duc François de Bretagne.

Tout lo monde l'abandonnait.

Et l'on attendait avec une étrange impatience le moment falal,,ri\c par la citation de monsieur Gilles.

Personne ne doutait que François no dût ullor, avant quarante jours écoulés, devant le terrible tribunal où l'app'lait son frère.

Or, riiisloire, si variable en ses autres enseignements, ne s'est jamais démentie sur ce fait : les princes à (lui l'idée religieuse a déclaré la guerre sont perdus.

Soit qu'une excommunication tombe sur leur lèlc rebelle des hauteurs du Vatican, soit que la conscience populaire se mette au lieu et place des foudres de l'Eglise.

Ici, c'était la voix du sépulcre qui s'était élevée, et la voix des morts est la voix de Dieu, comme la Voix du pape ou la voix du peuple.

Au uiùmcut où le chevalier Méloir passait le seuil de la salle où étaient rassemblés ses hommes d'armes,

et

-échaufl'ée cessa

une discussion Irès-vivo brusquement.

Méloir n'en put entendre que quelques mots; mais ce qid suivit lui fut une explication parfaitement suffisante.

Keravcl et Fontebrault se levèrent en même temps à son appiochc.

— Messire, lui dit Keravel, — jo m'en vais retourner à mon manoir du Hiielduc, de vers Ilcnnobont, sauf votre boa vouloir.

— Et pourquoi c'ela? demnnda le chevalier en fronçant le sourcil.

— Parce que mes moissons se font nirtres, répondit le brave homme d'armes avec embarras.

— Du diable si tu te soucies de tes moissons, toi, Keravel! Ma'is va-t-en où tu voudras, lu es libre.

— En vous remerciant, messire.

Keravel s'inclina et tourna les lal'ons.

— Et toi, Fouiebrault, dit Méloir, est-ce que lu aurais aussi fanlaisie d'aller voir mûrir les seigles?

— J'ai reçu avis, m^jssire, répliqua gravement Fontebrault, que ma femme est en voie de délivrance.

— Sarpcbleu! s'écria Méloir, c'est affaire du médecin chirurgien, mon compagnon!

— Sauf votre bon vouloir, messire, je vais m'en retourner du côté de Lamballe, où est ma demeure.

— Sarpebleul sarpebleu !...

Foutebrauli s'inclina'et prit congé.

— Méloir jeta un regard oblique sur les hommes d'armes qui restaient.

Il vit Rochemesnil qui se levait.

— Toi, lu n'as ni moissons ni femme, Rochemesnil I s'ecria-t-il-; je le préviens qu'il y a bataille cette nuit. Si tu veux l'en aller après cela, honte "a toi )

S'il y a bataille, je reste! repartit Rochemesnil,— mais après la bataille, je m'en vais.

— Où çà ?

— De vers Guérande, où monsieur mon cousin Foueher m'a laissé des salines sous son beau château de Carl»«il.

Méloir se laissa choir sur l'unique fauteuil qui fût dans la salle.

— Sarpebleul sarpebleu! sarpebleu! grommela-t-il par trois fois.

Et c'était preuve d'embarras majeur.

— En sommes-nous donc l'a déjà? reprit-il- je crovais que nous avions encore au moins une vingtaine de jours devant nous.

Comme on le voit, entre lui et les autres, ce n'était qu'une question de semaines.

11 demeura un instant pensif; puis il se redressa tout à coup.

— Allons! Rochemesnil, dit-il; — vo-l'en voir les salines que l'a laissées monsieur ton cousin Fouchcr de Carheil et que lo diable t'emporte I

Rochemesnil ne se lo lit pas repéter. Méloir regarda ceux qui restaient.

— Voilà les brebis [.arlies, s'éeria-t-il ; —il ne reste plus eéans que les loups. Sarpebleul mes lils, une dernière danse cl qu'elle soit bonne ! Après, s'il le l'aul, nous aurons toute une quinzaine pour faire notre paix avec le futur duc, — que Sainl-Sauveur protège! ajouta-t-il en loucliant la loque qui templaçait le casqu • conquis par Aubry de Korgariou.

Ce bout de harangue fil assez bon effet. Péan, Coétaudon, Kcrbehel, Corson, Ucrcoat cl d'autres encore se levèrent et dirent ;

— Nous sommes prêts.

— Donc, commeuçouâ le bal ! ordonna Méloir.

LA FEE DES GRÈVES

Chacun s'arma.

On ne laissa pas un seul soldat au manoir.

Bellissaul lui charge tl'cmmeiier les lévriers qu'on

" devait parquer sous la chapelle Saint-Auber, au

Mont- Saint-Michel, afin de couper le retraite aux

proscrits s'ils s'avisaient de vouloir tenter la fuite à

travers les grèves.

A la nuit tombante, la cavalcade sortit du manoir, suivie par les archers et les soldats en bon ordre.

Maître Guelfes était de la partie.

Son souhait se trouvait, du reste, accompli. C'était une véritable armée, une armée trois fuis plus forte qu'il ne fallait, selon toute apparence, pour réduire les pauvres gens réfugiés à Tombelène.

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