‹ Les deux mèresChapitre 44 sur 130 · L.\ FÉE DES GRÈVES · texte numérisé non relu

L.\ FÉE DES GRÈVES

sont-elles au dehors?... Mais Bruno n'est pas là... . où est-il ?

Le malheureux Méloir n'avait garde de répondre.

Il se mil au-devant du nouveau venu qui était le frère Eustachc, ann et compagnon de Bruno.

— Tiens! tiens! grommela Eusiache, — Bruno lui a lié les mains avec une corde et lui amis un IjàiUon sur la bouche... c'est peut-être parce qu'il est enragé..

Mélûirpoussaitdcssonsinarticulés sous sou haillon.

— Bien sûr qu'il est enragé! reprit lùislache; je voudrais bien savoir ce qu'il a fait du pauvre Bruno!

Eustache était partagé entre l'envie de faire retraite et le désir de savoir.

La curiosité finit par l'emporter.

Il s'approcha de Méh ir et lui dit :

— Ne me mordez pas, l'homme, ou je vous assomme avec mon troussfiau de elcfsl

Celte précaution oratoire une fois prise, il détacha le bâillon du chevalier.

— Votre Bruno, s'écria aussitôt Méloir, qui écumait de rage, voire Bruno est un coquin ; vous aussi et tous ceux qui habitent ce monastère maudit. Joiu' dé Dieu! nous verrons si monseigneur François do Bretagne ne tirera pas vengeance de cette indignité !

— Messire, dit Eustache étonné, n'est-ce point monseigneur François de Bretagne qui vous fait détenir en cette prison.

Méloir le poussa violemment, au lieu de répondre, monta les escaliers quatre à quatre, et força l'entrée du réfectoire où le procureur de l'abbé dînait au milieu de «es moines.

Méloir montra ses mains liées et demanda raison au nom du duc de Bretagne.

Guillaume Robert le regarda en face.

— Je vous ai déjà vu dans le chœur de la basilique, messire, dit-il froidement, le jour où le frairicide fut confondu devant Dieu et devant les hommes.

— Le fratricide 1 repéla Méloir qui recida stupéfait;'— est-ce de monseigneur François que vous parlez ainsi?

Guillaume Robert ne répondit point.

— Déliez les mains de cet homme, dit-il; — si le village qu'il a incendié hier était de Normandie au lieu d'être de Bretagne, je jure Dieu qu'il ne sortirait pas vivant du monastère de Saint- Michel.

— Un village incendié! balbutia Méloir.

— Va-t'en I lui dit encore le procureur; ton duc a le pied droit dans la tombe. Je prie Dieu qu'il lui inspire des sentiments de pénitence.

— 11 faut, en effet, que monseigneur François de Bretagne soit aux trois quarts morte pour que ce moine parle de lui en ces termes, pensa Méloir; j'ai gâté ma partie, le diable soit de moi!

En arrivant dans la cour, il trouva ses hommes d'armes qui l'attendaient.

Comme il allait passer la porte, son regard tomba sur deux ou trois douzaines do pauvres hères qui l'ccevaient des aumônes de vivres sous la tour.

Parmi eux, il reconnut maître Guelfes, lequel faisait bois de toutes flèches et empochait bravement e pain de Dieu

— Viens avec moi, lui dit Méloir.

Vincent Gueffès s'inclina et obéit.

Méloir lui fit donner un clievul. On prit au galop la route du manoir de Saint-Jean.

Pendant la route. Guelfes dit bien des fois k Méloir:

— Mon cher seigneur m'a ordonné de le suivre?.., Méloir ne répondait pas et restait enfoncé dans sa

sombre rêverie.

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dire. J

hcvalier tel que vous, ré- I eciranties du monde. 1

Arrivé en terre ferme, il set tourna brusquement vers Gueffès.

— C'est toi qui as mis le feu au village, dit-il.

— Non, messire, ce sont vos braves soldats...

— Ce doit être toi ! tu ne seras pas puni... si tu me dis où est Maurever !

— Je dirai à mon cher sergncur où est Maurever, répondit Guefi'ès avec assurance,— à condition ([u'on me donnera : 1" cent écus d'or; H" la tête de ce peiit malheureux Jeonnin, le coquetier; 3° la fille de Simon Le Prior, Simonuctte,dont je prétends me venger quand elle sera ma femme.

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