‹ Les deux mèresChapitre 73 sur 130 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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VIALAT ET C", IMPRIMIîURS Et EDITEURS.

Il lul jiressè, enlouri?. enlevé par mille braa el l'orlé an Iriômptie,

ŒUVRES COMPLÈTES DE M ElfiÈ^E SCRIBE

DE L'ACAbKMIE FRANÇAISE

PIOUILLO ALLIAGA

LES MAURES SCUS PHUIPPE III

LES FPERO? TiE NAVAIlUK.

C'était jour de marché à Pami)oluiio; la foule qui se rendait à la grande place s'était arrêtée devant une pancarte aflSchée à la porte de la Gefaiura, l'hôtel du

corrégidor. Le'; paysans, déposant les bannes de léi:umes et de fruits on les barils d'huile et de U'urre qu'ils portaient sur leurs épaules, conleniplaient cette alliche avec une attention si longue et si soutenue, qu'on aurait pu croire qu'ils la relisaient pour la seconde ou troisième fois, si aucun de ces braves Navarrais eût pu être soupçonné de savoir lire ; or. comme il y a dans

LAGNY — Imprl,,,,.,^. ,1e Vm

PiQUILLO ALLIAGA.

la fon](î un aimant qui attire la foule, le flux devint liienlôt si funsidéralile, quel.^ n'iluxs'ctcndit de l'autre (■(Mé lie la rue des Dnltiers, devant les carreaux de la IjoiitiquedeGongarellù, le ijar]jier,qui rasait alors une pratique , et qui. surpris de cette éclipse soudaine, fut obliiTé de s'arrêter, attendu que le jour lui manquait.

Aben-Abou, connu dans le quartier sous le nom de Gonuari'llo, ('Iqit un ijelit liomme liruii, joyeux, goguenaril. coinine les liai'liiers ses confrères, et de plus, inlellit;.-nl et i udiislrii'ux. connue tous ceuxdesaivttiou; il était Alaui'c d'origine, et son aclivilé contrastait singulièremeut avec l'antipatlii(^ de ses grayes voisins, pur sang espagnol, vieux diréliens et descendants de Pelage ; anciui liarLier de Pampelune n'avait plus de jn'aliqucsque lui; aussi tous les mois était-il régulièrement dénoncé à l'inquisition iiar quelqu'un de ses confrères, imnr (ciiiic deséilititm, irimpieté ou de sorcellerie.

Gongarello , fendant la foule qui alistruait sa porte, s'approcha, non sausj peine, de la pancarte oiiicielle, et, sans attendre qu'oii Ven priât, se mit à lire, à haute voix, l'afliche rouge el noire qui décorait la porte du corrégidor; elle était ainsi conçue :

« Fidèles bourgeois de Pampelune! notre bien aimé « seigneur Phiïiiipe HI, roi de toutes les Espagnes et 0 des Indes, ^eut, à soii avènement au trône, visiter « les provinces basques et ses bonnes villes de Sara- « gosse et d« Pampelune : il fera ce soir, aux llam- « Ijeanx, son entrée, Sftl^mielie dans .nos murs ; nous « cliarg.'ons les corrég'.dors, algua/Jls el familiers du « Saiut-O.lice des dispositions à prendre dans chaque « qnarf.i'r pour le passage du cortège royal. « Signé : le gouverneur,

COMTE ]iE Lkmos. »

Et plus bas :

« Le carrosse de Sa Majesté, celui de Son Excellence « le comie de Lerma, les voitures de la cour, précédés « du régiment de l'infaute et suivis du ri'giment des « gardes, entniront par la porte de Gliarles-Quint, et « suivront la rue; de la Tacoanera jusqu'au palais (]u « viiiti-i',o.i, où doit descendre Sa Jiîajesté. Stic le pas- « sage du cortège, toutes les fenêtres seront illumi- « nées, pavoisées , ornées de fleurs, ou porteront les M armes d'Espagne et celles du comte de Lerma, pre- « mier ministre. Nous n'avons pas besoin d'engager la « fidèle et loyale population de Pampelune à laisser <( éclater les témoignages d'^thopsiasme çt de dévoue- « ment qu'elle renferme en son cœur })our son bieu- (( aimé souverain.

« Les contrevenants seront signalés au Saint-Ollice « par nous, .losué Galzado de las Talbas, corrégidor. »

A peine Gongarello achevait-il cette lecture, que le corrégidor apparut im instant au balcon de sa maison, el, levant en l'idr sou feutre qu'ornait une large plume noire, s'écria : Vive PItilipiio lll! vive le comte de Lerma, son yloricux minislrc!

Gonunc un écho lidèle, la multitude répéta le même çri; quidquos nnuanures partirent seulement d'un groupe qui était sous le lialctin. IJn lionime grand et 5pc, qu'à sa nioùslache mive ou eût pu prendre

pourun ancien soldat delà vieille infanterie espagnoli', et qui dans le fait n'était autre que Ginès Pérès d(^ llila, hôtelier au Soleil-d'Ôr, se mita tousser d'iui air d'autorité qui laissait entrevoir une nuance de méconti'ulement.

— Qv.t} nous nicevious à Pampelune, dit-il, nuire nouveau roi, la cour, et surtout le comte de Lerma, dont la suite est, à ce qu'on prétend, plus nombreuse que celle di'. Sa iMajesté, je le veux bien ; le comlr ne regarde pas à la (lépe.nse, ses gens tiennent à '''le bien servis, ils \ iendcpnt dinerau Soleil-d'Or.

— l-ltcommanderonl quelques habits de gala pi lui" les fêtes, ajouta maitrc Tçuxillo , le riche t.iiUeur, qui yçivtit d'avriyer et de sp mêler à. la foule...

— Mais, continua Ginès Pérès de Hila eu élcvani 1 1 vojx, à quoi bon ces deux régiuumls* ([u'on nous annonce, celui des gardes et celui de l'iiifanle':'

— Gelui de l'Infante! ditTruxillci en pâlissant.

— - Précisément, reprit le barbier lioqgarello, celui qui a déjà séjourné ici l'année dernière, à telles enseignes que vous .:ive? logé chez vous un brigadier de ce régiment, le seigneur Fidalgo d'Estrèmos, que je rencontrais parfois donnant le bras à la senora Pejiila Truxillo^ votre femnte.

— Fididgod'Estrènios,, baljiutiale tailleur, d'un air visiblement coidrarié.

— Joli garçon, mafoi, que j'avais l'iifinueurde raser. — 'fout ce qu'il vous a dit n'étail ([ue mensonge ! s'écria le maii irrité.

— li ne m"a rien dit, répondit tranquiUemeiil le barbier.

— Il n'en est pas moins vrai, reprit l'huleljer ea élevant encore plus la voix, que noire compère et voisin ■fraxillo a raison. Une foale d'inconvénients signalent toujours dans une grande ville ie passage des troupes, sans compter ([ue ces soldats seront tous logV's et nourris chez le bourgeois.

— C'iîst vrai, c'est vrai! crièrent plusieurs manh.'i mis.

— Et ceux qui ont le malheur d'avoir de belles maisons, continua l'hôtelier, de vastes boutiques ou de spacieuses hôtelleries seront accablés de hilletsde logemeut.

— Il faut pourtant bien, dit le barbier, que notre seigneur et maitre, le nouveau roi, ait autour de lui des soldats pour le garder.

— Non, il ne le faut pas! s'écria un homme aux larges épaules, à la barbe rousse et épaisse et à l'œil farouche, qui s'élança sur une boime, et de cette tribune improvisée domina l'assemblée; non, il ne le Uud pas! la loi et nos droits s'y opposent.

— Il a raison ! s'écria l'hôtelier.

— Très-bien ! plus haut ! cria le tailleur.

■Vingt ou trente conversations paclicnlières qui se cfoisaient alors s'arrêtèrent tout à coup. Un profond silence se-tit dans le groupe. Il gagna les groupes \oisins, et chacun prêta- une oreille attentive à l'orateur, qui poursuivit avec véhémence :

— Lorsque le défunt roi Philippe II, sous pn'lexte de poursuivre Antonio Pérès, est venu à main ar.iii'e détruire les fueros d'Aragon, il n'avail qu'mt regret, c'était de ne pouvoir traiter de même les fueros deNaya,rre, et, ce que n'a pas osé faire Philippe II, voilà son

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