MON FIL
« Voici la première fois que je vous écris, et c'est, « grâce au ciel, pour vous envoyer de i)onues nouvelles, « pour vous apporter espoir et consolât ii m. Nous avons « appris par Gongarello, qui vous renifit ra cette lettre, « et votre captivité au couvent d'Alcala, et les pièges a qui vous environnent. Késislez et ne craignez rien. B Votre frère Yézid est toujours jwursuivi, il est vrai, « mais il est en lieu sur, on ne peut le découvrir, et « j'ose espérer pour lui de puissantes protections (pii « obtiendront sa grâce. .\ïxa, votre sœur, veuve et « libre, est retournée à .Madrid. Ce n'est jilus la fille « du Maure ni l'enfant adoptif de don .Juan d'Aguilar, a c'est la duchesse de Santarem qui emploie ses amis « et sou crédit à votre délivrance. Vous avez, m'écrit- « elle, de redoutables adversaires, l'archevêque de « Valence,Ribeira,quevousavezmorlelb;ment offensé; « mais elle ne désespère point du succès; le zèle ne lui « manquera pas, ni l'or non plus, je vous Vatles'e. a Prenez donc courage, votre nouvelle famille ne vous « abandonnera jamais. Résistez aux eoibùches que « l'on veut vous tendre, restez fidèle à noire croyance, « au Dieu de nos ancêtres, et pensez à votre pèr.-. qui « vous aime et vous bénit.
« DEL.iSC.^R D'ALnÉRIOtE. »
Cette leltre,qui eût désespéré tout autre qu'Escobar et lui eut démontré l'inutilité de ses efforts, lui avait fait entiwoirau contraire la possibilité du succès. Elle lui apprenait d'abord des liens de pareuté qui lui semblaient en contradiction avec ceux que redoutait le duc d'Uzede, mais il n'était point chargé de débrouiller unmystère dans lequel la Giralda elle-même n'avait osése prononcer; il lui sufhsait que celte parenté, fausse ou véritable, eut cpf-é dans le coeur de Pii|uillo une affection tendre et profonde, un dévouement de frère et de Uls; c'est là-dessus qu'il fallait calculer. Cet L-crit lui apprenait ensuite que, récemment admis dans la famille du Maure, Piquillo n'avait encore reçu de lui aucun message, aucune lettre... c'était la première! Il ne connaissait donc point l'écriture de d'.\lbérique. C'était un graud point. S appuyant alors de toutes ces circonstances et surtout de la haine que Ribeira portait au jeune novice et qui déjà lui était connue, Escofjar s'était bâté de composer et de transcrire nue autre lettre, celle que Piquiiio avait lue. Pour quicoutiue connaissait, comme Es-'obar, le cauir du jeune homme, son àme ardente et géu-^reuse, sou abnégation de lui-même et son dévouement au devoir, cetUi lettre était un chef-d'œuvre, c'était la plus adroite, la plus infernale et la plus rare des combinai-
PIQUILLO ALLIAGA.
m ré.érend, dil le jeni.e m.lilaire, c'csl supérieur... je viens ie la part du t
I sons! combinaison douteuse ailleurs et qui, ioi, était
j immanquable; ou avait spéculé sur l'honneur et la
vertu! Piquillo devait en être dupe.
Tout sapprèta pour la c^^rémonie; mais pour des
I raisons que l'on devine aisément, au lieu de donner
î un grand éclat à leur triomphe, au lieu de compléter
par la publicité la défaite de l'archevêque de Valence,
j les bons pères, par une affectation de modestie etd'hu-
; milité chrétienne, dont ils comptaient bien se dédoui-
i magerplus tard,voulurent que tout se passât sans bruit
et sans faste, entre eux, dans l'intérieur du couvent,
j et sans appeler à cette solennité les fidèles du dehors.
Pour Piquillo, nous l'avons dil, il avait demandé à
ne voir personne.
Il pleurait et il priait!
Le frère Escobar vint frapper doucement à la porte de sa cellule. Piquillo n'ouvrit pas.
— Mon frère, dit le prieur, le révérend père Jérôme m'envoie vous demander si vous consentez àcequela cérémonie ait lieu d'aujourd'hui en quinze?
— Le plus tôt possible, mon frère, répondit Piquillo d'Une voix tremblante.
— La volonté de Dieu soit faite et la vôtre aussi, mon frère ! dit Escobar ; ce sera donc pour dans huit jours, le jour de la Saint-Louis.
Piquillo ne répondit point.
— Qui ne dit mot consent, pensa Escobar, et il descendit annoncer au révérend père Jérôme que le novice avait lui-même choisi le jour de la Saint-Louispour recevoir le baptême et prononcer des vœux éternels! i