VIT
Ernest et M. G passèrent toute la
soirée à jouer aux échecs, sans que la jeune fille descendît de sa chambre; mais elle les avait habitués à ces absences capricieuses.
A onze heures , ils se séparèrent.
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M. G se mit au lit. Ernest sauta delà
fenêtre de sa chambre dans le jardin , et il erra sous le balcon où il avait souvent vu Pauline demeurer une partie de la nuit.
Elle y était... Sa robe blanche et sa Ggure, sur laquelle les pâles rayons de la lune jetaient un reflet magique, se dessinaient mys* térieusement dans l'ombre.
L'amant s'imaginait voir une fée , ou une de ces apparitions surnaturelles dont le récit effrayant et doux à la fois avait charmé son enfance.
En effet, à son immobilité, à ses yeux éternellement fixés sur les astres de la nuit , on eût dit un être immatériel communiquant avec ces mondes célestes.
Plusieurs fois , il fut sur le point d'attirer son attention par quelque bruit ; mais, pour
ne point céder à la tentation qu'il en éprouvait, il s'éloigna en silence, et bientôt il s'endormit plein de joie et rêvant au bonheur qui lui était réservé.
Vers la même heure de la nuit, une autre jeune fille était aussi accoudée à sa fenêtre, immobile et les yeux fixés sur ces astres brillants que , dans le langage poétique de son pays , elle appelait la couronne diamantée du ciel.
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Touchante sympathie de deux âmes réunies encore , malgré la séparation , par un lien invisible.
Julia pensait à Pauline.... Son regard , tourné vers la partie de la voûte étincelante, au dessous de laquelle son amie reposait sans doute en ce moment, pensait-elle , s'arrêta sur une petite étoile, pâle, d'une lumière douteuse, qu'elle découvrait à peine dans cette région éloignée.
Elle la contempla long-temps, comme si elle eût cherché à y distinguer quelque chose. Puis, entraînée par le cours de ses réflexions, elle se mit à penser tout haut :
« Charmante petite étoile, qui brilles discrètement au dessus de sa demeure , mystérieuse et douce comme elle; charmante pe-
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tite étoile du ciel , ù dis-moi , n esMu jms la sienne?... »
Ici, elle se tut; mais ses lèvres continuèrent de s'agiter, comme si elle murmurait encore de tendres paroles
A la fin , Julia changea d'attitude. Un soupir étouffé s'échappa de son sein. Elle pensait, avec dépit, à ses vains efforts pour connaître la cause du chagrin étrange qui accablait Pauline. Elle l'accusait de manquer de confiance en elle, et croyait trouver là une preuve de la faiblesse de son attachement.
— Est-ce possible î se dit-elle , si réservée, si dissimulée avec moi qui n'ai rien de caché pour elle! Est-ce donc là une véritable amie!
Puis elle se nût à réfléchir aux choses
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extraordinaires qu'elle avait vues, à l'amère et profonde impression , au douloureux souvenir qui pesait sur cette frêle existence de jeune fille et l'affaissait peu à peu...; et alors elle ne se plaignit plus, elle n'éprouva plus qu'un sentiment de vive et tendre compassion....
— Il faut pourtant que je le sache ! s'écria-t-elle après une pause et en portant son mouchoir à ses yeux ; il y va de son bonheur, peut-être de sa vie.
Julia ferma brusquement la fenêtre et se disposait à s'aller mettre au lit. Comme elle passait prés du piano, elle s*y arrêta.
Dans l'état de tendre mélancolie où elle se trouvait plongée , l'instrument , touché par elle, sembla soupirer des notes plaintives. Elle improvisa , avec la merveilleuse facilité ita-
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lienne , des accords si përicliaiits, si tristes, que ses larmes coulaient le lon(^ de ses joues.
Puis , sans cesser de parcourir les touches sonores, elle se livra à ce travail intérieur si bien connu des véritables musiciens , dont l'imagination , bercée dans les douces mélodies écloses sous leurs doigts , s'élève peu à peu sur les ailes de l'inspiration, et, dans son vol capricieux, passant du connu à l'inconnu, arrive dans un pays enchanté où lui apparaissent de merveilleuses et sublimes visions....
En cet instant, elle entendit un léger bruit dans sa chambre. Elle se retourna vivement, et elle vit. , elle^crut voir une
forme blanche passer devant elle....
Pauline ! s'écria-t-elle en se levant avec
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précipitation ; et elle courut pour la saisii* dans ses bras.
Rien !... Il n'y avait rien.
— Et pourtant je l'ai vue ; elle était là, ditelle après avoir regardé par toute la chambre—
Soudain une idée affreuse frappa son esprit; elle se jeta à terre en joignant les mains : Mon Dieu ! s'écria-t-elle , faites que cela ne soit pas !
C'est une croyance , pour beaucoup de femmes , que de semblables apparitions sont un présage de mort.
Cette pensée fit frémir Julia , la plongea dans un trouble inexprimable , et ce ne fut que long-temps après qu'elle se calma , se promettant bien d'aller le lendemain au château pour dissiper ses craintes.
Le lendemain , quand la femme de chambre de mademoiselle G se présenta dans
sa chambre pour Taider à sa toilette, elle fut surprise de voir que sa maîtresse ne s'était pas couchée.
Pauline était encore étendue sur une bergère placée à l'entrée du balcon , la tête inclinée sur le dossier.
La camériste allait se retirer sans bruit
pour ne point troubler son sommeil, quand, frappée de l'étrange pâleur de Pauline , elle s'approcha plus prés, et reconnut, avec terreur, que sa maîtresse n'était plus.
Elle était morte sans souffrance physique apparente ; mais qui pourrait dire ses souffrances morales dans cette nuit funeste?
Sans doute , poursuivie par ce baiser fatal qui l'avait pénétrée d'horreur, et dans lequel elle avait cru sentir le souffle empoisonné qui causa la mort de sa mère....; sentant aussi qu'elle aimait cet homme ,
qu'elle passerait dans ses bras..., elle avait demandé à celui qui peut tout de ne pas permettre ce sacrilège et de la rappeler à lui , pure comme elle avait vécu.
Dieu l'avait exaucée î
Une heure après , Julia arrivait à la grille du château , inquiète et impatiente de revoir son amie. Elle vit entrer, en même temps qu'elle, un homme vêtu de noir.... Un médecin ! pensa- t-elle ; et elle vola à Tapparte-»
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ment de Pauline, de Pauline qui ne devait plus répondre à ses embrassements.
Le docteur, qui, autrefois, avait donné des soins à la mère, dit, après avoir examiné le corps de la fille : C'est la même maladie que celle de madame G , une affection de poitrine.
Quand il se fut retiré, Julia voulut rester seule avec les restes de son amie.
Elle imprima ses lèvres , en sanglotant , sur cette bouche et ce front à jamais glacés :
— Pauline ! Pauline ! Pauline chérie ! ne
m'entends-tu pas? s'écria-t-elle Puis,
après une pause solennelle , elle ajouta :
— Non, celui qui sait son secret Ta rappelée à lui. Douce fille du ciel que personne n'a
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comprise sur cette tern^ , adieu ! . . . adieu ! . . . Tu ëtais pure et belle comme les anges, tu devais rester parmi nous, puis t'en aller mystérieuse comme eux.