UNE COURTE EXPLICATION
Le soulèvement généfal de l'Espagne , en 1808, n'a jamais élé envisagé comme il devait Tétre. Pouf réxpiiqUer, on s'est perda dans les mystères^ de là politique i on si évoqué des sentiments chevaleresques, des dévouements sublimes , des résolutions héroïques : au lieu de se donner tant de peine , il ne
fallait que se rappeler le vieil adage : les grands effets par les petites causes.
Témoin oculaire de ce qui s'est passé à cette époque, nous allons dire en peu de mots ce que nous avons vu , de nos yeux vu : peut-être le lecteur admettra -t- il ensuite la conséquence que nous avons cru pouvoir en tirer.
Avant le départ de Charles IV pour Bayonne, Piapoléon inspirait un tel enthousiasme dans la Péninsule , que lorsqu'il y eut fait répandre la nouvelle de son arrivée prochaine , le peuple s'empressa d accourir de toutes parts pour élever des arcs de triomphe sur son passage. Les officiers français qui se rendaient U Madrid étaient entourés , pressés , fêtés ; 01 les arrêtait à chaque pas pour savoir quand viendrait le grand Empereur; et si leurs réponses se trouvaient conformes aux désirs et aux espérances, des cris de joie, des acclamations étourdissantes les accompagnaient depuis la frontière jusqu'à la capitale. C'est qu'alors, à tort ou à raison, nous ne discuterons pas ce point , le prince de la Paix était en horreur à la nation entière, qui se flattait que le héros
couronné , dont elle connaissait la toute puissance , voudrait livrer un ministre coupable à la vengeance du pays. L'exaspération causée par Godoî ne saurait se décrire ; il n'était pas un individu , pas une femme, pas un enfant, qui ne prononçât son nom avec une fureur frénétique; et, en différents endroits , en regard du trophée érigea Napoléon, avait été dressée une potence pour le favori de la reine.
Si . à cette époque , le vainqueur d'Austerlitz eût dit aux Espagnols : « Je viens punir celui qui mérite votre colère , et régner sur une nation glorieuse , à laquelle un monarque affaibli pe peut plus donner ni prospérité, ni grandeur v : le royaume aurait accueilli cette déclaration avec transport, et se serait dévoué pour jamais à son nouveau souverain. |Iais, au contraire, les événements d'Aranjuez ne tardèrent pas à avoir lieu : Murât , d'après ses instructions , arracha le prince de la Paix à la foule impatiente qui d'avance se réjouissait de son supplice ; et, à Tinstant môme, la rage d'une multitude fanatique se tourna contre les écrangers qui prétendaient lui ravir sa victime. Dès ce jour, une guerre d'extermination fut
JQfée, et ce qtie n^aurait pn on gouvemenient éner* giqne et habile, là haine «ut Taccomplir adssitOt : pailoat on courut atix armes; partout Fassasaioat de** vint le plus saint des devoirs.
Cette flirte une foid déchaînée, le clergé, qui voyait dans nn règne éclairé et fort ta perte de ses richesses et de son inflnence, travailla avec ardeur à Te^dier de plus en plus; néanmoins, les moines et les congrégations religieuses étant seuls menacés par la chute du trône des Bourbons, la superstition même aurait difficilement amené les masses à agir avec ensemUe, si déjà Texaltation de» esprits n*avdt réuni dans un intérêt commun et les villes et les campagnes.
Des révoltes éclatèreot bientôt sur divers points ; à Madrid, à Burgos, à Santander ; mais c'est en Na^ varre (pie âe montrèrent pour la première fois ces bandes ou guérillas , qui , servant d'exemple aux autres provinces, finirent par rendre si difficile la position des Français.
Nous allons suivre, dè$ leui' origine, les deux chefs qui ont créé et organisé ces corps de partisans; et, sans entrer dans les détails de leur existence
aventorease , nous eo dirons asseï pour les faire bien connaître , et pour donner en même temps l'idée la plas exacte d*ane guerre dont les résultats, aux yeux de rhumanité et de l'honneur, ne parviendront jamais à justifier les moyens.