CONSPIRATION
La scène se passe en Navarre , au commencement d'ayril 1 809, dans une salle du couvent de tas Descatzi» ( 1) à Pampelune.
Une lampe placée sur une mauvaise table, des chaises en paille, un crucifix en bois noirci par le temps, avec un bénitier scellé un peu plus bas dans la muraille, composent tout le mobilier de cette pièce délabrée et obscure.
Une trentaine d'individus, de tout âge et de
(0 Les Cannes d^ausséSt
tontes conditions, arrivent successivement, se saluent en silence, et vont prendre place sur les sièges rangés autour de Tappartement.
FRiBE IGNACIO, an mUicn du cercle»
Les membres de la junte de Navarre sontils tous réunis?
Xâ\I£R t jenne étodiant , debout près de U porte.
Tous : moins don Yicente Ramon, fusillé hier par les Français.
FBSRE IGNACIO.
Dieu veuille avoir ^n ftme et permettre bientu le cbâtiment des sacrilèges. (Sf mff»êimt.) In nomine Patris et Filii et Spiiltû^ sancti. . « . • , .
Il s*agenouille et récite une prière, qui est dite aussi par tous les assistants; puis il se lève, rejette en arrière le vaste capuchon qui recouvrait sa tête , et laisse voir une figure vigoureusement dessinée et empreinte d'un sombre fanatisme.
{D'une vùix forte et sonore,) Frères! il est
Ud D£iX MlUA* }
tiititiie, je pense, de tous retracer erieore le ta-» bleau des calamilés qui pèsent depuis trop lodg^ temps sur ûous : yoos cdniiaisses assez les idanx accumulés sur notre pays, par des hommes sans frein et sans religlou. Non content de rayager nos campagnes et de porter la désolation dans nos familles, savez^Yous ce que vient dé prescrire celui que, dans sa rtige implacable^ Tènfer à Tomi sur la ten e pour le malheur de l'Espagne et-la perte éternelle des nations?.. y Écoutez bien! Napoléon Tordonne : tpus ceu^ qui comme nous vivent dans une retrate sainte, pour sertir Dieu et implorer en faveur dé lètirâ semblables sa bonté et sa miséricorde» vont être expulsés de Jeurs asiles, enlevés à leur patiie^ et trans^ portés dans le Nofd.
TWS.
Dans le Nord!
FAÈàB JGNACIÔ.
Om, me» amis, dans le Piord; sous les frimas glacés de trette horrible France où la nature
est sans vie et le soleil sans chaleur; où le Ciel fait expier aux hommes, par la privation de tous les biens , les impiétés dont tant de fois ils se sont rendus coupables (i).... Je vous vois pâlir et de crainte et de colère; mais rassurez-vous! le jour du cbâliment approche : les héros de Baylen sont là pour nous protéger de leurs glaives invincibles (2). Imitons leur audace; montrons
(i) Ces idées extraordinaires sur un pays si voisin de la Péninsule étaient alors tellement répandues, qu*un Espagnol s'effrayait beaucoup moins de la mort que de la déportation. On voit par là combien, à cette époque, étaient rares les rapports entre deux nations que séparaient seulement les Pyrénées.
(a) On sait que le général Dupont, envoyé en Andalousie pour combattre rinsorrection de cette province , mit bas les armes à Baylen, ayant sous ses ordres plus de vingt-deux mille hommes d*infanterk et trois mille de cavalerie. CeUe affaire déplorable, que Ton ne peut expliquer encore, commença les désastres de la France.
D'après la capitulation , les troupes devaient être renvoyées par mer à Rochefort; cependant, non-seulement le général espagnol Castanos ne se fit aucun icrupule de trahir la foi jurée; mais on verra plus tard de quelle manière furent traités ceux que t*on retint prisonniers contre tout les principes de la guerre et toutes les lois de rhonnear.
égalemeDt notre courage. Oui! brates Natarrais, il ne s'agit {iliis aujourd'hui de gémir sur nos infortunes» il faut combattre pour chasser nos tyrans et délivrer Ferdinand YII^ le seul souverain digne de notre confiance et de notre amour.
TOUS
Mort aux Gavachos! (j) Vive Ferdinand et la glorieuse inquisition !
FAÈRB IGNACIO.
Chut! de la prudence : quoique Ton ne puisse nous entendre du dehors , nous devons craindre néanmoins jusqu'aux échos de nos murailles.... Maintenant, frères, j'ai à vous faille connaître
(i) Gavacho e«t un terme de mépris donné en général , par le peuple espagnol, à tous les étrangers. Govairurias prétend qu*il vient de Cabaii ou Cavaii^ nom des habitants du Gévaudan , que les Espagnols appelaient Gavachos. Ces montagnards, pour gagner leur vie , exerçant dans la Péninsule les métiers les plus vils , on a appliqué, par la suite, la môme dénomination à toutes les personnes mal vêtues ou peu lionoràUes.
9 tM DEUX MINA.
l'objet de noti^ réunion de ce jour. Les noateUes qui nous parvieiment des provinces sont de natnre à Bontenir notre espoir : partout la population supporte avec impatience le jorig dtf la conquête et appelle de ses vœux l'instant de combattre ses oppresseurs; paiHout, à notre exemple, des juutes secrètes (i) se forment pour oi^iniser l'insurrection et diriger le zèle ; de toutes parts enfin on rassemble des munitions et des armes , et Ton se prépare à une lutte sanglante. Nous! les premières victimes d'une nation lâche et perfide, ne devons-nous pas aussi être les premiers à tirer veugeance de nos affronts?
TOCS.
Oui! oui! les premiers.
PLUSIRUaS DBS ASSISTANTS.
Est41 dans le royaume des cœurs plus dévoués à la patrie!
(i) Junta^ en espagnol, veut trémas, «siemblage. On ceikQolt, d*aprèa cela, comment ensuite ee mot a désigné une réunion d*individus et une assemblée politique .
us MDX nmA. 7
OSCAHIZ» tkU liabiUBt % pMuptittnc
Oo Mit c« que peuvent tes IwaVes NaTïirais; {avec hésitation.) cependaut, senores, letaoldatl que nous yoplom combAttre odt trbatpbé 4e l'Europe entièra, et pour se mesurer .a?eÉ en je ue vois pas quels sont nos moyens* .
X4VltR.
Les Français ont-ils triomphésur les bords du Guadalquivif (i), senor Oscari*^ Vous dô^ mandez quels sont nos moyens: Sagonte et Sa^ ragosee nous ont fkit voir ce que peuvent des ilfemmes et des enftmts lorsqu'il s'agit de dé^ fbndie son indépendance:
tous.
Il a raison.
FAÈRB IGNACIO.
Bien dit, Xavier : le poignafd n*a paà besoin d'une main vigoureuse pour foire des blessures profondes. Si nous ne pouvons opposer des ar-
(i) FletiTe qui passe à Andujar et près de Baylen.
8 ISS DEUX MINA.
mées à nos adversaires, qu'ils tronvent dans l'air qu'ils respirent des éléments de destruction et de mort.
{Jprèstm silence.) A,rmttovLl,(vèves^ il est une chose sur laquelle nous devons nous entendre. Des efforts isolés deviendraient inutiles ; il faut donc que nous prenions les ordres de la junte suiMrème, qui pendant Tabs^ice de notre roi bien-aimé s'est emparé des rênes du gouvernement. D'après cda vous reconnaîtrez la néces- Até d'envoyer sur-le-champ l'un de nous à Séville ; mais comme, la mission est périlleuse et que tous voudraient s'en chaîner, le hasard seul décidera quel est celui qui devra risquer sa tête.
TOUS
Rien de plus juste.