SCENE I
LE CAPITAINE bt ULPIANA.
Sur le soir d'uae d«s plm chaudes j<Huniées d'août, Ulpiana eM sMsise près d'une eroisée , occupée A'm tmyaai à l'a^oille. Le eofitaim
128 LES DEUX MIIXA.
Léonce r assis à ses côtés, la considère avec une tendre sollicitude.
LEONCE.
El) quoi ! Ulpiana, toujours la même réponse ? n'en obtiendrai-je donc jamais une plus favorable?
ULPIANA.
Jamais.
LEONCE.
Que ce mot est cruel ! devriez-vous me parler ainsi, quand vous savez combien je vous aime? Il n'est pas de sacrifice que je ne sois prêt à vous faire: je donnerais, si vous l'exigiez, jusqu'à mon existence même, et pourtant rien ne peut vous toucher, rien ne saurait attendrir votre cteur, qui pour moi demeure froid et inflexible.
ÙLPL^NA.
Je ne mérite pas ce reprocbê. Don Léonce.
Vous avez obtenu de md tout ce que je pouvais vous accorder sans me i^ndre coupable. Dans le
priDcipe, je n'ai vu eu vous qu'un ennemi de mon pays, et alors J'en conviens, j'avais pour votre personne sinon de la haine, du moins Téloi-gnement que tout étranger devait naturellement m'inspirer : mais ensuite , quand j'ai connu votre caractère , quand j'ai vu votre humanité à l'égard de mes compatriotes, votre bienveillance envers les habitants de ce village , je n'ai pas tardé à revenir de mes préventions contre vous ; enfin mon père m*a confié ce qu'il devait à votre modération généreuse, et dès ce moment je vous ai voué une amitié éternelle. Vous me connaissez assez, je pense, pour croire que je ne manquerai jamais à cette parole ?• . . Oui ! soyez-en sûr, de près ou de loin, je m'intéresserai constamment à votre sort : je ressentii^ai plus vivement que s'il s'agissait de moi-même, tout ce qui pourra vous arriver d'heureux ou de contraire. Est-ce faire preuve, comme vous le dites, d'un cœur froid et inflexible?
LÉONCE
Sans doute, chère Ulpisma, j'attache un prix
extrême à votre amitié; mais est*il possible que je me contente de cette assurance?
ULPIANA,
11 le faudra pourtant; car, je vous le répète, jamais vous n'obtiendrez autre chose de moi.
Écoutes, Don Léonce, je vais vous parler aujourd'hui avec une entière franchise. Quel est votre but en cherchant à me faire partager votre tendresse? ou votre espoir est coupable, ou vous êtes guidé par des intentions pures. Dans le pre* mier cas, pensez-vous que je doive céder à vos désirs et m'exposer bientôt à l'abandon et à la honte? si, au contraire, vos vues sont droites et honorables, je ne peux encore consentir à vous entendre, car la juste animosité de ma nation contre les Français rendrait notre alliance impossible. D'ailleurs, voussavezjusqu'oùvamonat* tacbcment pour mon pays : à toit ou à raison, je n'épouserai jamais celui dont le devoir est d'ap« porter chez nous l'oppression et l'impiété. Enfin, vous appantoiez à une famille puissante et lidie,
tandis que je ne suis que la fille d*un pauvre laboureur, et cette dernière considération suffirait seule à mes yeux pour nous séparer à jamais.
Ainsi, vous le voyez, Don Léonce, tout s'oppose à ce que je me rende à votre amour. Si vous voulez que je vous écoute , que j'éprouve du plaisir à vous voir près de moi, cessez de m'en entre* tenir davantage.
LiONCE.
Vos raisons seraient faciles à combattre, Ulpiana ; mais ce qu^elles me prouvent clairement , c'est qu'un autre est sans doute moins malheureux; et cette conviction, en m'afiligeant plus que je ne le saurais dire, me réduit nécessairement au silence.