‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 20 sur 45 · XI I · texte numérisé non relu

XI I

L'BBPAGNOLl:.

Tous! qui sur la foi de vieux faUiaux ou de récits mensongers, voyez encore dans Ia patrie du Cid et des Abencérages, les amours soupirer tristement sous les grilles et les verroux, cessez de vous eflOray^ de ces peintures infid^es. EHes ne sont plus les duègnes rébarbatives et ty-

raBoiqaes! et vainement aussi tous chercheriez des traces de cette jalousie cheyaleresque qui veillait sans cesse auprès de deux beaux yeux, prête à ai*mer d'un poignard ou d'un fer de Tolède la inain d'un amant ou d'un mari.

Rassureas-Yous, cœurs inconstants et tendres : il n'est aujourd'hui, dans ce pays redouté, aucune barrière que ne puissent renverser les âmes qui sympathisent. Plus de surveillantes intraitables; point de transports furieux : là , comme ailleurs , le regard a sa puissance , Faudace ses succès, et le mystère ses plaisirs. Peut-être même sous cecid brûlant, sous cette almosphke irritante, les passions out-elles une énergie, une force de volonté qui souvent leur fait mépriser les obstacles. Alors

c Aussitôt aimé qu^amoureux > c On ne vous force point à répandre des larmes. »

Mais là aussi on rencontre des belles qui, craignant les suilesi d'une défaite, savent éviter leSi dangei:s de la séduction , et malheureuseiii^t

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pour le capitaine Léonce, il ne peut se faire Fapplication des deux vers de madame Desho^lières. Loin de partager sa tendresse , loin d'être sen* siMe à son amoureuse peine , on ne lui montre que de rindifférence, on ne lui garde que des rigueurs.

Logé depuis deux mois cbez IVfanuel , il coucbe sous le même toit que la charmante Ulpiaaa; tous les jours il la voit, et tous les jours il la trouve plus séduisante : mais malgré les smns dont il l'entoure, malgré ses doux propos, ssl complaisance de tous les instants, elle semble prêter peu d'attention à ses discours. Sans aflecter de le fuir, comme ferait une femme du monde, elle ne témoigne aucun désii* de se trouver avec loi, et lorsqu'il lui -prodigue les protestations et les serments, elle a toujours quelque chose à aller chercher pour sa grand-mère.

IDpiana doit le jour à un simple cultivateur; mm à sa démarche on la croirait la fille d'un roi: Ulpiana n'a jamais quitté son village; pourtant ses manières sont distinguées, ses exprès-

skms remarquaUes par leur élégance : Ulpiana n'est pas riche , et il y a dans sa mise un gcûi et une sorte de recherche qui semUent annonce une fortune bien au-dessus de sa condition. Ses formes sont plutôt it^ustes que délicates ; mais quelle perfection dsms lenrs contours! quelle harmonie dans leur ensemble ! comme ses mouyemenfô sont toujours souptes et gracieux ! Ses traits, qui rappellent le type mauresque dans toute sa pureté, réunissent la régularité à la ao- Ukme : son teint est brun, mais animé; ses grands yeux noirs lancent de brillantes flammes t elle impose par sa gravité; elle entrsdne par son sourire.

Telle est Ulpiana, telle est ceQe qui foit oublier à Léonce son exil sur la terre étrangère, et jusqu'aux ennuis d'une campagne, trop fertile en dangers sans jamais promettre de la gloire.

Qmlquefois, 11 est vrai, il lui arriTO de reporter ses pensées vers la France, dont plusieurs guerres successives le retiennent élo^né depuis longtemps; alors, une teinte de mélancdle se rèpatui

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sttr son visage; mais cette altération passagère se dissipe bientôt /softout lorsque, le dimanche, H voit Ulpianase diriger vers Tégllse, la tète couverte de sa mantille; sa taille svelte serrée dans une basquina (i) en sei^ noire, sur laquelle flotte niie longue frange dont Te vent fait voltiger les fils autour d*eHe; sa jambe fltne, recouverte d*att bas de soie bien blanc, son pied cfaausi^ d'un soulier de satin , et ses doigts eflllés agitant Téven * tall, quf dans une main espagnole sait dire ou oadier tant de choses.

Il serait difflcile de faire connaître les véritables sentlnM^nts du capitahie à l%ird d'.rnpiana : peut-être kii^mèoiéne se les expliqnait-il pas trèsbien. Il avait d'al>(»tl ^mé cette jeune fille, craifiie aime tout oilder fraâçait désœuvré, au-

(i) Prononça batguigna. Ceai une sorte de jupe en soie noire / ou en sei^, siûTaoi la eonéition ée Ht persômie, sans latpKfle au-* taeCoiifiwtiin^fffMm ^^rpiîtûpAfefMXitPprMvifeciieiiflas mlr depuis plusieurs années, Içs Espagnoles aI>andoniient ce yêteoieot élégant et national pour adopter les robes françaises, qu^elles sont loin de porter arec autant de grâce.

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quel le sort prés(mte une figure Tratcbe et jolie, et qui est enchaoté de trouver u&e distraetion agréa- Ue à des devoirs assez monotones ; mais ensuite, quand il Tavait connue davantage, il s'y était attaché sincèrement, et une résistance inattendue n'avait pas peu contribué à transforma ce qui d'abord n'était qu'une fsmtaisie , en une affection vive et durable^ Des rapports de tous ks instants, des conversations familières, donnaient chaque jour plus de force. à un penchant qu'il ne cherchait point à combattre. Jamais ridée de Ums indissolubles ne s*était présentée à sa pensée; cq)endant il en était arrivé à ce pokt, que si on lui eût fait connattre le blftme que méritait sa conduite^ il aimait assez Ulpiana pour renoncer, à elle, idutôt que de trouMer son repos et d'an* poisonner son avenir. Mais, isolé de ses camarades , sans confident intime , privé surtout d'un mni sage et sincère , personne ne pouvait l'éclairer sur la véritable situation de soa coeur, et, sans scruter dans ses replis secrets, il cédait aux

douces illusions qui FeDlraïuaient à sou insu , ne pensant. à autre chose qu'à plaire, mettant tout son bonheur à obtenir un doux aveu. .

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