‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 23 sur 45 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

XAVIER, ULPIANA»

ULPIANA.

Je ne peux revenir de ma surprise et de ma frayeur.

XAVIER

Oui! je suis arrivé fort mal à propos, je le vois.

ULPIANA.

Silence ! Attends au moins que je m'assure

si personne ne peut nous entendre. (Elle va re^ garder à la porte de l'appartement et revient ans-' sitôt.) Comment oses-tu te hasarder ainsi? ignorestu qu'une somme considérable a été promise à quiconque livrerait ta tête ?

136 LES DEl]X MINA.

XATi£fi.

Que m'importe, et quel risque ai-je à comir?

est-il un seul Français qui me connaisse? et serait-ce un habitant d'Yzanos qui voudrait ou qui oserait me trahir? {J demi-voix. ) Je ne connais ici qu'une personne qui peut-être aurait intérêt à me perdre, pour se débarrasser de mes fatigantes sollicitations.

ULPTANA.

Une accusation semblable ne mérite pas que j'y réponde.

XAVIER

Nous saurons bientôt à quoi nous en tenir sur

votre sincérité, Ulpiana! Je viens réclamer

l'exécution de ta promesse. Tu devais m'accorder ta main lorsque je serais un chef distingué, et que trois fois j'aurais défait l'ennemi : eh bien ! ce moment est venu. Le marquis de Lazan m'a remis une commission de la junle de Séville qui me nomme Corsaire terrestre de la Navarre^ j'ai

SOUS mes ordres , en CastQle, Etcheyerria et Martioez; en Aragon, Sarto; en Navarre, Malalma, Zavoleta, Zugarramurdy. Ta voulais trois combats heureux ; dans plus de dix renconlres j'ai été vainqueur des Français. Consens-tu maintenant à m'appartenir ?

ULPIANA.

Non.

XATIEB.

Non?

ULPIANA.

Tu le sais, Xavier, qui se décide à la hâte se repent longuement. Déjà j'ai résisté à tes in« stances et je ne vois rien encore qui ait pu me faire changer de résolution. Tu prétends aujourd'hui t'appuyer sur une parole dite en riant, et à laquelle je n'attachais aucune espèce d'importance; mais il me serait facile, si je le voulais, de me servir contre toi de tes propres armes ; car dans ce que tu appelles des victoires, je n'ai vu , moi , jusqu'à ce moment , que

lis us mvx Mmà4

XAYIBRf vrm r«ge.

N*achèvepas, Ulpiana: par notre Seigneur!

autant vaudrait que tu prononçasses un blasphémé. Déjà tu en es venue jusqu'à blâmer nos efforts^ jusqu'à médire de nos actions?

ULPIANA.

Je m'intéresse plusque toute autre au triompb e delà patrie, Xavier; mais J'en conviens , dans ta conduite il est des choses qui blessent mon cœur de femme.

XÀVI6&.

Ton cœur de femme!...., c'est-à-dire que tu prétends cacher ta trahison sous une apparente faiblesse.

ULPIANA.

Où donc est la trahison 9 pour vouloir qu'après le succès l'humanité soit écoutée?

XAVIER, ï\on de lai.

L'humanité ! l'humanité ! . • . Ainsi tu demandes la vie en faveur des misérables vomis sur cette

LES mssx maA, 129

terre pour notre destruction totale?... L'humanité! envers des monstres qui apportent chez

nous la dévastation, l'esclavage et la mort?

L'humanité ! pour des impies qui renversent nos autels et ne craignent pas d'outrager notre religion sainte !

ULPUNA.

Eh! n'est-»ildonc, parmi ces coupables, aucune exception à faire?

XAVIER

Quoi! le sang espagnol coule dans tes veines et ta bouche ose prononcer ces Iftebes paroles ! . . . Tu demandes des exceptioDS, quand il s'agit d'exterminer les ennemis de Dieu et de ton

pays? Malédiction! va, maintenant je lis

clairement dans ton cœur : cette humanité que tu invoques, cette exception que tu réclames, c'est le résultat d'un amour criminel : tu trembles pour les jours de l'étranger qui a reçu tes serments sacrilèges; tu voudrais mettre sa tête à l'abri de notre juste vengeance

ULPIANA.

Tu devrais me mieux connaître, Xavier: ja* mais je n*ai désiré plaire à ce Français , et jamais un de nos oppresseurs ne sera rien pour moi; mais celui-ci s'est montré généreux envers ma famille; il n'a pas craint de se compromettre pour nous servir , et je lui dois de la reconnaissance.

XAVIER

Et moi! moi, qui t'aime depuis que tu es au monde; moi, qui combats pour une cause sacrée et lui ai sacrifié tout, jusqu'à l'espérance de vivre près de toi, tu ne me dois rien, Ulpiana? A l'étranger, la reconnaissance; à moi, ta haine et ton mépris.

ULPIANA.

Qui te dit cela? et d'où viennentces reproches? ne puis-je sans crime m'intéresser à Ihomme auquel peut-être je dois un père ?

LES DEUX MINA. lAl

XAVIER

Paroles et pierres lâchées ne se rattrapent pas, Ulpiana! plus de détours inutiles : encore un coup, maintenant, aujourd'hui même, veux-tu partager mon sort?

ULPIANA.

Je t'ai déjà fait connaitre

XAVIER

II suffit; n'en parlons plus. Maudite soit la mère qui t'a donné le jour ! Adieu ! tu ne tarderas pas à avoir de mes nouvelles (avec un sourire infernal) ; mais , par tous les saints ! je doute que le capitaine Léonce te les apporte.

(// s'enveloppe de son manteau et s'éloigne avec précipitation. )

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