SCENE I
LéoDce et Adolphe, assis à côté Tun de l'autre ^ dans une des pièces de leur réduit fortiSé, jettent de temps en t^nps qn regard distrait vers les montagnes qui bordent Thorizon. Pleines dans des réflexions profondes» ils semblent crain-
dre de se communiquer leurs pensées; enfin, Léonce se décide à rompre ce triste et pénible silence.
LÉONCE
Eh bien! Adolphe, que penses-tu des déclarations du paysan que le hasard a mis hier en notre pouvoir?
ADOLPHE
Je pense que si cet homme a dit la vérité, nous sommes perdus; perdus sans ressource.
LÉONCE
C'est aussi mon opinion.
ArOLPHE , sr levant brufiqacmcnl el comme s'il retrouvait son énergie.
Cependant, malgré le peu de monde qui nous reste, il faut s'emparer de cette maison, et quand Mina Tiendrait nous attaquer avec quatre mille honUnas, comme nous Tassiire Undividu que BOUS avons arrêté ensemble, nmit) né sommes pas gebs ft nous rendre à cesbttitesfà*oce$. Il y n des bMés profonds qui ootis eùtotirGIA; des
marailles épaisses qui nous protègent; et contre des tionpès sans artillerie , notre courage suffira pour nous défendre.
LÉONOB.
Je Youdi*ais partager ta confiance, Adolphe; qudheureuseinent mon expérience ne me sert aujourd'hui qu'à voir toute l'étendue du4ai%er, et à reconnaître l'impossibilité de nous y sous* traire.
ADOLPHE
Comment ! aucun moyen ?
LÉONGH.
Mon ami , malgré ta jeunesse, je sais quelle est la force de ton caractère, et combien fest chef l'honneur de notre famille; à quoi donc sertb^t de te laisser ignorer le sort qui maintetfant nous menace? Dans l'intérêt de la résistance, et pour éviter dinutlles douleurs, j'ai dû taire à nos ca-> marades ce qu'ils ne sauront que trop tôt, le^ malheureux! mais avec toi, Adolphe, il estné*
308 LES mVX MINA.
ceftsaire que je m'expiique » que tu saches ce que nous avons à craindre, que tu connaisses, dans ses moindres détails, notre épouTantable situation. Préparé à tout, la plus terrible catastrophe ne saura alors t'émouvoir ni t'ébranler; comme moi, j'en suis sûr, tu feras le dernier sacrifice avec le courage d*un soldat et la tranquillité d'un homme de bien.
ADOLl'HB.
Parle, Léonce! parle; achève! je t'écoute.
LÉONCE prcad son fr^re par le bras et rattire près de lai.
Oui, mon ami, la bravoure de notre garnison, ces créneaux, ces parapets, ces palissades, tout cela n'arrêtera psus les insurgés deux jours, et nous devons nous attendre à la mort la plus affreuse. {Adolphe ne peut s'empêcher de trèssaUlir; son frère presse légèrement sa main et le regarde avec tendresse,) Tu vois ces habitations dont nous sommes à peine éloignés de trente à quarante pas? pour nous isoler complètement de la ville, il aurait fallu détruire une
partie de TafoUa et accroître ainsi la haine que déjà nous portait la population; d'ailleurs, montrer une telle crainte , c'eût été faire soupçonner notre faiblesse. Le premier soin des Espagnols sera, sans aucun doute, de s'établir dans ces maisons. Là, garantis de nos coups, ils nous accableront par la supériorité de leur feu; bi^tôt rien ne leur sera plus facile: que d'approcher à couvert, soit par une tranchée, soit simplement en poussant devant eux quelques abris mobiles jusqu'au bord du fossé, qui sera notre dernière défense : nous ne pourrons alors Fempêcher d'amonceler autour de nous des matières combustibles; et, les choses arrivées à ce point, il faudra, ou nous livrer à la discrétion de ces hommes altérés de sang , ou nous résigner à périr au milieu des flammes.
ADOLPHE^ memcnt.
En ce cas, nous périrons^
LÉONCE
Bien, mon frère!
512 LES DEUX mmiL.
ADOLPHB.
Mon ami, il avait une famille un frère.
LÉONCE , avec atlendrissement.
Aussi ai-je cédé à tes désirs.
ADOLPHE, aprèt an moment d« réflexion.
Léonce! si quelqu'un de nous, à la faveur d'une nuit sombre, monté sur ton cheval, qui est sûr et rapide, essi^ait de franchir le court espace qui nous sépare de Pampeluue?
LÉONCE
Impossible! Mina a toujours des hommes dans le Garascal, aussi bien que sur tous les chemins qui conduisent à la capitale de la province; ainsi, lors même qu*on échapperait aux douaniers placés dans les villages. Ton ne pourrait éviter de tomber dans un de ces partis.
LES VSUX MB9A» 313