‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 39 sur 45 · EPISODE · texte numérisé non relu

EPISODE

Plusieurs mois s'étaient écoulés, et la garnison de Tafalla, qui n'avait reçu aucun renfort, épuisée par des combats renouvelés sans cesse , ne comptait plus qu'un très-petit nombre d'hommes en état de porter les armes. Au lieu de faire des sorties lointaines, et de poursuivre les insurgés

qui se montraient fréquemment aux a]entours, elle était réduite à se tenir renfermée dans ses murailles, et encore suflSsait-elle à peine à leur défense.

Ce n'était pas seulement le feu de Tennemiqui avait décimé les soldats de Léonce, une cause de destruction bien plus puissante pesait depuis long-temps sur leurs têtes, et chaque jour choisissait de nouvelles victimes dans leurs rangs éclaircis.

Un mal contre lequel les ressources de la science sont impuissantes; un mal que rien n'arrête dans sa marche lente, mais prc^essive; un mal qui frappe en aveugle tous ceux que le destin place sur son passage, la nostalgie enfin, s'était déclarée parmi les Français, et les moissonnait sans pitié.

Un long repos ne pouvait manquer d'avoir des conséquences funestes pour des hommes aux yeux desquels l'Europe était trop circonscrite» et qui, livrés à eux-mêmes, se voyaient pour sânsi dire oubliés au milieu d'un pays barbare et d'une po-

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pvktimi iBbospitalièrei Cette dispositioD an décoiiragement s'expliqae ë'aîHeurs d'une manière Taeile.

Il semble que la nature^ iA admirablement sage dails ses cenTrés^ ait prévu que tous les êtres anin^s, mus par un désir vague d'améliorer leur sort, aidaient enclins à quitter les lieux qui les ont TUS nattre, et que pour combattre ee penchant qui devait les itngi^er à des migrations lointaioes et périlleases, elle ait voulu que, dès leur naissance, il se développât en eux un sentiment, plus fort que leur volonté même^ capable de les retenir par des liens puissants là où aurait eorameneé létir eairière.

Totit te qui respire est soumis à ce pouvoir inué^ et jusqu'à rb€fmme civilisé, chez lequel les sensations piimtti ves sont bien souvent effisicées ou GO^rofflpues, ne saurait s'affranchir de ee joug BUpérieux qui ié protège malgré lui contre ses peiichant^ et se» erreurs.

Il y a mieux éfifcore i sans doute pour prévenii* la désertion de certaines parties du globe, la force

qui nous attache à la patrie a été proportionnée aux causes qui portent à nous en éloigner. Moins un pays a été favorisé du ciel, plus Thabitant, malgré le peu de fertilité du sol on la rigueur du climat, lui conserre dWection et d'amour. Ainsi, tous les peuples des contrées montagneuses et stériles, où il faut aiTacher péniblement à la terre une nourriture rare et cbétiye» sont ceux qui se décident le moins à abandonner la demeure de leurs pères, et qui la retrouvent ayec le plus de bonheur. Le besoin, Tamour de For, qui quelquefois se glisse dans les cœurs les plus simples, peuvent bien entraîner ces hommes, las de privations, à aller chercher ailleurs le nécessaire ou la richesse; mais ont-ils atteint le but qu'ils se proposent, une seule idée les domine, celle de revoir leur chaumière et d'y terminer leurs jours. La fortune a beau leur sourire, les grandeurs flatter leur orgueil, séparés des objets de leur aflection, de leurs champs, de l'arbre qu'ils ont planté, du torrent qu'ils croient entendre mugir, le monde ne leur apparaît alors que

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comme une solitude sans bornes qui les effraie et les détache de la vie.

Atteint de la nostalgie, un vide affreux se fait sentir à Fâme; un seul désir préoccupe la pensée^ et ce désir, s'il n*est satisfait , devient un tourment sans relâche , une douleur incessante. Alors, ni la force de la constitution, ni Ténergîe du caractère, ne sauraient triompher dans cette lutté. Une tristesse douloureuse s'empare de Tesprit; un dégoût général, une indifférence complète, anéantissent les facultés physiques; et bientôt, accaUé par le découragraient et le chagrin, toute résistance serait inutile : quels que soient et vos efforts et votre raison, rien n'apaisera votre souffrance; il fout céder, il faut s'éteindre, il faut mourir.

Le fléau dont nous venons de retracer les effets terribles agissait avec d'autant plus de violence sur la garnison de Tafalla, qu'il était devenu contagieux. L'imitation est dans notre nature, et il n'est pas jusqu'au suicide dont l'exemple ne soit souvent à craindre. Les chefs et les sol-

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dttteétilffitégateiiifmflodireiiipiivdtiiiid, et parmi les officiei-s, Adolphe, qtl« âi^DglIaiënt M léflférmé m sott iftscKiddnce, etaniDençaif fttissi à eo lêÊmtstir k» premier» «ymptôities.

Lécriice, Mifis ie faire iUusiM me tt Htuitiofi^ comteturtt la fiitfiifie fiar tomi tes aEiajrMs cas 9&Û poHt(rfl-« La diitractioii éuni m des rt^ mèdes les ptas dleaoes, il encOQragtalt Aitté^ YëtÊiê jeux propres à oeetiper les loistfS de sa piaille l^rsÉioti, et entre attires difertlsseméiitK (im son adresse sut matrè e» fa?eur , il ti*mi< Mia ppâ te fbéfttre. Rien de plM burlesque que ceê représedtàtiens , dafts lesquelles un tietix sen pew^ k ta barbe langue et noire, remplissait qtiel(|tiefc)iskf rdte d'une soQbrette^ et un gre^ nadier de cinq pieds dix pOQces celui d'une kh-' génuè ttifiâdê : cèpeMàêrn, ni ces trair^tisse- Hfènts bizarres, ni tout ce qu'enfantait le génie; inrentif da cônf mandant, n^poutait amuser loi^temps <të$ boôfines dont l'imagination frappée élàit toujours dîr^etefs un seul et même but; la France ^ ei omstamm^t la France.

1« tm% MINA» Ml

LéOBce^'iOAniiiilt Mrtotitiiu sujet de soofrère^ Adolphe/ babltttellmiettt si gai 4 si etpanslf^ se montrait lâidiiMMiit ^ndéitx 6t inélairco^ liquo. Ses yeux ^ a«ii« cMlëitô ttOi&eâts, éUileiit tantôt ternes et tmUA hagards ^ sM teint éeve* oait décoloré et flétri; Ititérrogé saf ce qa'il éprottfait, il M savait le dire : Je ttt'OËiitiie ! était son dUli^tie réponse i finâs ramWé ?igi-^ knte fémarqiHdt brec effroi hk défalUanoe et l'mégaUté de son pottb ^ ioii soiDAieil agité, ses rètm pénibles , en un lîlot tout ce qui andoitçait une alt^atiM évidente et trop Men caractérisée.

Léonce partant sans etsse à Son frôre d'mi proN ùbain changeinênl de position, et d^rcbail à loi donner on espoir que hîi'^nièiné était loin de par-* ti^er. U F^ofcodra^ëait à rétuée ; et pour la lui rendre pins attad^mte^ il travaîHàit shree 1»^ S'apercevait-il qu'une tension d'esprit trop sonte* Hue hn causait de la fatigue^ il propesait anssit6t, soit une lecture agréable^ soit une promenade autour de la ville ; et dans ces cowrses tonjonrs peu longues y car il n'mrait pan été sage de

8*éloigiier , il avait soin encore d'attirer son attention 8ur quelque sujet capable d'exciter son intérêt. Si Adolphe était dupe de cette ruse , Léonce s'en applaudissait comme d'une véritable victoire; en un mot, la meilleure des mères ne veille pas avec une plus touchante sollicitude sur le fils adoré dont l'état chancelant tient sa tendresse dans une inquiétude palpitante.

Un soir, les deux frères, retenus par la prudence près de leur retraite fortifiée, étaient assis au sommet d'un monticule , d'où l'on domine les restes dispersés du château de Don Carlos. Malgré son apathie et son insouciance , Adolphe ne put s'empêcher de remarquer le tableau qui s'offrait à ses yeux. Devant lui, et au premier plan, se dessinaient sous un ciel d'outremer embrasé par les derniers rayons du jour, des arcades gothiques, élégantes et hardies, qui, à travers leurs ogives rompues, laissaient passer, en flots scintillants , de larges faisceaux de lumière. Ces arcades brunies par le temps, et couronnées d'orobanches pubescentes, d'bypocistes, et d'une

foule d'autres plantes parasites, dominaieut majestueusement la forêt d'arbustes que le hasard avait rassemblés à leur base. Le figuier sauvage, Taloës, la ronce, se pressaient pêle-mêle autour de ces masses imposantes, et, faibles arbrisseaux, ^mblaiént vouloir partager avec les siècles la gloire de renverser ces antiques débris. Sur Tun des côtés s'élevaient des constructions modernes, qui, parleurs Ugnes pures et gracieuses, rappelaient les fabriques de Tltalie; de l'autre était un bois de chênes verts, dontla teinte foncée faisait opposition avec les tons variés et brillants qui coloraient la cami)agne; et aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on suivait le Zidacos , qui sillonne dans son cours rapide une plaine , couverte de moissons épaisses, dont les cimes hautes et ondoyantes sont dorées par un soleil d'Afrique. Cependant, Adolphe, distrait un moment à l'aspect de ce riche paysage, ne tarda pas à retomber dans une sorte d'anéantissement ; mais son frère l'observait avec attention, et, montrant

SStf LES DEUX M»A.

les raine» dont Tombre prolongée arrivait jn^ qu^à eux , il rappela la promesse qa*il lui avait faite de lui raconter comment, en 1469, Mosen Pierres avait tué à Tafalla rarcherêque de Pam« pelune. Adolphe ne se fit pas prier; il lui était aussi indifférent de parler que de se taire, et, sans aucun préambule , il commença son récit. Don Carlos 111 régnait en Navarre, et le luxe la galanterie , l'esprit chevaleresque de sa cour, la faisaient considérer craame une des plus brillantes de FËspagne (1). La reine T^noi", quoique douée de qualités nombreuses, contribuait pourtant fort peu à la rendre agréable. Jalouse sans sujet, susceptible sans raison , elle allait souvept cheroher auprès du roi Don Juan de Castille, son fr^, le repos qu'elle ne pouvait trouver dans la compagnie de son époux. Mais, en revanche, sa sœur. Doua Isabei, modèle de vertus et de beauté, excitait l'enthouansme des trouvât» des provinces Yascones,

(0 Don Carbs fut sacré en 1390» ayant déjà trois ans de règne*

qui tons se disputaient la gloire de la célébrer 4am leurs cbaots.

Les hauts et fiers barons ne jouissaient pas seuls de rhonneup d-approcher la princesse ; elle n'éloignait de sa personne ni les serviteurs sans appui, ni les vassaux dans Tindigençe; et tou«jours sa bonté compatissante s'attachait h Fépa»rer les injustices.

Un jour, Mosen Pierres, fils d'un seigneur de Péralta , qui s'était attiré la colère de Don Carlos» vint implorer la protection d'IsabeL F4lle rente»dit avec cotte grftee qui centuple le prix d'un biçnfait; mais il ignorait ce que devait lui coûter un avantage dont s'applaudifusait son inexpé*rieueeL,,, De r:etpur dans sm triito manoir, Mûscii pensa moins à Ifi faveur qu'il venait d*ob«tesûr, qu'au doux tongaga dont ses oreilles avaient été frappées et à la figure eéleste quA s'était offerte à ses regfirds. Son imagiaation neuve et ardente» prêtant aux traita de la prin>eease une ressemUsmce exacte avec ceux ée la Vierge qu'il adaradt » il deviirt junesque impossible

de te faire sortir de la chapelle, où, prosterné deyant un tableau ^e Marie , qui était maintenant le seul objet de son culte, il se croyait encore aux genoux de sa jeune protectrice. Dans sa dévotion fervente pour une image sainte, rinnocent jouvenceau était loin de s'imaginer qu'il payait un tribut de reconnaissance et d'amour!

Isabel , recherchée en mariage par des princes d'un grand renom, n'avait, jusqu'alors, daigné accueillir aucun prétendant; ce qui ne laissait pas que d'affliger plus d'un banneret, preux, disert et courtois. Nicolas Ghavarri, archevêque de Pampehme^, qui attribuait cette indifférence à un caractère irrésolu , songea à exploiter, au profit de ses intérêts propres, une circonstance si heureuse. La princesse avait un riche apanage, et son rang lui assurait un grand pouvoir; quel avantage ne serait-ce pas s'il l'amenait à renoncer au monde, et s'il parvenait à enfermer ce trésor dans un des couvents soumis à son autorité ! Avare et ambitieux , intrigant et rusé, Cba-

Tarri ne négligea rien pour faire réussir ce projet ; mais ni ses discours captieux à Isabel , ni ses manœuvres adroites auprès du roi, n'obtenaient un succès bien grand; d'ailleurs, Don Carlos et la reine portaient une affection trop sincère à leur sœur, pour qu'ils songeassent jamais à contrarier ses inclinations.

Isabel s'afBigeait quelquefois de la persistance de Tarcbetêque à vouloir lui arracher une pro« messe qu'elle ne se sentait nul désir de faire ; mais, pure comme la fille des cieux, et innocente comme à l'aurore de la vie, elle était loin de soupçonner qu'un prélat, objet de sa vénération, emploierait, pour parvenir à ses fins, les artifices les plus coupables.

Un matin , cette princesse , agitée par une inquiétude vague, voulut promener ses rêveries sur les bords solitaires du Zidacos. Elle sortit secrètement du palais, et, concentrée dans ses souvenirs, elle s'éloigna peu à peu, en suivant les gracieux méandres de la rivière , et captivée par l'aspect enchanteur d'une campagne

2d0 LEA DBUX HlNA.

dans tout Téclat de sa plirtire. FoUr parler le langage d'alors :

C'éUit el temps qu'arbres Doriif ent 9 Foiilent boscages, et pr^s Tcrdissent ; Que cht eiscl en lor latin Dalcement cbantent al matin ( i ).

Isabel coDlemplait, comme » elle ne les aurait pasTues encore, les yeuses aa brun feuillage, ^ue jamais l'I^iver ne dépouille de leur robe luisante; eUe savourait avec délice ce doux parfum <les {urairiesquiréYèleànossenslesentimenld'un bienêtre nouveau. A peine si die osait fouler Therjie épaisse^ qui pourtant se relevait aussitôt sur se^ traces; une tige plus élancée, iine fleur plu^helle^ lui faisait détourner son pied léger, pour ne pas briser une vie que, sans le vouloir, et par uneidée ijostinctive, elle compilait peut-être à sapersonne gracieuse et frêle. Quand om laisse errer ainsi )son imagination, lacbose en apparence la plus frivole porte à des comparaisonsrqui quiflque^

(i) C^sofit les piemteK vendu roman d*Éiée et Siiéule.

fois agissent vivement sut notre esprit et Tâf-» fectëut d*un manière inexplicable. La vue d'tiïië scabieuse produisit cfet elfet sûr Isâbël. dëltë plante élégante, mais qui semble sliiclinër âvëë mélancolie; ses corolles noirâtres et tristes, qiiî contrastent avec ses anthères d'un blanc piif, symbole de là jeunesse et dû boiihédr, lui ârëiit penser, malgré elle , (}uë lé hasard oifràit à ses yeux rémblème de son existence entière : quelques plaisirs et beaucoup de larmes.

Comme elle s'abandonnait à des réflexions qui, pour la première fois, lui faîsàieiif envisager l'avenir soiis de sombres coiileùiis, elle se trouvé touf-à-coùp entourée de plusieurs hôiuiiiës d^àrmes, dont la physionomie et les ihtéiitiôns Veffrayent. Interdite et surprise, elle songe aussitôt à* l^uir; màisdéjàil liii est impossible de sesôustfàifê a la suirèillànce dont elle est l'objet. Cépendgllit^ jbdrs d^ellë-même, éilé s'éldhce, se dirigé à fàventuré, remettant soii salut à sainte Êërthilé, qu'elle implore; par malhebr, ses fof^ces là tra* bissent ^ et , épuisée , chancelante , diè Issrt JaMe

par un des inconnus, qui s'apprête à la placer sur un genêt (i) vigoureux. Dans cet instant critique, Isabel rappelle son courage; ses cris perçants sont répétés d'échos en échos, et, avant que Ton ait pu maîtriser ses efTorts , un jeune homme qui accourt haletant et furieux , se jette sur les ravisseurs, frappe de sa rapière quiconque se trouve devant lui, et parvient jusqu'à la princesse au moment où elle croyait n'avoir plus à espérer de secours. Les hommes d'armes, fort éloignés de s'attendre à une attaque si vive , sont déconcertés par tant d'audace; ils hésitent, se troublent, et, renonçant à leur criminelle entreprise, ils laissent leur victime, presque inanimée, aux soins de son défenseur intrépide.

Bientôt, revenue à elle-même, le premier regard d'Isabel fut pour remercier Mosen,etce regard , tout à la fois doux et tendre , exprimait bien plus de choses que sa bouche n'en aurait pu dire. Quant à l'heureux libérateur, agenouillé devant la princesse , comme il l'eût été devant la

(i) Cheval espagrnol.

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Vîerçe sainte, il craignait de porter sur elle un œil curieux et profane, et, lorsqu'il eut à répondis à des paroles pleines de gratitude , c'est à peine si ses lèvres tremblantes purent, bien bas, bégayer quelques mots incohérents. Vivement pressé pour savoir quelle récompense U désirait, il demanda pour tout gtœrdon d'accompagner jusqu'en lieu sûr celle que le sort avait mise si miraculeusement sous sa sauve-garde. Us reprirent donc ensemble le chemin de la ville , Fun et l'autre pensifs et silencieux, et plus préoccupés peut-être de leur situation présente que du péril auquel ils venaient d'échapper.

Près d'arriver à Tafalla, Isabel voulut décider Mosen à la suivre au palais , mais il s'y refusa avec modestie: C'est en vain qu'elle lui parla du plaisir qu'aurait le roi à reconnaître le service qu'il lui avait rendu : ni soUicitalions pressantes, ni promesses flatteuses, ne purent triompher de sa timide résistance. Une inspiration féminine lui fit comprendre alors quelle serait pour lui la faveur la plus précieuse : elle lui tendit sa main

294 1^ mçx yiNA.

UancAe çt délicate ; Uaseii s'en saisit a?ec trai»-

pqrtfj^ pl9Ç9 doucement, mr son cœur; puis.,

^ut cpnriis de sqq action , il s'éloigua , viais Icut

iw^vx m QO0 sans rcj^aç^er t^ieu souyeM QQ ar^

rière.

L'aTenture d'Isabel mit la JVavarre en grand imAt^ fi\ Ton n'épargna rien pour découvrir l>ut^ur de oçt^ tentative audacieuse. Habile à pro-» fifer despircQustaqçc;!», l';u*dtevêque de Panipe^ }fjm ne manqua pas de rénumérer, à cette oc-^ C^çn, l^ dangers sans nombre auxquels 1^ inond^ expose une dammette gmte et belle ^ et de faire ressortir les avantages inapprécia^ Uea d'une vie que ne saurait troubler les entrepri^es dçs pervers; mais son éloquence, étapt tou* jours en pure perte, il reconnut la nécessité de reeouiir à des moyens plus efficaces; et> au lieu de se décourager, il songea à mettre aussitiK à exéçuUon un projet digne de son ftinç bypocrite etmécbante.

]p'abord> il devint auprès de Don Carlos un partisan déclaré de Mosen ; ensuite , il lui

domia à enteadra qu'il ne ponyiât s'ciccpiitter di* fpem^Pl: liQv^pi» CQ jeunft boiaine , qu'en l'a^^îl^baot 4 m pèrwûD^ royale. Cette Wée ay«nt été aceueîUie, le traitrç Cbavarri 0^ douta plus M

Mqsqp , uoe fois à h cour , ne resta pw loog*^ temps le jeune homme simple et naiT qoe tartinait la vue de deut beaux yeux ; mais il ne fut ni Bioins épris ni moins fidèle. Ivre de joie de sa trouver rapproché de la princesse, il passait sefc j9UF« en extase devant elle, el ses nuits à pri^r le cirt de ne l'en séparer jamais. De son côté, Isabel, quand elle devisait avec ses conir pagoes» rammait souvent l-eatretien sur le danger qu'elle avait couru , car alors on parlait dé C^lui qm Savait protégée , et sou nom avait à son preilla un charme qu'elle ne trouvait à aucuh ^«tro,

{4'amour des deux amants croissait e» prop<mtion de leur imoeence, et rarchevêqué, qid n*a*vait pas tardé à lire dans leurs cœurs, travaillai ams relicbe à attiser celte flamme naissante. Mo^

296 LES OEDX MOIA.

seB s'étant aperçu que la princesse affectionnait les scabieuses , en allait chercher chaque jour dans les environs, au risque de déplaire au ni par ses fréquentes absences; mais aux approches de rhiyer, il cessa de pouvoir s'en procurer, et comme il se désolait de ce contre -temps , Don Nicolas lui en remit un bouquet avec mystère.

L'amant d'Isabel, surpris d'apprendre que son secret était pénétré , resta surtout confondu en lisant ces mots sur le papier qui entourait les fleurs : « Courage , beau jouvencel! souvent un passereau a fait ses oisillons dans le nid de Taigle. »

Jamais Mosen ne s'était abusé sur sa fortune : il aimait , parce qu'il était dans sa destinée qu'il aimftt; mais il n'avait oublié ni sa naissance, ni les obstacles qui s'opposaient à ses vœux. Malgré le rang et le caractère de celui qui semblait protéger son amour, il se crut donc le jouet d'une erreur , et il n'osa espérer encore. Cependant , sans qu'il s'en doutât , il prit dès ce moment plus de confiance en lui-même , et peu à peu il s'éta-

blit entre lui et Isabel un langage muet et expressif, qui suflSt pour leur faire connaître le bon* heur le plus vrai qu*il soit donné à l'homme de goûter sur la terre.

Bercés par de douces images » forts de leur conduite, tous deux jouissaient délicieusemept du présent , oubliant jusqu'à Tayenir, lorsqu'un billet tracé par une main inconnue instruisit le roi de rintelligence des deux amants. Cette lettre, en lui indiquant les moyens de s'assurer de la Térité, lui aiBrmait aussi que le prétendu enlèvement de la princesse, dont jamais on n'avait pu découvrir les auteurs, n'était qu'une fable pour introduire Mosen dans le psUais.

Don Carlos ne crut pas d'abord à une accusation si invraisemblable; cependant, pour n'avoir rien à se reprocher un jour, il voulut se conformer à l'avis qu'on lui donnait , et, sans rien faire paratlre , il observa avec attention Mosen et Isabel. Hélas! il lui fallut peu de temps pour dissi* per ses doutes ; et même, plus ceux qui en étaient l'objet avaient de pureté et de candeur, plus à

8S8 yen^x préyepM 11» d^y^ieiit muMer coup».? b)^. Fiideux alors 4'^^ oir^té pris pour dape^ il p, cbassar Mpsen ^e sa présence, et.dtîvaiit rW'«' cbevêque , il signifia à Isabel qu'on allait la coo» diiîre dfiqa m pouvent oii elle prepdirait le vmle. Que^e que fûjt la joie de Nioolpf^ Ghayarri m pnteodaot cette sentence, il sut cependant la dér gpiaer «oui| une oommidération cbaribd^le; mMf tp^t ep feignant d'intercéder pçw J^abe) , il pjr jCiUiit) 9^, cQntr$iire| ayec adreme la colère du rp^ et il dçy^t d*atit£M;)t tmi/a être éponté, qu'on le supposait UU; deci plua.st^és ^wtlens dejlosent 4^ussi< nialgré tof; prières de la reine, les assiir rances de la priocewe, et les snppiicalîmis d? toute la cour^ Don Carlos ,, ^ntre son balntniie, se wontra-t-il séyère , dur eit inex<ffable, . Is sacri^ce était consommé » les p(Htea dv CQuyent s'éunept refermées pour jamais^ 9ur une .nouvelle yictime de la cuindUé et de l'ambition, que Husen » éperdu » ne pouvidt s'é^pigner enow de» miu^ dont reneeinte fieAale était pour Im covame.uno, bwriére placée mitre la yie et 1»

m m^ «mât 89ff

moFt, TiHJp ftccabjé par w doulupr. il »P llo«ge«it point ^ coonîiî|re ^'où partait te coup qui Tairait fifappé s h mw ^§vAe savait h suoi is'ep mir à ««t éçaM. Bl6s^« dapp g^ affecUooa les plaa cbèrcts , ^lla avs^H F^procbé au rqi qop ipjwtice « çt Dcm Certes, pQpç eJtpUquer sa rigueur^ M ayait çQpfié Vécrit qui avait éveiQé se? soup^^ S9DP ; mm ÇQ vaia l^éopor youlut aloFs coml^ati jtKe k résolution de sou épou^ ; «lie m put ^tep» d'autre grâce que la permission d'accojv^^g&ei? aa 9mnv et de passer avec elle quelques jours dans sa retraite,

. J^p «Dite dfl. oe sontmem iBsti»eiif , qui noua £^t souvent pf^aiseutJA poirs destinée, M.oseu» retenu devant le monastère qui servait û» prison à IsabeU ne pouvait détouroer ^çs yeux 4'un& croisée d'où Ton déQouYFait au loin dans la mxh pagne. Déjà une figure de femme s'était dessiuéci comme une ciabre.f^^t|ye dernère Tépais grillage, et cette appariticm Vava&t tiré de sa tor^ pçiur. Les regards c^tipément attacbéa sur cette i«a$trai> couteudu, lesmuAclojiçoptraetés, oa

aurait dit que Mosen attendait le signal qui allait décider de son sort. £n effet , à travers d'énormes barreaux , des doigts essayaient de trouver un passage. Mosen se précipite ; un papier tombe, il s'en saisit, il l'ouvre, et, à la vue d'une scabieuse desséchée, mais humide encore de larmes, il se prosterne , il pleure, et couvre de baisers ce don mille fois précieux , premier et dernier gage d'un amour qui défie maintenant le malheur.

Cependant, sur le papier qui enveloppait cette fleur d'alliance et de deuil , il croit avoir remarqué des caractères; il cherche avec empressement, il lit : que devient-il, grand Dieu! lorsqu'en parcourant l'écrit infftmë, cause de toutes ses infortunes , il reconnaît la main qui avait aussi tracé les mots remis par l'archevêque pour exciter ses espérances

Cette découverte est pour lui un rayon de lumière; aussitôt se déroule à son esprit la trame horrible ourdie contre Isabel : il connaît tous les ressorts qu'un monstre a fait jouer. Sa fureur

n'a plus de bornes; ses pieds frappent le sol; il rugit, il court, il s'arrête, il ne respire que le meurtre et la vengeance. Dans ce moment d'exaspération frénétique un homme s'avance , satisfait et joyeux, et cet homme, c'est l'archeTêqué lui-même, qui, monté sur une mule richement ajfétrée, et accompagné de plusieurs varlets, se rendait au couvent pour la cérémonie qui devait assurer sa conquête.

Mosen vole à sa rencontre:

« Or çà ! dit-il, d'une voix que suffoque lars^, sainteron (i) de l'enfer, venez-vous jouir de votre œuvre? verrez un passereau qui a le bec d'un vautour... »

A ces mots, il saisit sa ds^e, et, sans être arrêté par la croix d'or qui brille au cou du prélat, il lui enfonce sa lame dans la poitrine; puis, contemplant sa victime avec joie, il fait entendre un rire sauvage, dont les éclats convulsifs forment une horrible harmonie avec le glas que sonnent

(x) Petit saint; terme de dérision qui a|ipart|eat à la langue ro« mane.

âOS U» 0EDX MlltA.

«n ce mômettt lès cloches du môuastère. L'archetèqtie tombe et nieiirt toni^ proférer iiite parole, et Mosen, qtii D*a plud sa rai^n, diiiparatt sans que jsunais 11 ait été possible de retrouver sé!l tracés.

On TOit encore le tombeau de Nicolas Chàtâfrl Sans le coûtent dé San Francisco, et l'ermitage de Satata Gatalina, aujourd'hui eiistaht (i), aété construit sur le lieu même ah 6et àr6bëvê(iue â reçu le châtiment dé sa perfidie.

' Adolphe arait à peine terminé sou récit, que Léonce^ fort distrait depuis quelques instants, se lëirà dtéc^ pfédtdtatiou, éu eutralUdnt soti frère avec lui du côté des ruines. Celui-ci ne sât^i ^tte pehser ^ ce moUvenîéUt si bftisque, lorsqu'il âj^çut Ufi Espagdôl qui, èàCfaé àii miliëil dè« décoÉ»bres, semblait leij dbsetvef àttentité^ ment. Aussit6t (tiie cei hdmme âe t it déciÔUtert, tl toUIut prendre la fùife; mdis Adolphe Tattei-

(i) Cet ennitage a remplacé une petite eoloDne sunDODtée d^ane Ittaie )Ae atflnt SAMMv, qtti M élèfée à f^l^l^è dé la mo^t de rareberâque, à reodiiott où il londia de sa mule.

gnit bientôt, et, le saisissant au coUet, il l'obligea à revenir sur ses pas. Interrogé avec adresse, les réponses de cet individu furent trop embarras* sées et trop contradictoires pour ne pas donner de violents soupçons sur son compte. Les deux frères jugèrent donc convenable de s'assurer de sa personne, et, le faisant marcher devant eux, ils le conduisirent à la caserne, où en effet on le reconnut pour être un émissaire de Mina. Ses aveux, fort importants, donnèrent même à la garnison les plus justes sujets d'alarmes.

XXIY-

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