LE JARDINIER, JEANNE
Au lever du rideau, Jeanne est en train de ranger autour de la table les sièges du jardin. Sur la table il y a des verres, des carafes d'eau fraîche, et des sirops. Le jardinier soigne une plate-bande.
JEANNE
Tout est prêt. Maintenant on peut venir.
LE JARDINIER
Moi, j'ai bien peur d'une chose : c'est que madame n'en ait plus pour longtemps à présider ici les réunions de son œuvre.
JEANNE
Ah ! le fait est qu'elle a changé depuis un mois, oui S'il lui arrivait malheur, qu'est-ce que nous deviendrions ? Vous, encore... le jardin, la terre... vous auriez des chances de rester ici au service du nouveau propriétaire... Mais moi 1 il faudrait que je cherche mon pain ailleurs.
LE JARDINIER
Les Roche vous prendraient.
JEANNE
Oui. Peut-être.
LE JARDINIER
Ils sont si riches !
JEANNE
C'est égal, ça ne vaudrait pas pour moi madame Durieu ! Et puis, de ce moment, les Roche, ils ont joliment autre chose de quoi s'occuper.
LE JARDINIER
Oui, il paraît que M. Henri et mademoiselle de Touringe ont de l'amour l'un pour l'autre et que leurs parents ne veulent pas que ça soye.
JEANNE
Depuis, tout va de travers chez eux, madame pleure, et le père et le fils ne se parlent pas.
LE JARDINIER
Et s'il n'y avait que ça encore ! Mais voilà leurs ouvriers, par-dessus le marché, qui font la mauvaise tète. Il y en a déjà une centaine qui depuis deux jours refusent de- travail-