ACTE DEUXIÈME
* JEANNE, au jardinier.
Voilà madame.
MADAME DURIEU, à Jeanne el au jardinier.
Laissez-nous. (lU sortent, madame Dariea et Henri s'assoient.) Maintenant parlez. Je veux être au courant de tout. Qu'est-ce qu'il y a de nouveau ?
HENRI
Rien, madame. C'est toujours la même chose. Depuis le jour où j'ai reçu de mon père et de M. de Touringe le refus formel que vous savez, il ne s'est absolument rien passé. Mais je suis sûr que leurs sentiments n'ont pas plus changé que ceux de Suzanne et les miens. Combien de temps durera cette situation? Peu importe. Moi je ne bougerai plus. Loyalement et nettement j'ai exprimé, une fois pour toutes, le désir de mon cœur, on m'a durement repoussé, je me tais. Mon silence et mon attitude disent assez haut ma tristesse en même temps que ma volonté inébranlable.
MADAME DURIEU
Dans quels rapports êtes-vous avec votre père?
HENRI
Bons. Pour tout ce qui touche aux affaires de la maison, nous sommes vis-à-vis l'un de l'autre comme si rien n'était arrivé. Mais pourtant, vous pensez bien qu'il y a une gène?
MADAME DURIEU
Oui. Il vous aime tant!
HENRI, arec amertume.
Sans doute. Comme un père.
MADAME DURIEU
Il doit souffrir.
HENRI
Pas tant que moi.
MADAME DIRIEU.
Vous n'en savez rien. Les vieillards souffrent moins fort... mais davantage. Et Suzanne? Évidemment depuis son retour vous ne Tavez pas revue? On la tient à l'écart?
HENRI, s'échauffant peu à pou.
Vous VOUS trompez bien, madame! Vous ne connaissez ni le marquis ni mon père. Tous les deux, Roche ou Touringe, aristocrate ou bourgeois, ils ont chacun le même orgueil de caste, la môme confiance — et jusliliée — dans leur autorité paternelle, la même foi en notre obéissance filiale. Du moment qu'ils ont dit non, pour eux c'est sans appel et cela suffit, c'est une chose réglée, définitive, qui doit supprimer chez Suzanne et chez moi toute arrière-pensée, tout espoir, tout rêve. A quoi bon alors des défenses? des précautions? Non, Suzanne et Henri s'aiment, nous le savons, ils nous l'ont dit. Mais ça ne fait rien, ils continueront à se voir tous les jours comme par le passé. Nous continuons notre petite vie ordinaire : a Suzanne, on me dit qu'il y aura moins de perdreaux cette année! » — <x Henri, vois donc si l'expédition des cinq mille bidons de pétroline a été faite?... » Ah! les parents î
MADAME DURIEU
Calmez-vous, voyons. Peut-être que tout s'arrangera?
HENRI
Comment? Il n'y a pas de solution. Personne ne cédera. Ni eux, ni moi, ni elle, j'en suis sûr.
MADAME DURIEU
Vous avez l'avenir.