ACTE DEUXIÈME
SUZANNE
Vous? Chut! Parlez bas!
Henri regarde madame Durieu derrière laquelle il se trouve. HENRI.
Elle dort?
Oui. Pourquoi n'êtes-vous pas venu tout à Theure? Vous me fuyez?
HENRI
Vous voyez bien que non, puisque je reviens. Cîomme je passais devant le petit pavillon du jardinier, j'ai pensé à yous, — j'y pense sans cesse î — J'ai eu l'idée d'entrer et de monter pour voir, de la porte, si vous étiez encore là, au jardin, si la séance était terminée... Je vous ai aperçue, de loin... Je me suis avancé à petits pas... et me voici, le cœur tremblant...
SUZANNE
Pourquoi tremblant?
HENRI
Parce que je vous aime !
SUZANNC.
Pourtant... le mien ne tremble pas!
HENRI
Chère Suzanne... Vous ne regi étiez rien ?
SUZANNE
Rien, Henri.
HENRI
Vous ne souffrez pas trop?
SUZANNE
Si, surtout d'une chose.
Laquelle?
SUZANNE
Qu'il ne nous soit pas permis, comme aux autres fiancés, d'être loyalement et ouvertement l'un à l'autre !
HENRI
C'est vrai! Mais qui nous en empêche, après tout? Personne ne nous surveille 1
SUZANNE
Parce qu'on sait que nous nous surveillons. Sans doute, nous ne nous cachons pas, mois nous sommes forcés, devant les autres, d'imposer silence à nos vraies pensées, à nos
vrais sentiments. (Madame Darleu se réreille K-ntement, les voit, est surprise et continue à faire semblant de dormir.) Et c'OSt là CO qui m'at-
triste ! Je voudrais, Henri, qu'on nous eût accordé le droit de nous aimer, au lieu que ça soit nous qui le prenions.
HENRU
Qu'importe! N'étes-vous pas heureuse en ce moment?
[SUZANNE
Si! mais... à moitié...
HENRI
Moi tout à fait.