‹ Les deux noblesses: comédie en trois actesChapitre 51 sur 89 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

SUZANNE

Qu'adviendra-t-il de nous? Combien de semaines et de mois va durer ce tourment? Ohl je voudrais être plus vieille de tout le temps inconnu qui nous sépare!...

HENRI

Ne dites pas cela! Et si c'était des années?

SUZANNE

Raison de plus !

HENRI

Ma chérie! Oh! moi, je ne voudrais pas vieillir, même d'une seconde. Je voudrais que cet instant où je vous ai là, bien à moi, sous les yeux endormis de cette excellente femme qui nous protège, durât des éternités, que le beau rêve éveillé que nous faisons en cette minute ne se dissipât jamais... Cette solitude... ces fleurs... ce jardin silencieux... vos mains qui frémissent dans les miennes... les mots qui manquent... Ah! Suzanne, écoutons tout bas nos cœurs... Tenez! J'imagine que tout est fini, résolu, qu'il n'y a plus d'épreuves, que notre amour a tout renversé sur son passage, et que c'est demain, demain ! que vous serez enfin à moi... Alors, comme nous sommes la veille, je vous demande, pour fixer à jamais un des souvenirs les plus doux de notre vie... non, je n'ose pas...

SUZANNE

Osez! Que me demandez- vous?

HENRI

Peu de chose et beaucoup! Je vous supplie de m'accorder la faveur d'un baiser, de celui que vous ne recevrez qu'une fois, du premier, d'un baiser tendre et respectueux que vous

ne sentirez même pas!... C'est mon âme qui vous le donnera!

Suzanne ferme les yeux, lui, tend son front.

Prenez-le I

Il lui baiae à peine le front, madame Durieu fait un brusque moayement. HENRI.

Oh! ma chère Suzanne !

SUZANNE

Partez!

HENRI

Je VOUS adore I

Il disparaît par où il est venu.

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