ACTE DEUXIÈME
vous jeter dans les bras du baron de Horn, un juif millionnaire de ce temps-là ! Et s'il n'y a pas eu de scandale, c'est bien grâce à la duchesse de Talais, votre belle-mère !
MADAME DURIEU
Je ne sais pas ce que vous voulez dire.
MORET
La suite va vous l'apprendre ? Votre mari parut un instant faire amende honorable et se ranger, et il vous donna un fils. Mais il n'était pas de ceux que la paternité corrige. Il se remit à jouer de plus belle, tant et si bien qu'avec l'habitude, lui qui perdait toujours, il finit par gagner, presque à coup sûr, qu'on s'en aperçut à son club, qu'il fut mis en observation, pris sur le fait, forcé de donner sa démission avec promesse de disparaître... Mais trop tard ! L'affaire s'était ébruitée, les journaux en parlaient, son nom était iiuprimé en toutes lettres, il se voyait sous le coup d'une arrestation pour escroquerie... que faire? 11 demanda au préfet de police qu'on lui accordât d'être seul cinq minutes avec deux agents de la Sûreté auxquels il ferait une communication importante. On y consentit... Et là, chez lui, en leur présence, un à droite, un à gauche... en face dune grande peinture qui représentait son aïeul le Connétable... il se fit sauter la
cervelle !... (Geste de madame Durieu comme pour dire: Asse:.) Ah j'étais
là... j'étais un des deux. Il est bien mort. — Vous êtes sa veuve, la princesse d'Aurec I Faut-il encore que je m'en aille?
MADAME DURIEU
Le fils?...
MORëT.
Enfin, nous y venons î Le fils passa ses premières années à Récigny, chez sa grand'mère...
MADAME DURIEU
Oui.
MORET
Pendant que la princesse d*Aurec voyageait, à Tétranger, menant, paraît-il, une vie de plaisir.
MADAME DURIEU
Moi on m'a dit qu'elle avait été en Hongrie chez un de ses parents.
MORET
Peu importe I Mais quand elle voulut à son retour emmener son enfant à Paris, et Tavoir pour elle seule, la grand' mère s'y opposa donnant pour raisons la frivolité notoire de sa belle-fille, et les soins spéciaux que réclamait l'unique héritier du nom. Procès sur procès, l'enfant pris et repris... duchesse contre princesse... Ah la lutte fut magnifique, et vous en savez comme moi la fin. C'est la vieille qui l'emporta. La garde et la surveillance de l'enfant lui furent exclusivement confiées. La princesse avait sans doute, aux termes du jugement, le droit de voir à loisir son fils, mais, soit douleur, ou dépit maternel, toujours est-il qu'elle ne profita pas de la permission et qu'elle resta deux ans sans s'occuper plus du jeune prince que s'il n'existait pas. Au bout de ce temps la duchesse meurt d'apoplexie, et dans son testament elle déclare que son petit-fils est, par ses soins, caché et élevé en lieu sûr, qu'elle a pris à l'avance toutes ses dispositions pour que le secret ne soit jamais divulgué, et qu'en agissant ainsi elle a conscience d'avoir à la fois débarrassé la mère...
MADAME DURIEU
Débarrassé I