ACTE DEUXIÈME
MORET
...et rendu un vrai service à Fenfant. Tableau ! Il y a de ça trente-huit ans, vous avez passé votre vie à chercher, vous avez remué ciel et terre et vous n'avez jamais rien découvert. Eh bien, moi, j'arrive chez vous, je vous trouve là, dans votre jardin, à respirer le frais, et je vous dis poliment; « Madame, faites que M. Roche me reprenne, et vous saurez où est votre fils. » Allez-vous hésiter?
MADAME DURIEU
Vous êtes un misérable. Je parlerai à M. Roche.
MORET
Bravo !
MADAME DURIEU
Mais il n'est pas sûr qu'il veuille?
MORET
C'est votre alïaire !
MADAME DURIEU
Et si je ne réussis pas ?
MORET
Vous ne saurez rien.
MADAME DURIEU
Voilà le cœur de ces gens-là ! de l'ouvrier!... de l'homme du peuple !
MORET
Non. Ils ne sont pas tous comme moi.
MADAME DURIEU
Je l'espère bien.
^ORET.
Malheureusement. Ça irait mieux. Moi je suis à part. Il ne faut pas me demander des sentiments. Ce vous l'ai dit, je suis un ouvrier de la réforme sociale. Pour arriver à mon but j'emploie les armes que je crois les meilleures. Je fais du mal à la sociétéjmaisje ne fais de mal à personne. Vous m'appelez miséraCIe ! Pourquoi ? Est-ce que je vous menace? Est-ce que je vous demande de l'argent? J'assommerais celui qui voudrait toucher à un de vos cheveux.
MADAME DURIEU
Vous exercez sur le cœur d'une mère le pire des chan-
MORET
Pas du tout. Je sais un secret, je veux bien vous en faire profiter, mais à condition que j'en bénéficie. C'est du commerce. Pas autre chose. Et'en même temps j'emploie la seule ai'me efficace avec laquelle on triomphera demain I La dynamite, les pétards... tout ça est fini, c'est de l'enfantillage ! Sans doute ça fait du bruit, ça amuse l'opinion, mais ça ne rime à rien. Non, c'était bon pour annoncer le spectacle, et taper les trois coups. Depuis, nous avons fait du chemin, et la pièce a commencé. Il faut savoir à présent, tout savoir, toutes les infamies, toutes les hontes,' tous les crimes, savoir les secrets douloureux que cachent avec angoisse les individus, les familles, puis les associations, les pouvoirs, puis les empereurs et les rois. "Il faut avoir la clef de toutes les caisses, la preuve de tous les tripotages et de tous les vols financiers, le chiffre de toutes les vilenies politique^ et posséder même jusqu'au fin mot de ces mystères européens qui sont les secrets de famille des nations. "Voilà la vraie dynamite, et c'est en sachant la préparer, la doser, la mettre aux bons endroits qu'on fera, mieux qu'avec toutes les